L’homme qui tua Liberty Valance – John Ford

Dans ce film de John Ford, on trouve : un cow boy rude et solitaire (John Wayne), un avocat idéaliste (James Stewart), un terrible bandit – du titre (Lee Marvin) et une petite ville qui apprend la collectivité et la démocratie. Il y a du suspense, quelques coups de pistolet, les relations ambigues entre la violence et le pouvoir du peuple. C’est inspiré d’une nouvelle de l’excellente Dorothy Johnson. Et c’est très bien.

Imprimez la légende !

Sherlock –The abominable bride

Nous avions bien aimé les deux premières saisons de Sherlock, plutôt aimé la troisième, et donc regardé cet épisode spécial avec curiosité.

L’idée de replacer les acteurs et les personnages dans le cadre des aventures originales de Sherlock Holmes, et de rejouer certaines des scènes iconiques (la rencontre avec Watson) m’a bien plu, de même que la mise en scène de l’intrigue autour de l’épouvantable mariée et des cinq pépins d’orange.

Mais au-delà de tout ça, l’épisode prend les pires travers de ce que nous avions déjà identifié dans la saison 3 : le récit ne semble plus s’intéresser qu’à faire du méta-récit autour des personnages. Pour un petit moment d’intrigues sherlockiennes, combien de blabla, de répliques censément spirituelles débitées à la pelle… Les personnages sont devenus des pantins qui s’agitent comme des toupies, de plus en plus vite, répétant sans cesse les mêmes gimmicks, jusqu’à l’écœurement. En ce qui nous concerne, le jouet est cassé.

Chroniques BD — Brèves #2

Quelques autres chroniques de bandes dessinées. Comme déjà dit dans ce billet:

Je me suis remis à lire quelques bandes dessinées, notamment en numérique. Je ne me sens pas très compétent pour en faire des chroniques détaillées, d’autant que toutes ne le méritent pas. Mais voici rassemblées dans un seul billet, quelques considérations sur mes lectures récentes, pour votre curiosité et pour me souvenir. Un autre billet du même genre suivra.

On y trouvera des lectures mues par une vraie curiosité pour l’œuvre, et d’autres menées par l’opportunisme des offres et des promotions.


Largo Winch T1, T2 — Franck et Van Hamme

Les séries de Van Hamme sont une des portes qui m’ont fait quitter les albums de l’enfance (Tintin et séries du journal de Spirou) pour des lectures un peu plus « modernes ». L’ado que j’étais adorait Thorgal, XIII et aimait bien Largo Winch. J’ai depuis beaucoup réévalué tout ça : sans nier à Van Hamme un grand talent de scénariste, j’ai ouvert les yeux sur la misanthropie profonde de ses histoires. Ses héros sont souvent des individualistes forcenés, machos, tueurs. 

En relisant ces deux premiers tomes de la fameuse série Largo Winch (un jeune homme énergique et indépendant devient la tête de la première fortune mondiale) je ne suis pas revenu sur mon opinion. J’ai retrouvé pourquoi l’ado que j’étais avait aimé : thriller habile, rythmé, plein d’action et belles pépées. Et pourquoi l’adulte est écœuré : sexisme outrancier, fascination pour le fric et la violence.

Je ne sais même pas si c’est que Van Hamme pense vraiment. Je crois le scénariste trop roué pour se laisser voir derrière son travail. Il sert avec talent une soupe infecte, car elle se vend .

Je reviendrai un jour peut-être sur Thorgal, comme l’a fait Efelle.

Black Sands, T1 — Mathieu Contis et Tiburce Oger

Seconde guerre mondiale, guerre du pacifique. Des marines débarquent sur une île perdue. Pendant les premières planches, j’y ai cru. Sous-marins, dinghies, japs en embuscade… Je ne savais pas à quoi m’attendre. Puis j’ai vu les zombies. Et considéré que le projet (une petite série B n’ayant pour elle que son pitch) n’offrait pour moi plus aucun intérêt.

