Les mauvais jours finiront

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Le Ministre de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie débat avec la porte-parole de la Coordination des Écoliers de Sapporo. Il explique que, avec la crise, il est impossible d’engager plus de professeurs mais que son nouveau plan va permettre de reverser dans les classes les enseignants qui se sont arrangés pour faire autre chose que leur métier. 

La jeune fille le coupe. Elle est grande pour son âge, sa peau est pâle et ses yeux ne sont que très peu bridés. Elle porte un uniforme à la jupe raccourcie, des couettes et un maquillage sombre, une provocation hentai qui met le politicien mal à l’aise. Elle dit : « vous êtes un crétin et un izarik. Nous nous fichons de votre réforme, ou du nombre de professeurs. Mais nous ne vous laisserons pas faire à Yirminadingrad ce que vous avez déjà fait à la Balkhyrie ! » Le ministre prend la couleur de la lune, il n’a aucune idée de ce dont parle son interlocutrice. 

Les mauvais jours finiront, in Tadjélé (éditions dystopia workshop)

Schumann

La musique de Schumann est/a été/aurait pu être/aurait voulu être. Il faut accepter d’imaginer, accepter l’inaccompli. Les promesses, les esquisses, les suggestions. L’esprit a à peine le temps de se construire une aventure qu’on est passé à autre chose. On hésite, on s’engage, juste assez pour tout voir, tout entendre, puis on glisse pour partir ailleurs. Des symphonies entières sont repliées dans quelques phrases pour piano.

L’orchestre construit pourtant une belle façade, avec feu et souffle, un concerto romantique en trois mouvements, et un moment on peut y croire, quelques minutes durant (la musique, c’est du temps). Mais déjà, à l’intérieur, derrière les belles images, les pensées et les doutes reprennent, et si… et si… Faisons beau, faisons clair, soyons dans le genre, et que tout sonne joyeusement, mais pendant ce temps, à l’intérieur, le piano se recroqueville, se replie et cherche, cherche encore, tous ces chemins qu’on aurait pu parcourir, tous ces chemins qu’on prendra peut-être, un jour, ensemble.

Notes prises après le concert du 16 novembre 2015 de l’orchestre de chambre de Lausanne, direction Joshua Weilerstein, Cédric Pescia au piano. Concerto pour piano op 54 de Robert Schumann.

L’écran de login brille avec insolence. Mot de passe ?
Elle renverse la tête en arrière, geste dérisoire pour détendre son dos et sa
nuque durcis. Yeux clos. Des ronds de lumière grandissent puis disparaissent
sur l’écran noir de ses paupières. Tout est là. En elle. Elle n’a même pas
besoin de se reconnecter, les synapses ont rétabli les liens, elle navigue dans
les rapports, sentiments, les émotions, les données numériques. Elle peut voir
Bronner. Elle le voit. Avec une précision parfaite. Ses fines lunettes, ses
mains de jardinier, la légère palpitation des tendons de son cou pendant qu’il
parle. Elle entend sa voix, la ressent vibrer dans ses os tandis qu’elle est
appuyée contre lui, sous la pluie, entre les orangers en pot. Les mains de
Charlotte se posent sur le clavier comme des oiseaux. Elle sent Bronner, tout
proche. Artificiel. Une marionnette dans son esprit. Un costume dans lequel
elle se glisse. Il faut faire bouger les mains de la marionnette. En accord
parfait avec le personnage. En accord avec celui qu’ils appellent
« José ». Elle entend de la musique. Des notes de piano qui tombent
sur la surface de l’eau. Un ciel d’outre Rhin, rayé de nuages… Images d’un
voyage ancien, souvenirs d’une musique entendue en un temps heureux. Il est
heureux/elle est heureuse, la vibration des accords se prolonge jusque
maintenant, dans ses poignets. Robert Schumann. Bronner/Charlotte a appris à
jouer ces morceaux. Une musique rêveuse, difficile, ça ne coule pas sous les
doigts, tu sais ? Il/elle reconnaît les accords, ils lui sont toujours
à l’esprit au moment d’insuffler le mot de passe, une pensée, un instant de
bonheur : Les scènes d’enfance du pianiste à neuf doigts, sixième partie.

