America, America – Elia Kazan

Le pendu et Cecci ont vu : America, America, de Elia Kazan

Dans ce film on trouve : un jeune grec ombrageux et pas très futé (mais obstiné) qui veut partir aux Etats-Unis. Une drôle d’image de la Turquie des années 1900. Des voleurs, des idéalistes, des politiciens, des marchands de tapis, des terroristes, une femme qui s’ennuie, une autre qu’on trouve trop laide. Une vraie mère qui tient à son fils. Un père qui se compromet pour protéger sa famille et sa situation. Une grand-mère effrayante. Le rêve de vie d’un gros Stambouliote entouré de femmes. Et une des plus belles thématiques sur le sourire jamais vue dans un film (curieux : le seul Grec que j’ai connu souriait de la même façon que ce brave Stavros). Une voix off sincère et touchante. Un très grand moment de cinéma, un grand rêve d’ailleurs.

Agora – Alejandro Amenabar

Le pendu et Cecci ont vu : Agora, de Alejandro Amenabar

Dans ce film, on trouve : l’Égypte au IVème siècle après J.C. (jamais vu, très joli !), des temples, des frises polychromes, des galères, le phare d’Alexandrie… Un bonheur ! On se serait cru dans un péplum d’Alex Alice (et c’est un compliment). On trouve aussi : une jolie femme prof d’Université qui réfléchit ostensiblement en fronçant ses gracieux sourcils. Des chrétiens talibans. Des païens un peu barbants. Une histoire légère comme un fer à repasser. On est contents de la visite, le paysage était très joli, mais on a bâillé souvent.

Sur les quais – Elia Kazan

Le pendu et Cecci ont vu Sur les quais, d’Elia Kazan.

Dans ce film, Marlon Brando est jeune et beau et il joue des sourcils. Eva Marie Saint est belle (oh là oui !) et jeune et très convaincue. Les dockers mafieux sont des salauds et ils traînent dans les mêmes bars pourris que les mafieux de Donnie Brasco (sauf que là, ils sont mieux habillés, années 50 obligent).

C’est un film social, plus façon fifties que façon Ken Loach, avec une belle photo et de beaux acteurs, où le travail est une bénédiction et une crucifixion. Why not ?

On a quand même préféré America, America

Rashomon – Akira Kurosawa

Le pendu et Cecci ont vu : Rashomon, d’Akira Kurosawa

Dans ce film on trouve : une forêt du Moyen âge où l’on peut faire de mauvaises rencontres. Un bandit très présomptueux qui se fait avoir par une colique. Une femme belle, mais perfide (ou peut-être pas, mais enfin si, sans doute). Un combat au sabre héroïque. Un combat au sabre pitoyable. Trois hommes qui discutent en attendant que cesse la pluie. Et une affaire de meurtre en pleine forêt qui trouve toute sa saveur car personne ne semble être d’accord sur ce qui s’est vraiment produit.

Nous n’avons pas tout compris, mais c’était curieux, beau, et intéressant.

Enfer clos – Claude Ecken

Un livre acheté et lu en numérique sur la plateforme e-belial.

Ce court roman (dur à estimer quand on le lit dans iBooks) nous décrit deux frères et deux soeurs, à la libération, qui s’enferment dans une ferme isolée pour fuir le regard des autres et se protéger du monde. Les soeurs ont couché avec l’allemand, les frères n’ont pas été très nets non plus, ils ont peur, ils ont honte. Mais rapidement des rapports de force malsains vont se mettre en place, le refoulé va resurgir et l’enfermement tourner au cauchemar…

Je trouvais ce pitch assez casse-gueule et, de fait, l’auteur ne s’en sort pas tout à fait. Le roman relève de fait d’une sorte de série B, ou bien Z, avec une accumulation d’horreurs assez complaisante : mutilations, meurtres, viols… J’en ai été rapidement écoeuré, un peu comme quand je regarde un film de Haneke. So what ? Je n’ai plus le goût de telles abominations. Pour y échapper, il aurait fallu que les personnages fussent plus vrais, moins schématiques. On ne croit pas à ces campagnards, à ces fils de paysans riches qui paraissent ne vivre qu’entre eux, qui ne citent jamais aucun nom, jamais aucun lieu extérieur. Une fois enfermés, le monde extérieur semble disparaître de leurs préoccupations. Le personnage de Guillaume a des lectures qui ne l’habitent jamais. Ces gens ont des souvenirs qui ne sont que des monstruosités.