L’homme qui tua Lucky Luke — Mathieu Bonhomme

J’ai toujours trouvé que Luke le chanceux était un gars cool, avec un cheval cool. Certes, au début il tuait des gens dans les duels. Après, il est devenu plus tranquille, se contentant de désarmer ces crétins de Dalton à longueur d’album et de promener son flegme dans l’ouest sauvage.

La reprise/hommage de Mathieu Bonhomme est formidable. D’abord parce que lui aussi trouve que Luke est un gars cool. Ensuite par sa relecture intelligente et son retour aux sources de ce qui fait un bon western. Le récit est semi-réaliste, parfois douloureux et souvent amusant. On peut s’amuser à attraper les références ou les allusions habiles, ou bien juste se laisser porter par un bonne histoire, joliment arrangée et traitée avec amour.

Chroniques BD – Brèves

Je me suis remis à lire quelques bandes dessinées, notamment en numérique. Je ne me sens pas très compétent pour en faire des chroniques détaillées, d’autant que toutes ne le méritent pas. Mais voici rassemblées dans un seul billet, quelques considérations sur mes lectures récentes, pour votre curiosité et pour me souvenir. Un autre billet du même genre suivra.

On y trouvera des lectures mues par une vraie curiosité pour l’œuvre, et d’autres menées par l’opportunisme des offres et des promotions.

Le sculpteur – Scott McCloud

Je ne connaissais McCloud que pour son classique l’Art invisible (et aussi pour l’excellent album en ligne qu’il a réalisé pour le compte de Google lors de la sortie de chrome – remarquable exercice pour qui est curieux de l’informatique). Le sculpteur est une fable (genre que je n’aime pas) autour de l’Art, de vivre pour lui, de mourir pour lui… Et malgré mes préventions, ce livre est très bien. Jouant sur un registre très classique (un artiste méconnu fait un pacte avec… pour connaître le succès en échange d’une vie brève) le sculpteur m’a beaucoup ému, que ce soit par son graphisme faussement simple ou sa très belle histoire d’amour.

Une nuit à Rome – Jim

Pitch : un tout juste quarantenaire sympathique en train de s’installer plaque tout pour aller retrouver à Rome son amour de jeunesse à qui il avait fait la promesse de la rejoindre le jour de leurs quarante ans. Ligne claire, récit réaliste, évocation de la passion, de la folle jeunesse… On dirait presque un scénario de film français ™. Pas ma came, comme on dit. Mais alors pas du tout.

Mitterrand, un jeune homme de droite – Richelle et Rébéna

Dans un noir et blanc assez intéressant (qui m’a un peu rappelé Blutch), une évocation de la jeunesse dans les années 30 de François M., politicien français plein d’avenir. Ca aurait pu m’intéresser, mais l’écriture et la scénarisation m’ont semblé d’une telle lourdeur que ça m’est tombé des mains. Dommage.

Tramp, T1 – Kraehn et Jusseaume

Un récit d’aventures dans la marine marchande, dans les années 50. Rafiots pourris, armateurs douteux, ambiance de ports mélancoliques… J’y suis allé volontiers. Dommage que le récit semble dater aussi des années 50, notamment par son traitement des personnages féminins (beurk, la scène de viol…). La suite se fera sans moi.

Niourk T1 – Vatine

Une terre dévastée dont les océans ont baissé. Des hommes redevenus préhistoriques. Des pieuvres qui marchent… J’avais lu le classique de Wul étant enfant et l’avais trouvé génial, même si un peu traumatisant. L’adaptation en bande dessinées de Vatine est excellente, par ses cadrages, son sens du récit, sa puissance d’évocation… Waow ! Superbe travail.

Facteur pour femmes – Quella Guyot et Morice

Celui-là, je l’ai lu sur recommandation d’un certain blogueur marseillais spécialiste post-apo et première guerre mondiale, il se reconnaîtra.