(c) Sébastien Maloron

La glace et le ciel — Luc Jacquet

La glace et le ciel est un documentaire biographique retraçant l’incroyable carrière de Claude Lorius, glaciologue français spécialisé dans l’histoire du climat. Ses travaux ont contribué à la publications d’articles retentissants dans Nature en 1987 (voici le premier d’entre eux) établissant de manière très forte le lien entre taux de CO2 et température.

Évacuons tout de suite les gros défauts de la bobine : il y a de bien belles images contemporaines sur une musique ploum ploum ploum, qui ne servent globalement à rien. On voit Claude Lorius en gros plan, c’est un beau vieux monsieur, mais on dirait que Luc Jacquet l’a juste posé là dans les décors comme une potiche, c’est assez gênant. D’autant que la voix off, censée être la sienne, n’est pas la sienne. Le texte, enfin, dit beaucoup « je », ce qui se justifie quand il s’agit d’opinions ou d’informations sur la situation personnelle du scientifique, et moins quand il s’agit de recherche scientifique où le « nous » est quand même beaucoup plus juste. 

Ça n’enlève rien à la carrière scientifique de Claude Lorius. L’essentiel du film se base sur des images d’archives, moins léchées mais au combien plus passionnantes que les belles photos de livres d’images vues précédemment. Ces vieux films habilement montés nous racontent les expéditions antarctiques de Lorius dans les années 50 à 80. Les images tournées alors ont été curieusement sonorisées (à l’époque on n’enregistrait pas les sons), ça m’a choqué au début puis on s’y fait, d’autant qu’on n’entend pas les voix, juste des échos. On y voit l’hivernage à la base Charcot de 1957, des images de traversées polaires, l’établissement du premier camp au dôme C (site de la future station Concordia), les C-130 décollant de la glace à coups de fusées, les systèmes de forage, tout cela est magnifique. Et, en point culminant, d’extraordinaires images de la base Vostok qui m’ont mis la larme à l’œil. L’aspect scientifique du discours n’est pas évacué, ni les difficultés et souffrances des recherches et la relation d’amour violent qui lie l’homme au continent blanc. 

J’ai été aussi touché par le passage du temps sur le visage d’un homme traversant le siècle.

J’aurai vingt-trois ans pour toujours.

PS : les personnes intéressées parle sujet pourront lire:

Vostok, le dernier secret de l’Antarctique aux éditions Paulsen, de J.R. Petit, collaborateur de Claude Lorius, qui relate avec précisions et chaleur les recherches scientifiques conduites à Vostok et éclaire la trajectoire de Lorius.

Enterrés volonaires au coeur de l’Antarctique, documentaire de Djamel Tahi qui présente les images de l’hivernage à Charcot de 1957 (sans les bruits) commentées par Claude Lorius et Roland Schlich en 2008.

Youth — Paolo Sorrentino

Deux vieux messieurs de 80 ans, Fred Ballinger le fameux compositeur et chef d’orchestre, et Mick Boyle, le célèbre réalisateur, passent quelques semaines de vacances dans un hôtel de luxe un peu vieillot des Alpes suisses, font des blagues caustiques, prononcent des aphorismes bien sentencieux, parlent de leurs soucis de santé, discutent avec certains autres résidents, se confrontent à des petits problèmes de famille et regardent venir la mort.

Il ne se passe pas grand-chose d’autre dans Youth et c’est pourtant un film superbe, un lent chemin d’images et de musique, une composition presque symphonique pour cinq ou six personnages, tous pris à un tournant de leur vie. Sorrentino les aime tous, se moque d’eux et de leurs travers avec tendresse et leur offre à chacun une voie vers la beauté.

J’ai été particulièrement sensible à la plastique du film, à son jeu avec les corps et les visages, jeunes ou vieux, magnifiés par le regard du cinéaste. Et par dessus tout ça, le plaisir jamais déçu d’entendre la voix et l’accent merveilleux de Sir Michael Caine.

