Knie 2016

Voici donc mon billet automnal sur Knie. Un peu comme pour le Beaujolais nouveau, on peut commenter la qualité du cru. Alors, il est comment, le spectacle, cette année ? Pailletée? Goût framboise ? Avec des clowns suisses-allemands ? Ou plutôt Nord-Coréen ? (oui, ce fut carrément Nord-Coréen, voir ci-dessous)

Cette année, à vrai dire, est une très bonne année. On ne voit plus d’éléphants sur la piste (à la grande tristesse de Marguerite), mais les chevaux sont toujours aussi beaux et le numéro des Errani brothers, accompagnés pour l’occasion de deux écuyers-jongleurs-acrobates venus de la famille Grüss, est un modèle de crique à l’ancienne : force, énergie, animaux, équilibres… La grande classe, avec de très beaux artistes en bracelets de force et tenues moulantes.

Le clown était l’excellent David Larible, dont les numéros ouvraient, fermaient et structuraient joliment le spectacle. De manière amusante, deux des enfants Larible participaient aussi au show : le fils (David Jun), très bon jongleur, et la fille (Shirley), pour un joli numéro de filet acrobatique. On a aussi vu un  numéro de diabolo à deux (Twinspin) très bien mis en scène et du trapèze acrobatique à grand spectacle (avec les artistes du cirque de Pyongyang). L’intro et l’animation était confiées à la troupe Bingo, habituée de Knie maintenant, et plutôt inspirée cette année avec une belle figure de violoniste.

Deux moments exceptionnels de ce spectacle : le numéro de main à main et acrobaties au sol du duo Popov, des costauds à la légèreté surnaturelle se réclamant de Gene Kelly (et pouvant se le permettre), et un numéro de trapèze-équilibre de Pak Song Hui et Sin Chol Jin du cirque de Pyongyang, cinq minutes complètement folles de figures au sol où dans les airs pendant lesquelles la demoiselle porte, tenue en équilibre dans sa bouche, une tige de presque deux mètres de long au sommet de laquelle est perchée une coupe de champagne pleine – dont rien ne sera perdu, bien sûr. Ce dernier numéro, dérangeant tant il est bizarre, m’a fait penser à un long tour de magie, une illusion paradoxale à la façon de certains récits de Christopher Priest. Il m’a plongé dans une étrange transe.

Bingo
Errani brothers
David Larible, en clôture
Les jeunes Grüss
David Larible Junior
Shirley Larible
Twinspin
Duo Popov
Cirque de Pyongyang, trapèze volant
Pak Song Hui et Sin Chol Jin

Photos (c) Katja Stuppia, fournies aimablement par le cirque Knie, merci !

La rencontre — Cirque Starlight

Le cirque Starlight poursuite une route singulière que j’apprécie toujours autant : tenir sur un fil étroit entre cirque populaire, tournée en roulottes, numéros classiques et « nouveau cirque », un peu conceptuel, tentant de dépasser l’habituelle succession d’exploits pour concevoir un spectacle qui raconte quelque chose. Depuis la première fois où nous les avons vus, en 2010, ils proposent chaque année un nouveau spectacle, dans une ambiance toujours onirique, bizarre et funambulesque, menant à de grandes réussites (Balchimère, 2011, Entresort 2013) ou à des demi-ratages (Aparté, 2012).

 La rencontre se tient dans night club années 50, petites tables rondes, grosses lampes, ambiance festive. Les garçons viennent pour frimer, les filles en groupe boivent un verre dans leur coin, un couple mal assorti tente une romance…

 Ce spectacle ne m’a pas entièrement convaincu : les numéros de clown peinaient à décoller (même si je trouvais que les deux artistes avaient du charme), le spectacle était un peu lent et avec un léger goût de trop peu (trois des numéros annoncés dans le programme n’étaient pas présents, le cerveau aérien, la roue cyr et le hula-hop figurant dans la bande-annonce). Mais au-delà de ces réserves, nous avons pu assister à un paquet de numéros épatants. L’ouverture à la bascule, très bien mise en scène et très réussie, un numéro de mât chinois double avec quatre Tanzaniens extraordinaires de charme et de force (troupe Hakuna Matata), un très beau numéro de corde volante avec Emmaline Piatt qui fait de la balançoire juste sous le sommet du chapiteau, un sourire constamment sur le visage.

