Sunset – Tale of tales

Je dois à David Calvo la découverte de ce petit studio indépendant de jeux vidéos. Leurs productions sont toujours expérimentales, d’une façon ou d’une autre, cherchant les limites du médium. En y jouant, vous ne serez pas dans votre zone de confort ou de distraction, il faudra adopter un autre regard, se décaler, mais croyez-moi, ça vaut le coup.

Après un univers onirico-biblique (Fatale, excellent), un trip de SF durassienne (si, si) plutôt bien fumé (Bientôt l’été), Tale of tales nous emmène dans en 1972, en Anchuria, un pays imaginaire d’Amérique centrale. On y joue Angela, la femme de ménage noire d’un homme riche de la capitale. Angela est une étudiante américaine, coincée en Anchuria par la crise politique qui y sévit et lui interdit de quitter le pays. Toutes les semaines, elle vient passer une heure juste avant le coucher du soleil dans l’immense appartement d’Ortega, qu’elle ne croise jamais. C’est cette routine que Sunset vous propose de jouer. Une heure en quasi temps réel dans un appartement vide, à observer les traces de la vie d’un homme. Une fois admis cet étrange point de départ, Sunset déploie tout son charme. Le jeu vidéo est un moyen ici pour enclencher l’imagination. A partir de l’immersion subjective, on se retrouve à observer les détails peuplant l’appartement, à écouter la rumeur montant de la rue, à allumer un feu dans la cheminée du patio, à lire les titres des livres abandonnés par le maître de maison, tout en entendant parfois les pensées intérieures d’Angela. L’histoire alors se situe tout autant dans l’explicite que dans l’implicite, dans ce qu’on en fait, ce qu’on en crée. Vague inquiétude, voyeurisme, et charme étrange de la routine, chaque visite étant à la fois identique et différente. Les ombres s’allongent, lumières sont belles, on se surprend à s’asseoir dans un fauteuil du maître de maison en sirotant un verre et observer en rêvant le soleil se coucher. Une expérience unique.

PS: j’ai vu que les créateurs du studio Tale of tales annonçaient qu’ils allaient cesser de faire des jeux. Quel dommage !

Octobre 2004

Le titre de ce blog vient d’ici :

Et de là :

En octobre 2004, Jacques Chirac était encore président, on ne parlait ni des réseaux sociaux ni des smartphones, et il n’y avait à la maison que deux
machines disposant d’un processeur et d’une mémoire vive.

J’ai créé un blog parce que c’était à la mode et que je voulais un moyen de
garder trace des livres que je lisais, des films et spectacles que je voyais.
Pendant une bonne année, faute de rythme et d’idées, je n’en ai pas fait
grand-chose.

Ce type de support, complètement électronique et éphémère à sa façon, ne me
paraissait pas destiné à vieillir, et voilà qu’après dix ans il est encore là. Mais, c’est là le point amusant, de
truc à la mode on est passé à technologie un peu ringarde. Il faut être un peu vieux pour défendre le RSS…

Durant ces dix dernières années, ce blog a fidèlement rempli sa mission de carnet de route et de lectures et de
souvenirs de spectacles. Le tenir force aussi à une pratique régulière de l’écriture. Par contre le
système de commentaires n’est pas très propice à la discussion (à côté de ce qui se fait maintenant) mais il a marché
suffisamment pour permettre d’ouvrir des conversations intéressantes et de faire des rencontres.

En plus de 178 chroniques de livres, 62 de films et 57 de spectacles, on
aura aussi pu trouver en ces lieux :

  • A l’été 2009, le grand jeu de la fantasy française, une amusante occasion
    de discuter avec les visiteurs.
  • Au printemps 2010, quelques mois de podcast de lectures, qui m’ont
    convaincu de mon intérêt pour cette forme et de la nécessité d’y travailler
    beaucoup pour obtenir quelque chose d’intéressant.
  • En 2011 et 2013, des chroniques de campagnes de l’appel de Cthulhu et
    quelques considérations sur le jeu de rôle.