Sur une île bretonne, 1914. Les hommes s’en vont pour le front et un jeune homme rêveur et pied-bot devient le nouveau facteur. Pendant cinq ans, il distribue le courrier, entre dans les vies, les cœurs, les lits des femmes délaissées. Les images sont très belles, très douces, et l’histoire souvent cruelle, nul n’en sort indemne, que ce soit ces dames ou le jeune faux naïf. Une belle oeuvre, même si, personnellement, je n’ai pas tellement accroché.

 

Sherlock Saison 3 / épisode 1

Je dis souvent que je ne connais rien aux séries télé. Pas le temps d’en regarder, peu de goût pour les moulins à intrigues, les sous-intrigues familiales mettant en scène la fille adolescente du héros, les deux épisodes passés à attendre qu’une promesse affichée durant S01E04 soit accomplie, etc.

Cecci et moi avons toutefois quelques rares faiblesses, et la série Sherlock en fait partie. Malgré des épisodes inégaux, les deux premières saisons ont eu leur lot de grands moments et de belles idées, prouvant par ailleurs qu’on pouvait encore faire du neuf avec du vieux.

Las, nous avons regardé hier le premier épisode de la troisième saison. Malgré un paquet d’idées astucieuses (le jeu sur les explications sur la mort de Sherlock, le jeu des déductions entre les deux frères, repris de l’interprête grec) nous avons clairement eu le sentiment que la machine tournait à vide. Le scénario s’est mis à jouer beaucoup trop sur la série elle-même, sur les personnages qu’elle a créés et sur ses propres gimmicks, avec l’impression que l’intrigue principale (l’enquête sur l’attentat) n’occupait plus qu’une dizaine de minutes d’un épisode de 90.

Quand une fiction se met à devenir auto-référentielle, c’est à la fois amusant et un peu ennuyeux. Concernant Sherlock, nous en sommes là.

The Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Nous sommes donc allés voir notre premier film de Wes Anderson.

C’était très bien. Imaginatif, aigrelet, rythmé, barré, construit à étages comme une pâtisserie de chez Mendl mise en abyme. La classe, quoi.

J’ai toujours aimé Ralph Fiennes (qui jouait déjà dans un de mes films pas trop connus préférés) je l’ai trouvé très beau en M. Gustave, avec son improbable acolyte à moustache tracée au crayon. 

Air de panache ? Ils n’avaient que la demie-once.

Le marchand de réalités – Simon Sanahujas

Le marchand de réalités est un petit recueil de nouvelles publié en numérique par ActuSF. De Simon Sanahujas, je connaissais le fan de Robert Howard et le voyageur sur la trace des personnages imaginaires

Dans ce bref recueil, j’ai aimé deux textes : l’ère humaine et les tambours de Dark Valley. L’auteur est un connaisseur de Robert Howard et ça se voit, dans sa reprise de tics stylistiques howardiens et de références à la vie de l’homme de Cross Plains. En ce sens, Dark Valley est particulièrement plaisant à lire, même s’il m’a manqué la scène où le héros viril vidait son colt ou bien plantait son bowie-knife dans des choses visqueuses et souterraines…

Perturbation – à Vidy

On saura que Cecci et moi aimons Thomas Bernhard. La puissance de sa parole, son mordant, sa verve caustique. Les textes de Bernhard sont rarement agréables, ses sujets sont durs, mais quelle puissance, quel art ! Le sujet de Perturbation (mis en scène par Krystian Lupa à Vidy dans un spectacle de 3h30) : un médecin et son fils  – qui ne vont pas très bien – rendent visite à des malades, tout autant de corps que d’esprit. 

Malheureusement nous sommes partis au bout d’1h30.  Mise en scène à gros moyens, décors tournants, utilisation abusive des projections (je sais que c’est à la mode, mais stop ! Quand l’action passe dans les projections, je m’étrangle !), et en même temps texte aplati, action étirée, décor imposant plutôt que suggéré… Et surtout, au bout d’une heure, un des personnages qui se balade à poil. Une sorte de point de Godwin du théâtre : quand j’aperçois des organes génitaux masculins sur scène, je comprends que le metteur en scène n’a plus rien à dire… Cecci et moi encourageons d’ailleurs les programmateurs à indiquer sur le descriptif des pièces la présence ou non d’acteurs nus afin que les spectateurs puissent choisir en fonction.