 Dans la deuxième partie, j’ai été épaté par le numéro d’adagio (figures et appuis au sol, de groupe) des mêmes Hakuna Matata et surtout par le numéro de patins à roulette acrobatique de Mathieu Cloutier et Myriam Lessard. Je n’avais jamais vu cette technique en scène, où deux artistes tournoient sur une scène minuscule, c’est extrêmement impressionnant.

Malgré mes réserves, La rencontre
est un bon spectacle et plutôt une bonne année pour Starlight. Et la
question de savoir si on peut raconter quelque chose avec un spectacle
de cirque reste ouverte.

 

 

Knie – 2015

C’est un des indices qui disent que l’automne est proche, le cirque Knie revient vers la Suisse romande (autres indices : le retour des courges et des vacherins Mont d’Or). Pour rappel, Knie c’est le grand cirque de Suisse, pro, bien réglé, quasiment la sortie familiale obligée. La grande question chaque année c’est toujours de savoir s’ils parviendront à dépasser le côté show bien huilé pour trouver de l’émotion et de l’âme. 2015 est pour ça une année moyenne (contrairement à 2013, par exemple). Le numéro de jonglage était réussi, mais très mécanique. Le numéro de portés et de main à main techniquement impeccable, mais d’assez mauvais goût quant aux tenues des artistes (je suis pourtant assez tolérant à la paillette et aux déshabillés). Le clown était Rob Torres, que nous avions déjà vu il y a quelque temps et qui a refait des numéros (très chouettes) que nous connaissions déjà.

Il y a eu une curieuse démonstration de dressage en réponse aux accusations des associations de défense des animaux.

Restent trois moments magnifiques, qui justifient à eux seuls le prix des places. D’abord, un numéro de barre russe, cette sorte de poutre élastique portée à l’épaule par deux costauds, de laquelle une ravissante demoiselle aux longues jambes s’envole et tourbillonne (Trio Stoian). Puis un numéro de chevaux extraordinaire, qui commence avec douze chevaux noirs et blancs formant un carrousel autour de Maycol Errani, auquel se rajoutent bientôt d’autres chevaux jusqu’à remplir toute la piste, le numéro se finissant sur une image merveilleuse, de la grande classe et le rappel de ce fait que j’aime bien : ces grandes familles de cirque sont surtout des familles d’écuyers.

Enfin, la troupe Sokolov (en clôture) monte un numéro de bascule (avec échasses !) dans un esprit XVIIIème siècle punk, façon Amadeus survolté. Très, très, très fort et incroyablement bien mis en scène.

(à noter cette année une affiche magnifique)

Photos presse Knie.

 

Panique dans le métro – école de cirque de Lausanne

J’ai été tout a fait séduit par le spectacle de fin d’année de l’école de cirque de Lausanne. Intitulé panique dans le métro, il a été présenté en deux versions, celle des classes pré-professionnelles et celle des classes loisir, ces dernières représentant surtout les enfants qui font du cirque comme activité après l’école et qui ont l’occasion, ainsi, de montrer le travail accompli.

Le cirque est pour moi une affaire de corps, d’exploits et de lumières. J’aime y voir des mouvements extraordinaires, mis en scène sans tricherie, exécutés avec l’illusion de la facilité. Je suis heureux de voir les artistes y arriver, dépasser leurs limites, marcher sur une boule, jongler, agir parfaitement coordonnés, tenir des postures au trapèze assis, tourbillonner et s’arrêter au ras du sol accrochés par le ruban. Ça sent la sueur et les paillettes, la lumière est crue et colorée, la musique marque les mouvements. Et le spectacle des classes loisirs de l’école de cirque m’a offert tout ça, avec l’humilité des moyens des jeunes artistes. Oui, ils sont parfois tombés et tout n’a pas marché comme on voulait, mais au cirque on a le droit de se planter, ça donne la mesure des exploits qu’on y accomplit. Les numéros étaient très joliment arrangés et mis en scène, rendant beaux les jeunes gens engagés sur la piste.

Et un spectacle réussi contient ses moments de grâce, quand quelques chose d’étrange se produit et nous transporte. Le très jeune contorsionniste aux allures d’extraterrestre ou les jeunes hommes bondissant sur la bascule, si prêt et si fort qu’on avait l’impression que les corps allaient voler vers les spectateurs.