On n’y aura pas trouvé :

  • Un carnet d’écriture accompagné d’extraits de textes, j’y ai souvent songé et puis non finalement. 

Une petite note maintenant, à ton attention, toi, lecteur de 2024. A l’heure où j’écris ceci, Nicolas S a été président,  François H. aussi, Vladimir Poutine lui, l’est
toujours, le taux de certitudes de la cause anthropique du réchauffement climatique selon les experts
du GIEC a atteint un niveau vraiment intéressant (>90%). Nous avons à la maison au
moins sept machins pourvus de processeurs et produits par des transnationales
(mais je ne les compte plus). Mon téléphone est plus puissant que l’ordinateur
d’il y a dix ans sur lequel j’ai écrit le premier post de ce blog.

A dans dix ans !

FATALE by Tales of Tales Studio

Fatale – exploring Salomé
Je ne joue plus aux jeux vidéos depuis longtemps, mais je connais quelqu’un qui s’y intéresse et s’y investit. Sur son conseil, j’ai payé 7$ et téléchargé une curieuse expérience immersive sur mon Mac.
Fatale n’est pas vraiment un jeu, mais plutôt une oeuvre à contempler, un moment de pensée et de regard. Il ne vous occupera pas pendant des heures, vous ne tuerez personne (vous mourrez plutôt), mais le voyage vaut le détour.
Et il m’a donné envie de replonger dans un projet bizarre, un roman raté, dont les thèmes rejoignent ceux de Fatale.
Un joli travail, et la promesse de quelque chose d’autre.

Abraham au collège de France

Je partage ici mon second coup de cœur parmi les podcasts du collège de France : le cours sur la construction d’un ancêtre – la formation du cycle d’Abraham, du professeur Thomas Römer.

logo_college_big Thomas Römer est un orateur brillant, qui parle avec rigueur et humour de la façon dont s’est constitué le cycle d’Abraham dans le livre de la Genèse. Son cours est une très belle initiation à la façon dont on aborde scientifiquement les textes bibliques de nos jours.

Le cycle d’Abraham contient nombre de passages très intéressants et souvent mystérieux :

  • La “vente” de Sarah au pharaon par Abraham en Egypte.
  • La naissance d’Ismaël et du peuple arabe
  • Le cycle de Loth et la destruction de Sodome et Gomorrhe
  • la visite des trois-anges-qui-sont-un à Abraham et Sarah, le rire de Sarah.
  • La naissance et le sacrifice d’Isaac…

Attention, ce cours n’est pas un cours d’exégèse chrétienne ou rabbinique (même si les exégètes, qui lurent et lisent encore ces textes avec une immense attention, sont souvent cités). On cherche surtout à comprendre les textes : qu’est-ce que les auteurs ont voulu dire, comment s’y sont-ils pris, que pouvait signifier tel ou tel passage, pris dans le contexte de l’époque de rédaction ?

Pour cela, le professeur s’appuie sur les textes bibliques eux-mêmes, sur les textes contemporains (assyriens, babyloniens, égyptiens…), sur les découvertes archéologiques…

La thèse de Thomas Römer, concernant Abraham, est que ce personnage – image même du migrant en route vers la terre promise par Dieu – est en fait un personnage autochtone (de Palestine). La tradition orale de ses aventures (en Egypte, avec son frère Loth…) aurait été reprise par des rédacteurs postérieurs à l’Exode pour en faire une anticipation et un récit parallèle à celui de Moïse, illustrant une des tensions présentes dans le judaïsme : en opposition à l’exclusivisme de l’Exode (qui insiste sur ce qui distingue et sépare le peuple juif des autres) on voit là une vision des juifs comme peuple parmi les autres, devant conclure alliance et traités avec eux.