Le livre m’a fait penser à un fait divers relaté par Maître Mo, avocat (âmes sensibles s’abstenir. Sans blague. Ne lisez pas ça si la journée est triste, parce que c’est affreux et que c’est vrai). Même dans ce récit horrible on voit, à travers des personnages frustres et monstrueux, que les protagonistes sont des êtres humains. Le livre de Claude Ecken ne m’a pas convaincu de l’humanité de ses personnages et ils ont donc cessé assez vite de m’intéresser. Dommage, parce que la nouvelle Miroirs mutilés publiée par le même auteur dans Bifrost 58 est saisissante de sensibilité et d’intelligence. J’essaierai donc de lire Le monde, tous droits réservés.

La Vieille Europe

Quel est le point commun entre ces trois livres ?

Ceux qui me répondant qu’ils étaient tous au programme du Grand Jeu de la Fantasy Française de l’été 2009 sont de vrais amis, mais ce n’est pas là que je veux en venir.

Ces trois livres, ressortissant tous de la littérature dire « blanche » (sans doute à cause des couleurs des couvertures, non ?) partagent tous le même univers imaginaire, jamais nommé, que j’ai baptisé la Vieille Europe. Voici ses caractéristiques :

La Veille Europe est l’Europe du XIXème siècle, des nations et des hussards. La société est bien celle que nous connaissons, les villes, la technologie, la sonorité des noms nous sont familières…

La Vieille Europe n’est pas l’Europe que nous connaissons. Les détails géographiques, les noms de lieux, les évènements historiques ne collent pas. On ne saurait pas en tracer la carte, on se demande si les pays habituels s’y trouvent ou pas, à quelle distance les Syrtes sont de l’Italie, où Wasquelham se situe entre la France et l’Allemagne, et si le royaume des Sept Cavaliers a quoi que ce soit à voir avec l’Ukraine ou la Pologne…

Connaissez-vous d’autres oeuvres se situant dans le même univers ?

On pourrait mentionner les Saisons, de Maurice Pons, en attendant les barbares, de J.M. Coetzee, le désert des Tartares, les cités obscures, les soldats de la mer

Le roman à facettes, suite

Ce post prend la suite de celui-ci, où je tentais de trouver une terminologie désignant un type de livres qui m’intéresse en ce moment. 

Merci à Daylon et Cédric d’avoir ajouté des titres à ma liste.

  • Vermillion Sands, que je n’ai jamais lu et auquel l’archipel du rêve paraît donner un écho, me semble bien correspondre à ce que je cherche.
  • Drown de Junot Diaz et
  • The Dew Breaker d’Edwige Danticat, que je n’ai pas lus non plus, me semblent entrer dans la liste également.
  • Je rajouterai, même si je l’ai lu depuis longtemps, Ivoire, de Mike Resnick, où une douzaine de nouvelles mettant en scène des personnages variés, sont toutes reliées par les fameuses défenses de l’éléphant Malima Temboz, la montagne qui marche.

Terminologie

Pour rmd, j’aime bien le terme roman-mosaïque, mais la mosaïque comprend de très nombreuses petites pièces, un peu plus que les livres que j’évoque.

Quelle différence avec les fix-ups classiques de la SF ? Fondation, les chroniques martiennes, le cycle d’Elric, les histoires de Conan, le cycle des épées, les seigneurs de l’instrumentalité ? Quelle différence ? Il n’y en a peut-être pas, à vrai dire je crois que je cherche un terme français élégant correspondant à cette notion. Il est clair que certains des recueils classiques que je viens de citer sont une part d’un projet plus vaste (je pense à Fondation, même si dans ce cas, quand on voit la fin du cycle, on peut se dire que le projet a dépassé son auteur). On pourra aussi me faire remarquer que, concernant Elric ou Conan, le projet littéraire d’ensemble n’existe pas vraiment, qu’il ne semble pas y avoir eu l’idée d’un livre, d’un objet littéraire cohérent regroupant les histoires. Qu’on peut sans souci et sans nuire à l’ensemble retirer telle ou telle histoire du lot. Laissons donc ces fix-ups de côté, nous y reviendrons peut-être un jour.

Pour répondre aux commentaires d’Ice Hellion et de Cédric, je dirais que les romans à facettes sont des livres :

  • dont les éléments peuvent se lire indépendamment (contrairement à Cédric, je trouve que c’est bien le cas de Wastburg),
  • qui gagnent à être lus ensemble à la suite (car le tout est supérieur à la somme des parties)
  • et qui perdraient à se voir retirer l’un des éléments qui les composent. 