Un grand bravo aux professeurs, aux entraîneurs, aux élèves pour ces moments de dépassement et de rêve !

PS: l’ensemble du travail autour du spectacle était très pro, du maquillage aux garçons de piste.

Géant – au cirque d’hiver

Quelques mots sur ce blog au sujet de nos sorties de la semaine des fêtes, avant que les dingues à fusils-mitrailleurs viennent nous rappeler quelques vérités bien senties sur la vie, la mort et la liberté d’expression.

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Nous sommes donc allés voir Géant, le dernier spectacle du cirque d’hiver. Le cirque d’hiver Bouglione, c’est comme Knie : ça roule, c’est pro, ça brille, dans le magnifique chapiteau en dur sur les bancs duquel les grands comme moi ont du mal à replier leurs jambes.

Le spectacle présentait le mélange classique (et apprécié) du cirque d’hiver : cirque classique (éléphants, chevaux, ruban, acrobaties) et numéros proches du music-hall (danseuses, grande illusion).

Parmi les réussites mémorables de cette année, un formidable numéro d’acrobaties sur éléphants (des éléphants d’Afrique ?), les flying Mendoza, un beau groupe de trapèze volant brésilien, très frime et très stylés. Un beau numéro de mât chinois par Loesvel et Dismani. J’ai été plus sceptique quant au main à main Momento di passione : deux belles filles soutenaient pour les figures un petit costaud. On voyait bien ici une tentative d’inverser certains stéréotypes sexistes (le cirque n’en est pas dépourvu…), mais le résultat n’était pas très heureux avec deux femmes servant de faire-valoir et portant en force un bonhomme.

Cela ne gâchait en rien le spectacle, rythmé par les numéros délicats du clown Rob Torres. Le numéro le plus surprenant ayant été, en première partie, le numéro de Daniel Golla avec son avion radiocommandé – rythmé, épatant, poétique, une grande réussite.

Ce sont d’ailleurs ceux deux là, Daniel Golla et Rob Torres qui apparaissaient dans le magnifique tableau final du spectacle, dans un jeu de lumières extraordinaire. Bref, un très bon cru 2014-2015 pour le cirque d’hiver !


Knie 2014

Quelques mots pour dire que nous sommes allés voir le spectacle 2014 du cirque Knie. (voir ici mon billet de l’année dernière). Cette fois-ci, aucun nom n’a été donné au spectacle, la mode de baptiser les créations annuelles passe peut-être ?

Avec Knie, pas de mauvaises surprises. C’est pro, riche, bien réglé. Le spectacle se déroule sur roulements à billes, avec de très belles lumières, un orchestre live, des numéros de grande qualité. Sans être aussi émouvant que celui de l’année passée, le spectacle de cette année est très réussi. Les comiques suisses ont été remplacés par un vrai clown, David Larible, un peu survendu peut-être, mais très doué dans un registre classique et poétique. Un gros bonhomme dans un pantalon trop large, jonglant avec sa casquette, faisant des gamineries et des jeux rigolos avec le public, notamment une très drôle de mise en scène d’extraits du Trouvère de Verdi, avec participation de trois membres du public.

On a aussi retrouvé les danseurs/acrobates/jongleurs ukrainiens de la troupe Bingo, qui assurent une très belle intro au spectacle, ainsi que de beaux intermèdes. Les numéros de chevaux étaient très bien, complètement magiques, et celui joué par la toute petite fille extrêmement touchant. Mettre en scène la famille est un classique des vieux cirques familiaux, mais qui marchait mieux ici par exemple que chez Grüss où ça sentait un peu la poussière.

Si on ajoute un numéro chinois de diabolos hallucinant de technique, un numéro d’équilibre sur échasses par une montagne de muscles, et un beau numéro de roue infernale-qui-fait-très-peur (avec un tapis au sol pour les moments les plus flippants, j’ai apprécié l’attention).

Bref, un spectacle très homogène, de qualité suisse (à prononcer avec un l’accent d’un alémanique s’essayant au français). Je pense que dans le registre de cirque classique, on est dans le très haut du panier. Et, ultime critère de qualité, les enfants ont adoré.

Knie – Emotions

J’ai déjà avoué ici mon goût pour le cirque. Après avoir chroniqué des trucs arty, et d’autres semi-arty, voici le compte rendu de notre passage annuel au cirque Knie.