Il s’intéresse au texte dans tous ses détails, étudiant les genres littéraires (par exemple, les récits de naissances annoncées par Yahvé), les récits qui se répètent (on trouve trois fois dans la Genèse le même récit du patriarche – Abraham ou Isaac – vendant sa femme à un roi étranger), aux contradictions sur les âges des personnages, sur les agencements des évènements… Il souligne aussi la poésie, les jeux de mots (en hébreux of course), l’humour des textes vis à vis de leurs personnages.

Une très belle découverte pour moi, et un cours passionnant.

Le graal au collège de France


L’écoute de podcasts est une sorte de drogue, qui a quasi complètement remplacé l’écoute de mon poste de radio. Parmi mes heureuses découvertes, les podcasts du collège de France.

Petit rappel sur le collège de France : il s’agit d’une institution remontant à 1530, où enseignent certains des savants français et étrangers les plus respectables de leurs domaines. Quels domaines ? Un peu tous, en fait : paléontologie, physique, histoire, littérature…
On peut regarder et/ou écouter à peu près tous les cours gratuitement. Et comme ce sont des cours magistraux donnés par des gens qui connaissent un peu leur sujet, c’est un vrai bonheur.

Mon premier grand plaisir, je l’ai eu avec le cours sur les quêteurs du graal, de Michel Zink.
Durant ces neuf heures de cours magistral (que j’ai écoutées en faisant la vaisselle, en programmant, ou le matin vers 6h30 en attendant mon bus), on étudie un certain nombre de questions intéressantes, comme :

  • de quoi parlent (vraiment) les romans de graal, que ce soit celui de Chrétien de Troyes, de Wolfram von Eschenbach, ou des différents continuateurs plus ou moins heureux du filon ?
  • Est-ce le graal est : une coupe, une pierre précieuse, un ostensoir, un plat à viandes ?
  • Pourquoi est-ce que les auteurs ont autant de mal à finir les livres qui parlent de la quête du graal ?
  • Pourquoi est-ce que le graal doit être découvert et gardé par des chevaliers ?
  • Saint Bernard de Clairvaux croyait-il vraiment à une forme de chevalerie chrétienne ?
  • Faut-il marcher pour trouver Dieu ?
  • Les moines ont-ils le droit de partir en pélerinage ?
  • Comment se fait-il que la prequels et sequels des romans du graal me fassent autant penser à certains usages contemporains en littérature ?
  • Joseph d’Arimathie était-il un chevalier médiéval ?
  • Que raconte le Perlesvaus, roman médiéval formant une sorte de reprise gore de l’histoire de Perceval ?
  • et plein d’autres choses…

L’orateur, Michel Zink, est un professeur sympathique et un peu roublard, tout à fait agréable à écouter, et son cours est passionnant.

Attention, pour les amateurs d’ésoterisme, de Rennes le château, de complots templiers, etc, le cours ne parle pas du tout de tout ça. Seulement du graal dans la littérature médiévale. Et c’est déjà pas mal. Et même avec une culture très superficielle du sujet, comme la mienne, ça reste tout à fait accessible.

On pourra trouver ces podcasts sur l’iTunes store, ou bien ici:
http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/lit_fra/audio_video.jsp

Jeu de l’oie (auto-publicité)

Une fois n’est pas coutume, ce blog servira à faire un peu de publicité.
Les heures d’insomnie de ces dernières nuit m’auront permis de mettre à jour mon site Jeu de l’oie. Quelques nouveaux contenus et surtout un relifting graphique complet, un flux RSS, etc. J’espère qu’il n’y a pas trop de coquilles…
Bon jeu !

Le jeu de l’oie

Napoli

Naples est une cité de rêve. Non pas une de celles où on aimerait forcément habiter, ni une cité d’architecte rêvée par un utopiste, mais une ville dans laquelle j’ai envie de raconter des histoires et d’inventer des personnages.


