Les Goonies – Richard Donner

Je n’avais jamais vu ce classique de la spielebergerie des années 80. On l’a regardé avec les enfants, qui ont plutôt aimé, mais pas autant que leurs parents. Une bande de gamin se refait l’île au trésor version club des cinq, affrontant des bandits italiens idiots (mais à la maman inquiétande) et vivant toutes sortes d’aventures trépidantes pour pouvoir payer les dettes du papa, sinon la maison sera vendue. Bien sûr, ce n’est crédible pour deux francs, parce qu’on s’en moque: on est dans une aventures de gosse racontée par des gosses, il y a plein d’humour, des épreuves absurdes et à la fin les gentils gagnent, et c’est exactement ce qu’on voulait.

Une remarque: les personnages de femmes sont vraiment bofs. En fait, c’est un film qui parle de petits garçons qui ne veulent pas cesser d’être des petits garçons. Il y a tout un discours amusant sur la masculinité, le sexe (implicitement refusé), les grosses voitures, le fait de devenir adulte… On a aimé, dans la suite des Indiana Jones ou des Retour vers le futur.

Kubo and the two strings – Travis Knight

Kubo… est un film d’animation en stop motion racontant la quête d’un jeune garçon dans mon japon rêvé. Son univers graphique est très original, les personnages (le singe, le samouraï-scarabée, les sorcières…) sont intéressants et originaux et l’animation et les images sont complètement fous (je ne connaissais pas le studio Laika, ça donne envie de s’y intéresser) Le début notamment, avec la vague géante, ou la séance de contes magiques avec des origamis, sont épatants.

Je suis plus réservé sur le récit global, dont l’arc principal est le très classique quête/coming-of-age/reconstruction de la famille défaillante. Sur cette trame simple, on a toutefois des scènes graphiquement et plastiquement folles, souvent surprenantes et déstabilisantes, qui peuvent être effrayantes pour des jeunes enfants.

Une belle découverte, merci Marguerite !

Johnny et la bombe – Terry Pratchett

Dans ce troisième et dernier roman de la série des histoires de Johnny Maxwell, le jeune Johnny et ses potes vivent d’intéressantes aventures temporelles. Une aventure de voyage dans le passé, vécue par des jeunes qui ont vu back to the future (et ne nous gonflent pas avec) mais infusé de ces théories logico-farfelues que Sir Terry savait inventer. Le récit est bien meilleur que Johnny et les morts (sans égaler la mélancolie douce du Sauveur de l’Humanité…) : c’est avant tout un roman sur la mémoire locale, la mémoire de la seconde guerre mondiale au Royaume-Uni, mais on y trouve aussi une SDF frappadingue, un chat psychopathe, des hamburgers et l’excellente Kirsty (euh Kasandra…).

La scène de guerre est remarquablement bien écrite.

La fin nous a beaucoup émus.

How to train your dragon, the hidden world – Dean DeBlois

Je ne suis à la base pas très amateur de cette franchise. Dragons, vikings, humour gentil, pas trop ma came.

Nous sommes allés voir ce troisième et dernier film (dernier, c’est assumé !) avec les enfants et il m’a bien plu. Il y a toujours le même kitch que les autres, certains éléments scénaristiques ne marchent pas du tout, mais les aventures de cette bande de gentils héros pas très fins et rigolos m’ont émues quand même. Les dragons y apparaissent comme une figure métaphorique pleine de sens et bien tenue, la coming-of-age story est juste. C’est une histoire d’amour et de renoncement qui porte des émotions justes et fortes. Et la scène de danse aérienne entre les deux dragons est de toute beauté (c’était chouette de la voir au cinéma sur un très grand écran).

Le récit comprend quelques moments poétiques, des scènes d’infiltration improbables, des blagues bien trouvées, portées par des personnages ayant une vraie cohérence. L’humour est au premier degré, sans moqueries ni références faciles.

Les enfants ont adoré et leurs parents on eu du plaisir à voir le film.