Knie se présente comme une institution suisse : le cirque national, qui effectue 300 représentations par an, une tournée depuis le fin-fond des Grisons jusqu’au bout de la Romandie. Des dizaines de remorques, une ménagerie qui est un vrai zoo pour les petits, 4000 lampes sous chapiteau, un spectacle très pro, parfaitement réglé, avec des artistes internationaux, tara-zim-boum ! Le côté plus surprenant de Knie pour les Français est le remplacement des clowns par des comiques locaux, jouant à fond sur l’humour suisse, rarement très fin, souvent vulgaire genre comique troupier années 50 (j’avoue, toutefois, j’ai souri au show de Laurent Delahousse l’année dernière dans son rôle d’empêcheur de tourner en rond et d’importun. Sans doute parce que son personnage de Genevois râleur ressemble beaucoup au Français râleur). 

Comme Knie a de l’argent, les spectacles de ce cirque sont aussi l’occasion de voir d’excellents artistes, plus ou moins bien mis en scène.

Le cru de cette année est plutôt très bon, si on enlève les numéros comiques (même s’ils comportent quelques jolis moments, le duo full house livre des numéros un peu vieillots, et Steve Ekely ne m’a pas convaincu). Pour le reste, c’est un spectacle de grande classe, beaucoup plus beau et touchant que d’habitude et je ne pensais pas dire ça un jour d’un spectacle de Knie. Le numéro d’entrée mêlant cavalerie et acrobaties, avec une troupe énergique de danseurs ukrainiens est réellement superbe de fluidité et d’élégance. On a vu aussi un très beau numéro de portés acrobatiques (le duo You & Me), une troupe d’acrobates chinois sur monocycles et une troupe de trapèze volant nord-coréenne épatantes. J’ai été moins convaincu par le spiderman qui marche à l’envers au sommet du chapiteau : OK pour l’exploit physique, mais je n’ai pas le goût du sang et j’ai eu peur tout le temps que ce type se tue (je n’ai vu aucun dispositif de sécurité).

Mais au delà de tout ça, le spectacle était superbe dans le domaine le plus décrié du cirque à l’ancienne : les numéros animaliers. Knie, comme Grüss en France, c’est une famille d’écuyers. Là, les chevaux étaient superbes, les numéros de dressages, cabrés, les tableaux avec chevaux arabes ou frisons hollandais étaient magnifiques, au niveau de ce que fait Alexis Grüss à Paris. Un artiste italien a aussi présenté un superbe numéro de dressage d’oiseaux tandis que le numéro avec les éléphants était extraordinaire. De la beauté, de la finesse et du rêve comme j’en ai rarement vu dans ce domaine. Un très bon spectacle, Amaranthe et Héliflore ne s’y sont pas trompées !

Géométrie de caoutchouc – à Vidy

Imaginez un grand chapiteau de cirque, carré. Vous êtes dedans. Et devant vous, ni scène, ni piste, mais un autre chapiteau, blanc celui-ci. Des ombres évoluent sous sa surface, mains, bras, sirènes, poissons/oiseaux triangulaires… 

Puis un orage éclate et des personnages bizarres s’extraient de sous la toile pour évoluer non plus dans mais hors du chapiteau. Ses suspendre, grimper, sauter, glisser, rebondir, bizarres, désarticulés, comme des toons élastiques. Peu à peu, ils apprivoisent ce nouvel univers, extérieur…

Géométrie de caoutchouc est un spectacle de « nouveau cirque », comme on appelle ce genre de show poético-arty-bizarre. Les dix premières minutes sont un peu longues, nous avons failli sortir, d’autant que nos deux satellites Amaranthe (6 ans) et Héliflore (5 ans) trouvaient toutes ces ombres assez intimidantes. Mais quand elles ont vu les personnages dévaler les pentes, sauter, glisser et rebondir, nous les avons entendues rire et nous sommes restés, à raison, pour profiter de ces étranges visions. Exploration d’un monde, exploits de sauts, interactions d’une troupe, d’un peuple, avec une bien étrange machine de toile, de poids et de cordes, Géométrie de caoutchouc offre des images merveilleuses. Et à la fin, quand tout s’effondre et se replie, Héliflore, qui a tout compris, s’est réfugiée dans nos bras en pleurant.