Nous demandons pardon aux acteurs qui, dans tout ce désastre, étaient très bons.

Lectures de science-fiction à l’Echandole

Je passerai pudiquement sur l’exposition Stalker à la maison d’ailleurs, que je n’ai pas du tout aimée. J’avais des attentes liées à la lecture du livre et surtout aux impressions que celui-ci avait provoquées (voir ici), elles ont été bien déçues. 

Après l’inauguration, la maison d’Ailleurs et la la troupe de théâtre des Artpenteurs (dont je dis du bien aussi souvent que je le peux) nous ont proposé dans le caveau de l’Echandole, en face de la maison d’ailleurs, à une lecture de textes de science-fiction sur le thème du post apocalyptique. Lecture agrémentée de sons, boucles, effets d’ambiance, en partie provoqués par le public ! Nous avons eu droit à des séquences bien choisies de La route, du cantique de Leibowitz, d’un curieux roman de Galouye (dont le nom m’échappe) et bien sûr de Stalker. Que dire ? C’était vraiment bien. Et surtout les Artpenteurs remettent ça trois fois tout au long de l’année. Allez-y, ce sera bien !

http://www.echandole.ch/programme/spectacle/radiophonic-sf-system-chroniques-hertzienne/

Programme :

Jeudi 31 octobre 2013, l’extra-terrestre

Jeudi 6 mars 2014, le robot

Jeudi 3 avril 2014, le sur-homme

Jeudi 1er mai 2014, l’homme cybernétique

The private life of Sherlock Holmes

Le pendu et Cecci ont re-re-vu la vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder.

Comme beaucoup de gens, j’aime Holmes, le mythe holmésien, les créations diverses qu’il a engendrées. Depuis les monographies des Moutons électriques, en passant par les séries TV (notamment l’incroyable Sherlock de la BBC), jusqu’aux diverses reconstitutions de l’appartement du grand détective (rien qu’en Suisse, près de chez moi, il y en a deux !) et les imitateurs : j’ai grandi avec Harry Dickson. 

Mais mon récit holmésien préféré est peut-être cette adaptation faite par l’immense Billy Wilder. D’abord parce que Holmes n’y est pas vraiment le super-héros que j’imaginais enfant (une première vision du film, il y a longtemps, m’avait immensément déçu : aucun génie, des trivialités amoureuses, pouah !) mais plutôt un être humain réel, malin, anglais, spirituel sur-vendu par un Watson pas très fin.

Le film démarre par les symboles du mythe, trouvés dans une caisse poussiéreuse. Il continue sur un ton de pure comédie, frisant le délire, où Billy Wilder se montre immense, puis il devient aventureux, dans les atmosphères fantastiques d’Ecosse, avant de terminer sur une note tragique. Le Sherlock Holmes qu’on y voit, remarquablement incarné, y est un homme touchant, pas insensible aux femmes, pudique et délicat.

J’aime tout dans ce film, les dialogues, les moines dans le train, la femme amnésique tirée des flots, les mystérieuses traces dans la poussière, la promenade en barque sur le loch Ness, le vin servi par Mycroft au Diogenes Club, j’aime tout, c’est du cinéma merveilleux de finesse et de délicatesse. Un chef d’oeuvre.

Encore un mot, peut-être ma réplique préférée, quand Watson voulant éviter tout soupçon pouvant entacher sa réputation et celle de son ami, tente de savoir s’il y a eu des femmes dans la vie de Holmes :

Watson : « Am I being presumptuous? There have been women, haven’t there? »

Holmes : « The answer is yes… »

Puis, avec un temps de retard : « …you are being presumptuous. »

PS : je dois à David C. la découverte de la très belle B.O du film, le concerto pour violon et orchestre Opus 24 de Milos Rosza.