Répétition — à Vidy

Nous n’étions pas retournés à Vidy depuis longtemps, mais Cecci avait repéré dans le nouveau programme une pièce avec Denis Podalydès. Oui, certes, la présentation ne nous disait rien, mais Denis Podalydès, quand même… On l’avait vu plusieurs fois à la Comédie Française, c’est un excellent acteur de théâtre et il l’a prouvé brillamment ce soir dans Répétition, de Pascal Rambert.

Malheureusement, ce n’était pas suffisant.

Répétition: quatre acteurs sur scène, quatre monologues de quarante minute dans un décor moche et sans intérêt. Les quatre personnages, qui portent les prénoms des acteurs (clin d’œil !), travaillaient à une répétition d’un vague objet théâtral (clin d’œil ! Théâtre dans le théâtre, mise en abyme, tu vois ?) et puis il y a eu une histoire de coucherie, et chacun pendant quarante minute donne sa vision du théâtre, de l’art, de la vie, du langage (en disant des gros mots de temps en temps).

Ça a l’air pénible, dit comme ça ? Et bien en fait, ça l’est. 

Cecci dit : « l’ennui était tellement grand qu’il anesthésiait la pensée avant même que le texte s’en charge. »

Ça pontifie, c’est très mal écrit (chacun des personnages parle comme l’auteur et file d’interminables métaphores bancales), les quelques rares idées amusantes flottent dans cette bouillasse comme les lentilles dans une soupe sans lentilles. Malgré les efforts méritoires des acteurs, la pièce reste narcissique, sentencieuse et bavarde.

On pourra me dire que Thomas Bernhard aussi fait des pièces avec des monologues au kilomètre et des phrases qui tournent en rond. Et dans cette maison, on aime bien Thomas Bernhard. Répétition, c’est du Thomas Bernhard du pauvre. Les mêmes trucs, sans le génie.

Cecci dit : « une seule lueur de grâce dans tout cela: la capacité de Denis Podalydès à rendre presque crédible un texte qui ne l’est fondamentalement pas. »

A la fin, tout le monde se couche et une gymnaste vient sur scène. Bon.

Cecci dit : « Après deux heures écart d’ennui mortel, ma patience est trop entamée pour pouvoir supporter un numéro de GRS. »

Un spectacle à fuir.

J’étais un rat ! — Philip Pullman

édition anglaise, couverture par Peter Bailey

La bibliothèque publique que nous fréquentons a eu la très bonne idée de dissimuler la couverture de certains livres pour surprendre les lecteurs. Nous avons donc pris celui-ci en aveugle (l’image de couverture étant fort laide, nous l’aurions peut-être reposé) et nous avons bien fait.

J’étais un rat raconte l’histoire d’un couple de vieux sans enfants, Bob et Jeanne, qui voient débarquer chez eux un drôle de petit garçon habillé en page, tout perdu et incapable de dire son nom. A vrai dire, il est incapable de fournir autre chose comme information sur lui-même que: « j’étais un rat ».

Nos braves vieux vont s’attacher à Roger (ils vont le nommer ainsi), malgré la manie de ce dernier de ronger tout ce qu’il trouve, de manger en plongeant la bouche directement dans l’assiette et de déchiqueter la literie.

J’étais un rat est un petit roman très attachant et très réussi, situé dans un monde délicatement évoqué, presque réaliste mais pas trop. Basé sur cette curieuse prémisse (un petit garçon qui « était un rat », au lecteur de comprendre ce que ça peut bien signifier), il raconte les pérégrinations de Roger à travers la société, entre fonctionnaires, policiers margoulins, savants et philosophes, avec qui le petit garçon plein de bonne volonté va connaître aventures, avanies et catastrophes.

Le récit est rythmé par les Unes du journal le Père Fouettard, un tabloid populaire et bien racoleur, dont les articles accentuent le côté satirique et caustique du roman. 