Techniques de collage

Comment assembler les textes afin de faire apparaître le projet du livre ?

Quelques exemples :

dans les Soldats de la mer, les nouvelles sont liées par des petits éléments intertextuels décrivant l’histoire de la Fédération. Ces éléments aident à construire la progression du livre, jusqu’aux nouvelles finales qui en explicitent le projet.

Dans Wastburg, on a un cadre très étroit (la garde de Wastburg). Les nouvelles sont proposées dans l’ordre chronologique et une histoire plus vaste apparaît dans les recoins des histoires individuelles. C’est là d’ailleurs la grande qualité et l’habileté du livre.

Dans l’archipel du rêve et Yama Loka, le projet littéraire apparaît dans les échos et les contradictions entre les textes. Car si tous ces textes parlent du même univers, ils ne tiennent pas vraiment entre eux. Certains noms, lieux, personnages se retrouvent d’un texte à l’autre, on a plus ou moins une progression, mais celle-ci est déstabilisante et renvoie à nos perceptions, aux contradictions propres de la réalité.

Quant à Ivoire, le lien (très artificiel) est fait à l’aide d’une méta-histoire mettant en scène un journaliste/chercheur interrogeant des archives et découvrant les histoires contées dans le recueil.

Si le collage comporte des éléments intertextuels, ceux-ci ne peuvent bien sûr pas être lus indépendamment.

Pourquoi écrire des livres si compliqués ?

Le processus créatif menant à un projet de ce type me paraît assez évident : on écrit un récit assez court, une nouvelle qui en appelle immédiatement d’autres. Puis un deuxième, un troisième récit dont on ressent qu’ils sont liés au premier. Puis on a envie de faire un livre avec tout ça. Alors il faut rechercher (si on ne l’avait pas déjà) le but et le projet du livre, puis décider de la manière dont les textes seront assemblés, le processus de collage, les contraintes qui présideront à l’écriture des textes suivants. C’est un jeu amusant et excitant, qui permet d’essayer d’assembler dans un même livre le meilleur des textes courts (densité, possibilités expérimentales) et l’immersion que permet le roman.

Les défauts de ce genre de littérature seraient que, contrairement à des romans classiques, l’immersion du lecteur est brisée par les changements de point de vue, de décor, d’histoire. Les personnages sont plus difficiles à approfondir, les intrigues sont moins sophistiquées, etc… Vous en voyez d’autres ?

Tous commentaires bienvenus. Stay on the line !

Tancrède – Ugo Bellagamba

Détail de la couvertureMalgré une belle couverture, un auteur très intéressant et un sujet passionnant, Tancrède n’a pas réussi à me séduire. J’aime pourtant les histoires de croisades, un sujet qui me touche depuis l’Histoire de France en bandes dessinées, un des livres fondateurs de mon enfance. Aventure épique, horreur de la guerre, rencontre extraordinaire de peuples et de cultures… J’aime les histoires de croisades, même quand elles sont suédoises (Arn, chevalier du temple) ou qu’il s’agit d’un des nombreux films ratés de Ridley Scott (mais quand même Go, and tell Saladdin that Jerusalem is coming, quand même…)

Revenons à Tancrède. Je ne mets en doute ni la sincérité de l’auteur, ni son sérieux, ni l’intelligence qu’il a de son sujet. Sa documentation paraît impeccable, son effort est indéniable pour inscrire le livre dans l’histoire du genre, dans son histoire personnelle, et dans l’Histoire. C’est un livre profondément sincère.

Je lui vois deux défauts. Le premier n’est pas rédhibitoire : la vision de la religion qu’il propose m’a l’air très extérieure. Son personnage principal est supposé avoir la foi chevillée au corps, vivre pour Dieu et pour le Salut… Je n’en ai pas été convaincu, je n’ai pas eu le sentiment de quelque chose de vécu. Pour ne donner qu’un exemple, le moment de la méditation au Mont des Oliviers m’a paru sonner faux.