The lego movie 2, the second part – Mike Mitchell et Trisha Gum

Avoir temporairement un cinéma près de chez soi permet d’aller voir des trucs qu’on ne serait pas allés voir autrement. Et on aurait eu raison. Les animateurs se sont amusés, quelques chansons absurdes ont été composées et l’humour repose sur quelques punchlines et plein de références. L’histoire, malheureusement, est faussement fine : deux mondes s’affrontent, qui ne se comprennent pas, mais nous on les comprend et on en comprend très vite la nature, ce qui permet de voir arriver la fin à des kilomètres.

Je n’accroche pas à cette méta-culture qui repose sur une pile instable de pièces de légo et de films que « tout le monde » à vu (« look ! he’s back-to-the-futuring ! »). Ca fait rire, puis il n’en reste rien. Les personnages n’ont pas beaucoup de consistance.

(Rosa, 11 ans, a eu du mal à accrocher, notamment parce que la plupart des références visant les grands-ados et adultes lui échappaient)

(Mais j’aime bien le personnage de Rex, avec ses guitares électriques et ses dinosaures)

Singing in the rain – Stanley Donnen

Encore un classique regardé avec les enfants. Je me rappelais ma découverte de ce film, la grâce extraordinaire de la danse de Gene Kelly et certains des numéros emblématiques et rigolos.

L’histoire, sur la naissance du parlant, est amusante. Le récit menteur de la carrière du héros fait rire également et beaucoup de numéros sont fantastiques dans la mise en scène et les exploits dansés des personnages principaux. 

 

 

Les enfants n’ont toutefois pas accrochées aux conventions non-réalistes de la comédie musicale, à la trop lente progression de l’action. Dans la deuxième partie, l’immense tunnel dansé complètement incohérent avec le récit principal les a perdues. 

Johnny et les morts – Terry Pratchett

On retrouve Johnny Maxwell et ses potes, Bloblotte (le gros), Pas d’man (le Noir) et Bigmac (le skinhead). Alors qu’ils traversent le cimetière de Blackbury, certains morts s’adressent à Johnny, qui fait leur connaissance et apprend peu après que le cimetière va être rasé par une société de construction de bureaux.

Malgré plusieurs bonnes idées et une belle galerie de personnages, cette « suite » est ratée: le récit est souvent poussif, la grâce qui animait le premier récit de la série est absente, le roman n’a pas la même cohérence. Plusieurs thèmes sont oubliés en chemin (les Copains de Blackbury), le discours politique n’est pas très tenu et les méchants manquent de virulence.

Ca se lit sans déplaisir, Pratchett oblige, certains passages sont très marrants et d’autres très bien vus, mais le roman tient de la collection de scènes plus ou moins gags et manque de tenue.

On lira quand même le troisième.

Le sauveur de l’Humanité, c’est toi – Terry Pratchett

J’ai sorti celui-ci de ma bibliothèque pour le lire aux enfants. Je l’avais lu à sa sortie en français et en gardait un bon souvenir, mérité.

Blackbury, petite ville anglais pleine de chômage, de déprime et de politiques modernes, 1991. Johnny Maxwell joue aux jeux vidéos, beaucoup, ce qui donne un sujet de conversation avec ses copains et permet de s’isoler de ses parents qui s’engueulent.

Alors qu’il s’apprête à dégommer des Aliens, ceux-ci se rendent: ils en ont marre de se faire fusiller par tous les vaisseaux humains qu’ils croisent et aimerait que l’un d’eux les aide à atteindre la terre promise. Celui-là, ce sera Johnny. 

Sur cette prémisse très casse-g, Terry Pratchett construit un très bon roman. Il s’agit d’abord du meilleur témoignage sur la manière dont on jouait aux jeux vidéos quand moi j’étais gamin (mais des enfants contemporains s’y retrouveront, c’est dire que le roman est bon). Le sauveur… est aussi un roman social caustique et sensible, une chronique d’adolescence, un hommage à plein de thèmes de science-fiction. Le propos en est parfois assez noir, traversé de blagues pratchettiennes, mais c’est surtout un roman sur l’imaginaire et la manière dont il nous accompagne et nous soutient.