Rosa et Marguerite ont beaucoup aimé : le roman les a émues, les a fait réfléchir, et surtout, il les a fait rire.

édition Folio Junior

PS : autant la couverture de l’édition Folio Junior est laide, autant les illustrations intérieures de Peter Bailey sont charmantes, voire indispensables à l’histoire.

Knie – 2015

C’est un des indices qui disent que l’automne est proche, le cirque Knie revient vers la Suisse romande (autres indices : le retour des courges et des vacherins Mont d’Or). Pour rappel, Knie c’est le grand cirque de Suisse, pro, bien réglé, quasiment la sortie familiale obligée. La grande question chaque année c’est toujours de savoir s’ils parviendront à dépasser le côté show bien huilé pour trouver de l’émotion et de l’âme. 2015 est pour ça une année moyenne (contrairement à 2013, par exemple). Le numéro de jonglage était réussi, mais très mécanique. Le numéro de portés et de main à main techniquement impeccable, mais d’assez mauvais goût quant aux tenues des artistes (je suis pourtant assez tolérant à la paillette et aux déshabillés). Le clown était Rob Torres, que nous avions déjà vu il y a quelque temps et qui a refait des numéros (très chouettes) que nous connaissions déjà.

Il y a eu une curieuse démonstration de dressage en réponse aux accusations des associations de défense des animaux.

Restent trois moments magnifiques, qui justifient à eux seuls le prix des places. D’abord, un numéro de barre russe, cette sorte de poutre élastique portée à l’épaule par deux costauds, de laquelle une ravissante demoiselle aux longues jambes s’envole et tourbillonne (Trio Stoian). Puis un numéro de chevaux extraordinaire, qui commence avec douze chevaux noirs et blancs formant un carrousel autour de Maycol Errani, auquel se rajoutent bientôt d’autres chevaux jusqu’à remplir toute la piste, le numéro se finissant sur une image merveilleuse, de la grande classe et le rappel de ce fait que j’aime bien : ces grandes familles de cirque sont surtout des familles d’écuyers.

Enfin, la troupe Sokolov (en clôture) monte un numéro de bascule (avec échasses !) dans un esprit XVIIIème siècle punk, façon Amadeus survolté. Très, très, très fort et incroyablement bien mis en scène.

(à noter cette année une affiche magnifique)

Photos presse Knie.

 

Des kilomètres de linceuls (Nestor Burma) — Léo Malet

Se référer à mon billet précédent sur les rats de Montsouris pour lire des considérations générales, toujours valables ici, sur les enquêtes de m’sieur Nestor.

Une belle femme éplorée, ancien amour de notre héros, juive déportée (et gravement blessée) pendant la guerre, vient demander de l’aide d’une voix rauque à Nestor Burma. Commence alors une longue enquête éprouvante et affreuse dans le IIème arrondissement, entre la famille de drapiers juifs farcis de haines recuites, des prostituées, de dangereux bandits en cavale et des maîtres chanteurs. L’intrigue est un vrai jus de chique, Nestor Burma est ballotté entre intuitions fulgurantes et gros coups sur le sommet du crâne et les cadavres s’accumulent. Il fait de son mieux, encaisse, essaie d’aider ceux qui en ont besoin et tombe trop souvent sur un corps refroidi, quand ce n’est pas ce dernier qui lui tombe littéralement dessus.

Le roman est rythmé, dense, amer comme un café très serré pris un petit matin blême à un comptoir de la rue Saint Denis. Une très grande réussite de la série et un petit chef d’oeuvre du roman noir à la française.

La nuit de Saint Germain des prés (Nestor Burma) — Léo Malet

Oui, je sais c’est la couverture d’une édition italienne.Et alors ?

Se référer à mon billet précédent sur les rats de Montsouris pour lire des considérations générales, toujours valables ici, sur les enquêtes de m’sieur Nestor.