Un spectacle d’Aurélien Bory, avec huit acteurs formidables. Jusqu’au 15 septembre au théâtre de Vidy, à Lausanne.

Entresort – un spectacle du cirque Starlight

Les lecteurs de ce blog le savent peut-être, je suis un grand amateur de cirque. Depuis les gros barnums, façon Knie, jusqu’aux compagnies intimistes et auteurisantes comme les Colporteurs d’Antoine Rigot. Nous sommes hier allés voir le dernier spectacle du cirque Starlight.

Cette compagnie a un positionnement curieux et intéressant : à la fois ancienne famille circassienne (façon Knie, Gruss, etc.) et positionnement « nouveau cirque » : pas d’ animaux, spectacle très mis en scène tentant de se détacher du défilé de numéros sur grosse musique de foire.

Le metteur en scène actuel (Stefan Hort) travaille avec eux depuis trois saisons. On se souviendra peut-être que j’avais beaucoup aimé leur Balchimère, il y a deux ans. Le spectacle de l’année dernière (Aparté) n’avait pas été chroniqué ici : bien que très intéressant, j’en étais ressorti avec une furieuse envie d’aller me noyer dans le lac, tant il était mélancolique.

Avec Entresort, Starlight renoue avec quelque chose de plus gai. Thématique de baraques de foire de la belle époque, costumes de bric et de broc, figures mal fagotées, monstres amoureux, petites danseuses cruelles. Le spectacle ne se départ pas d’une certaine mélancolie, la musique rappelle parfois les valses tristes de Yann Tiersen, la mort elle-même traverse trois fois le plateau, sans s’arrêter heureusement. Certains des numéros présentés sont magnifiques (Anna Abrams à la corde lisse, ou le jongleur Brian Dresdner, plein d’énergie et de lumière), effrayants tant ils sont impressionnants (la contorsionniste Annaëlle Molinario, en femme-serpent-araignée, on était presque dans Freaks). Le spectacle dégageait une atmosphère bizarre et assez transgressive, avec son maître de cérémonie travesti (le très beau mime Ferkel Johnson), son couple féminin au cadre fixe et Christopher Gasser transformé en chien par une déception amoureuse. Le tout se concluant par une magnifique numéro de trampoline, avec ses moments de grâce suspendue, donnant l’impression d’inverser le cours du temps.

Le spectacle a ses lenteurs, ses images étranges, des déviances sur des chemins de traverse, qui m’amènent à sa principale limite : malgré le côté troupe itinérante et gros show, et bien qu’il ne comprenne aucune image « choquante », Entresort risque de dérouter les enfants. Les deux jeunes spectatrices qui nous accompagnaient (6 & 5) ont trouvé ça un peu long et ont eu du mal à maintenir leur attention, notamment durant la deuxième partie. 

Ca n’en reste pas moins un superbe spectacle, un grand shoot de rêves.

photos (c) Felix Imhof & John Pertwee

Le bal des intouchables – à Vidy

L’année dernière, en avril, nous avions vu un des spectacles les plus marquants de notre vie, sur la route. Antoine Rigot, le fildefériste cassé, a répété avec la troupe des Colporteurs un nouveau spectacle, tout aussi impressionnant.

Un chapiteau rouge de sang séché, des structures en bois austères, des corps jetés sur la piste dans de sacs poubelles. Les mains et les pieds déchirent le plastique, font naître des créatures étranges, les hommes et les femmes émergent peu à peu des formes. Des jeux cruels se déroulent, moqueries, provocations. Un garçon léger et fou se lance à l’assaut du mât chinois, s’y accroche, s’y enroule, paraît flotter dans l’air, se suspendre, et on sait alors qu’on assiste à quelque chose de grand et d’unique.

Le cirque du bal des intouchables est loin des paillettes. Les corps y apparaissent dans leur vérité, les relations évoquées sont violentes, folles. Le spectacle, mené par quatre musiciens posés sur la piste ou perchés dans les airs, emmène les artistes et leurs personnages très haut, très loin. Nous avons eu peur, parfois, nous avons été émerveillés, souvent. Tout est dans le mouvement et la grâce, les photos ne diront pas grand-chose. C’est un grand spectacle, qui nous a noués là, au ventre et ne nous a pas encore lâchés.

 Photos (c) Mario Del Curto, pour le théâtre de Vidy