Le second défaut est plus grave, il tient à la langue même du récit. Le masque d’historien, l’artifice du texte retrouvé ne marche pas du tout. Le roman historique (puisque Tancrède en est un) permet parfois des trouvailles linguistiques intéressantes (je pense par exemple aux très jolis Fortune de France, de Robert Merle). A défaut, on peut se contenter d’une langue neutre, un peu distante. Mais on a ici un récit à la première personne bourré de concepts et d’expressions anachroniques. J’esperais qu’un élément du récit pourrait venir justifier ce point mais je n’ai rien vu venir. Dommage. Ca m’a quand même redonné envie de faire jouer à Miles Christi, tout cela. Dieu le veut !

Roman à facettes / à la recherche d’une nouvelle terminologie

Quelques réflexions inspirées par la lecture des soldats de la mer (et de quelques autres livres récents)

Je lis des livres que je classe comme des romans. D’autres comme des recueils de nouvelles. Comment classeriez-vous les livres suivants ?

(je suis un peu injuste envers mes lecteurs de parler de Wastburg. Parce que le livre n’est pas publié. Mais ce que j’en dis suffira, j’espère, à étayer mon propos)

Revenons-y un instant :

Dans Yama Loka, on a 3 fois 7 textes parlant tous, de près ou de loin, de la cité de Yirminadingrad, en Europe de l’Est, au tournant du millénaire. Il n’y a aucun arc narratif reliant les textes même si la position de certains d’entre eux dans le recueil a son importance et que le recueil est ordonné. Les informations et les visions présentées de la ville sont incohérentes : parfois Yirminadingrad paraît être une ville ultra moderne à la façon de Londres ou Berlin, parfois c’est le théâtre d’une guerre civile, d’une avant-garde artistique, d’une catastrophe…

Dans l’archipel du rêve, une dizaine de textes prennent place dans ce lieu précis de l’imaginaire de Christopher Priest. Un univers en marge d’une certaine Europe des années 60, des îles, des contingents inconnus mais reliés d’une façon ou d’une autre à notre monde (de quelle façon ? Tout est là…). Là aussi, les textes ne sont pas tout à fait cohérents. Dans l’un d’entre eux, la guerre est censée avoir commencé il y a des siècles, dans d’autres elle paraît plus récente. Selon certains textes elle a lieu sur le continent Nord ou alors sur le continent Sud, etc.

Dans les soldats de la mer, ont lit plusieurs dizaines de récits mettant en scène des soldats de la Fédération. Un certain flou quant à l’univers subsiste dans certains textes (le tout premier, ainsi que l’histoire des engoulevents) : le récit pourrait porter sur des guerres oubliées de notre Europe, ou de la Vieille Europe (je reparlerai un jour de ce concept). Pour le reste, un para-texte (les extraits des chroniques de la Fédération), des allusions dans le cours des textes ainsi que le texte de conclusion mettent en place l’histoire d’un monde alternatif, celui de la Fédération, qui est clairement une Europe imaginaire, parallèle, sans christianisme, une sorte d’uchronie onirique.

Dans Wastburg, on a aussi une quinzaine de nouvelles mettant tous en scène des soldats de la garde de Wastburg. Leurs petites aventures, plus ou moins minables, donnent un long aperçu de la ville. Et là, contrairement aux livres précédents, on a une structure romanesque habile puisque, à travers la multiplication des points de vue, on aperçoit une intrigue plus générale de laquelle les personnages principaux n’ont qu’une vision partielle.

Je distingue un point qui rapproche ces quatre livres, et qui les sépare d’un recueil comme Janua Vera, de J.P. Jaworski. Janua Vera est un recueil de nouvelles toutes situées dans le même monde médiéval fantastique « classique ». Les nouvelles sont intéressantes pour elles-mêmes et le livre ne fait que les rassembler. En tous cas (on me détrompera peut-être), je ne distingue pas de projet d’ensemble auquel le livre pourrait correspondre. Les quatre livres que j’ai cités au-dessus ont un projet d’ensemble et une cohérence interne, qui est essentiellement liée au fait que les histoires qui les composent sont sises dans un même univers. (tiens, je pourrais rattacher la Cité des Saints et des fous, de Jeff Vandermeer, et aussi, peut-être, The Etched City, de Kirsten Bishop, dont le projet romanesque me paraît relâché, à côté de l’intérêt de chaque partie prise individuellement)

Voici ces projets, tels que je les comprends (ils sont d’un intérêt littéraire varié. Mon idée n’est pas ici de les classer, juste de les décrire):

Yama Loka : portrait d’un ailleurs qui est le reflet éclaté et brisé de notre monde. Un lieu qui concentre nos folies.