Une soeur pour Lankhmar, Ashamoil et l’improble endroit dont j’ai oublié le nom de Jeff Vandermeer. Naples est un peu trop romanesque pour être vraie, avec ses rues toutes serrées, ses gros pavés, ses palazzi aux portes épaisses (rappelons qu’en Italien, palazzo veut simplement dire « immeuble », mais le terme palais n’est pas usurpé pour certaines cour), ses arches, ses monuments antiques, médiévaux, renaissance, 17ème, modernes, incarnés dans le même tissu urbain. Avec la clameur des klaxons, le linge aux fenêtres, les petits métiers, les jolies femmes, les vieux barmen qu’on dirait sortis d’un film de mafia, les saints guérisseurs, les chiens errants, les vierges à chaque coin de rue. Naples est très vieille (fondée par les grecs, plus ou moins…), très belle et très laide à la fois.

On sent la ville romaine sous les pavés (puisque le tracé de certaines rues est resté inchangé). Des perspectives s’ouvrent vers les collines crénelées du château Saint Elme. On passe des rues populaires des bassi aux quartiers chics du lungomare en quelques pas. Et on peut se perdre dans les couloirs fantastiques du château de l’oeuf, qu’on dirait inventé par Alexandre Dumas : plus dantesque que le château d’if, pour y coincer Monte-Cristo !

Et puis le Vésuve est là, drapé de nuages, veillant sur la ville pour mieux la détruire quand il le voudra.

A very scary solstice

Pour rester dans le ton des notes liées à H.P. Lovecraft, je vous invite à découvrir ces chants de Noël adaptés par des cultistes fous et édités par la HPL historical society. Une preuve décisive que notre monde ne tourne pas rond et que R’lyeh va sortir des flots sous peu. Grand Cthulhu, tu peux venir, ils sont tous déjà devenus fous !
Pour écouter quelques extraits de ces chants merveilleux… et découvrir ce travail, heu, indispensable… Cliquez ici et perdez 1D6 points de SAN.

  • Great Old Ones Are Coming to Town
  • Freddy the Red Brained Mi-Go
  • I’m Dreaming of a Dead City
  • Tentacles
  • It’s the Most Horrible Time of the Year
  • Demon Sultan Azathoth
  • I Saw Mommy Kissing Yog Sothoth
  • Silent Night, Blasphemous Night…

Et le pire de tout c’est que l’interprétation est assez jolie. Aaaaargh !

Nid de coucou – David Calvo

Gondwanaworld, Gondwanaworld, je chante ton souvenir, ô terre de palmiers, terre d’imaginaire, l’alpha et l’oméga…

La voix murmure dans mes oreilles et moi je glisse dans la nuit, dans mon petit train bien chauffé, sur les plaines blanches qui s’éveillent, au coeur du pays jouet, le bunker du monde. Et je ne suis pas là.
Dans les terres d’avant le temps/d’après le temps, la glace se craquelle, une fissure s’élargit sous mes pieds, plus rien n’est sûr, tout bouge, vit, meurt. David Norville Calvo est parti à la recherche, vaine, du grand coucou dont le cri va manifester l’invisible, faire revivre… quoi, au fait? Le retour vers l’enfance ne peut être qu’un échec, l’explorateur le sait. Les rêves nostalgiques au rythme de cartoons ont changé de ton, brassés qu’ils sont dans la soupe mythique des glaces fondantes du pôle sud. La quête de la Jabule est un témoignage et une prophétie, la révélation douloureuse de qui il est, de qui nous sommes (un peu).
Dans les glaces mouvantes, tout au fond de ce puits qui se nomme parfois David Calvo, il y a…
Peter Pan, Stevenson, des pirates, des îles, Los Angeles, Sinatra, des royaumes de nuages, des bonshommes de neige, les montagnes hallucinées, les murs de Troie, Marseille (et derrière Marseille, les colonnes ioniques des temples engloutis…), et l’île aux enfants, et derrière encore, des formes sans nom, des noms sans formes, douces, molles, fourreuses, chaudes…
Et tout derrière, un adulte parfois lucide, cet enfant avec un canon de M60 dans la bouche.
Welcome !

PS : Nid de coucou, de David Calvo, est édité aux moutons électriques. A vos risques et périls.