J’ai adoré le relire.

Le miroir se brisa – Guy Hamilton

Cinéma avec les enfants, on continue notre exploration du cinéma des années 70-80 adapté d’Agatha Christie, avec une enquête de Miss Marple.

Années 50, joli manoir. Une star vieillissante (jouée par Elizabeth Taylor, star vieillissante elle aussi) participe au tournage dans la région d’un film en costume. Lors d’une réception, la secrétaire de la paroisse meurt empoisonnée. Etait-ce bien elle qui était visée ? Dans cette troupe de tournage où beaucoup se détestent, qui veut la peau de qui ?

Miss Marple s’est fait une entorse, elle enquête à distance depuis son fauteuil (quand elle ne spoile pas les protections du cinéma paroissial en devinant les assassins par avance).

Le miroir se brisa n’est pas un grand film: la réalisation est très planplan. Mais décors et costumes sont bien, le récit est rigolo, l’intrigue est tordue à souhait, les acteurs cabotinent, on reconnaît plein de stars dans des petits et des grands rôles. Contrairement à mort sur le Nil, celui-ci n’est pas trop violent. Les filles l’ont bien aimé et nous aussi.

La belle et la bête – Au petit théâtre

Le spectacle de Noël du petit théâtre de Lausanne est leur « grosse production » : généralement la pièce la plus ambitieuse de la saison, souvent une création locale. Nous avons vu lors des saisons précédentes nombre d’excellents spectacles présentés ainsi (l’arche part à huit heures, le dératiseur de Hamelin…)

Cette année, on nous propose une adaptation par Michel Voïta du conte classique de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.

Disons-le tout de suite, c’est du bon boulot: scénographie inventive, acteurs doués (mention spéciale au couple de soeurs méchantes qui forment un très beau duo de comédie grinçante). C’est rare, et digne d’être noté, l’écriture de la pièce est aussi très réussie, gardant par moments des accents du XVIIIème siècle et n’hésitant pas à user d’un beau langage.

La narration est énergique et dynamique, avec ellipses bien posées (certains scènes, cliché et attendues, ne sont tout simplement pas montrées et c’est très bien) et de beaux moments: les tabourets à un pied, le Split-screen sur scène du père entrant dans le palais, les changements de robes de Belle.

On passe un bon moment de théâtre, adultes comme enfants, le spectacle est très recommandable. Sa saison est terminée au Petit théâtre, mais si jamais il tourne et est remonté ailleurs, je vous encourage à aller le voir. 

 

Une remarque plus critique maintenant: Michel Voïta, dans son adaptation, garde l’essence du conte (c’est bien) et en dit quelque chose (c’est bien aussi) : ma théorie est qu’il fait de ce récit le portrait psychologique d’une jeune femme, tous les personnages (bête et méchantes soeurs) représentant des éléments d’un discours intérieur d’Isabelle – Belle. Et tout ça est une bonne idée qui marche plutôt bien, surtout dans la première partie.

Le personnage de Belle, toutefois, n’évolue pas de manière très heureuse: de vertueuse, positive, fantaisiste et simple au début (quand elle se balade avec ses bottes de fermière achetées à la Landi (référence suisse)), elle devient pleurnicharde dans la deuxième partie (pourquoi pas, ça reste dans le ton larmoyant du 18ème siècle) mais surtout très garce dans la fin où elle exerce sa vengeance. Dommage que cette vertu fantaisiste, incarnée par la relation (inventée pour la pièce) avec la fée-marraine ne se maintienne pas jusqu’à la fin.

Je peux comprendre d’un point de vue psychologique ce revirement « garce » de Belle, mais on perd alors la lecture 1er degré du conte, et les enfants ne s’y sont pas trompés. Elles n’ont pas aimé ce que Belle devenait à la fin.

Que ces limites, qui sont plutôt une réflexion sur la narration, ne vous éloignent pas d’un spectacle bien fait et intéressant !