L’archipel du rêve : décliner un jeu sur la perception, les fantasmes et les façons dont nous saisissons la réalité. L’archipel, avec son éclatement, est le lieu des histoires et des mensonges et sans doute une forme de portrait intérieur de l’auteur.

Les soldats de la mer : développer la poésie du soldat hoffmanien. Bottes cirées, pistolets d’arçon, discipline, fières moustaches et fantômes. Projet secondaire : imaginer une autre Europe.

Wastbug : une sorte de roman noir de fantasy, mettant en jeu toutes les couches sociales, du plus grand aux plus petits, et insistant sur les plus pauvres, les minables et les imbéciles attachants.

Bara-Yogoi.jpgDonc oui, ces quatre livres sont, techniquement, des recueils de nouvelles. Non, ce ne sont pas vraiment des romans (sauf peut-être Wastburg). Mais les qualifier simplement de recueils de nouvelles (à la façon des recueils de Maupassant, ou des Fictions de Borges, ou des nouvelles de Flannery O’Connor…) me paraît réducteur. Le terme fix-up ne correspond pas exactement non plus. Dans le titre de ce post, je parle de roman à facettes, histoire de proposer un nom, qui ne me satisfait pas moi-même.

D’où ces questions, chers lecteurs :

– voyez-vous le même point commun que moi entre les livres que je rapproche ?

– en connaissez-vous d’autres correspondant à cette définition ?

– oseriez-vous écrire « roman » sous le titre ? Ou alors « nouvelles » ? Ou avez-vous un autre terme à proposer ?

La question m’intéresse bien sûr dans un but très personnel, ne serait-ce que pour pouvoir décrire ce sur quoi je travaille en ce moment. « tu vois, ce sont des nouvelles, mais pas que. Elles sont liées les unes aux autres… Mais ce n’est pas vraiment un roman. » Pour ajouter une petite note personnelle et rigolote : le livre CLEER a été sous-titré une fantaisie corporate: 1) parce que c’était un terme rigolo. 2) parce que sinon il aurait fallu écrire « roman » sous la couverture, et qu’une partie au moins des auteurs trouvait que ce serait tromper le lecteur.

 Dans un prochain post, je m’efforcerai de parler de la Vieille Europe, un autre concept qui m’est cher.

Les soldats de la mer – Yves et Ada Rémy

Chroniques illégitimes sous la Fédération

Comme je l’ai dit, je dois cette lecture à Hugues Robert  qui m’a enfin décidé à me procurer ce livre, publié chez Juillard en 1968 avant plusieurs rééditions hideuses (voir sa fiche sur noosfere) aux couvertures inappropriées.

Ce livre donc: à la fois admirable, étonnant et singulier. Il pourrait s’agir d’un recueil de nouvelles (je reviendrai là-dessus dans un prochain billet), de récits d’aventures militaires et fantastiques, entre le merveilleux et le gothique. Les héros en sont les vaillants dragons, grenadiers, hussards, chevau-légers et enfants perdus de la Fédération.

Nous sommes au XIXème siècle, la Fédération affronte de multiples ennemis dans des guerres confuses, s’étend, se renforce, jusqu’à l’Orient, jusqu’à l’Occident… Nous ne sommes pas au XIXème siècle, nous sommes ailleurs, mais où? Rien ne relie ces histoires sinon une chronologie, un contexte assez lâche et l’intuition d’une relation mystérieuse entre le monde de la Fédération et le notre. Et qui sont ces Soldats de la mer du titre?

Des héros militaire, des mystères, des fantômes, des doubles, des jouets enchantés, des forts hantés, des spectres hantant les champs de bataille, des statues animées. Le registre fantastique est classique et séduisant, il m’a fait songer aux oeuvres de Léo Perutz. La langue, elle, est précise et élégante, parfois enchanteresse.

Le sergent von Nassau, des Dragons de Lauterbronn, reçut l’ordre de se rendre par ses propres moyens à Marienbourg. Il glissa son billet de mission dans son gilet, salua sans un mot. Longtemps encore on eut le claquement de ses bottes noires dans les immenses couloirs dallés. Ayant rejoint ses quartiers, il fit ses préparatifs et mit la dernière main au harnachement de son cheval. Les instructions qu’il devait communiquer à la garnison de Marienbourg étaient gravées dans sa mémoire.

J’ai lu ces lignes, je n’ai plus voulu quitter ces soldats.

J’essaierai dans un prochain billets de préciser certains des sentiments inspirés par ce livre.

Edit : la critique d’Hugues est ici.