Ce roman-ci, situé dans le VIème arrondissement, commence par un long tunnel de bavardages entre le détective, un de ses copains barman et un écrivain à la fois fat et spirituel dans un « snack » de Saint Germain des Prés. Heureusement, les choses s’accélèrent une fois découvert le cadavre d’un jazzman noir dans une chambre d’hôtel. Suit alors une enquête réussie, entre poètes ratés, bandits à la recherche de bijoux et pervers amateur des Chasses du Comte Zaroff. Nestor Burma pose un regard dédaigneux et moqueur sur la manière de s’amuser des jeunes de St Germain, il est trop vieux pour ça, sans doute et n’est pas tellement fan de jazz. L’intrigue tourne autour de la cour rassemblée autour du fameux écrivain, Germain Saint Germain, vendeur de best-seller carbonisé par son succès. Le portrait de ces prétentieux et de ces paumés est réussi, sans méta texte ni moquerie particulière envers les auteurs du 6ème. Une bonne enquête, un bon cru, avec son lot de marioles… et de cadavres.

Les rats de Montsouris (Nestor Burma) — Léo Malet

Je me suis lancé dans un cycle de relectures des histoires Nestor Burma. M’sieur Nestor, avec sa pipe à tête de taureau, ses vannes d’ancien anar revenu de tout et sa culture à géométrie variable a toujours été un de mes héros préférés, parce qu’il est à la fois cynique et romantique, sensible et dur à cuire, qu’il se prend des coups sur la tête et des mauvaises nouvelles mais qu’il continue à aller de l’avant.

Je relis ces romans tous les dix ans environ, il faut croire que le moment était revenu.

Relire, c’est redécouvrir. Le charme des histoires de Nestor Burma repose sur deux choses importantes: la France et surtout la ville de Paris des années 40 à 60, évoquées par quelqu’un qui y était et qui l’aimait. Et le style. Léo Malet, le chroniqueur du détective, écrit bien, mariant avec élégance imparfaites du subjonctif, jeux de mots tordus et morceaux d’argot. Les romans sont parfois écrits un peu vite, mais ont souvent des dialogues bien balancés et des morceaux de bravoure, scènes d’ambiance ou moments oniriques (où l’on se rappelle les vieilles accointances de Léo Malet avec les surréalistes)

En relisant, je me rends aussi compte de la vision sociale véhiculée par ces récits. Nestor Burma voit de tout: des paumés, des étudiants, des bourgeois, des bandits et des flics (et des cadavres, sa spécialité), la coupe sociale est transverse. M’sieur Nestor est aussi un gros macho, plus très objectif quand une jolie minette bien balancée se présente à son burlingue, même s’il est toujours courtois et correct avec les dames, qui sont fréquemment ses clientes, et qui le paient plus rarement.

Par ailleurs, dans mes lectures précédentes je n’avais jamais été attentif à la présence des Arabes ou des Juifs. Mais la guerre d’Algérie est bien présente, en sourdine dans les récits des années 50/60… Sur la fin de sa vie, l’auteur semble avoir viré vieux réac xénophobe. Burma l’est peut-être devenu en vieillissant, quand il a vu le monde qu’il avait connu lui échapper. Dans les années 50 des récits, les Arabes semblent surtout vus comme des étrangers, ni aimables, ni détestables, plus souvent accusés que coupables.

Voilà pour la partie générale. Je ne m’étendrai pas trop sur le roman les Rats de Montsouris, enquête dans le 14ème arrondissement, lu pour voir si nous retrouvions nos repères dans cet endroit où nous avons vécu. Le 14ème d’alors est bien plus popu et cradingue que maintenant, s’étalant entre les bourgeois de Montsouris et les rades pourris derrière Montparnasse. Le roman est une enquête autour du meurtre d’un truand et d’une série de cambriolages, et comprend quelques jolies scènes. Le premier chapitre, pur scène de film noir avec types crasseux jouant au billard sous une ampoule miteuse, est un très beau morceau. Suivi d’une errance cauchemardesque dans la nuit d’août étouffante. Les clins d’oeil surréalistes et le personnage de l’ancien avocat général marié à la fille trop jeune d’un homme qu’il a expédié à la guillotine sont aussi très réussis. Bref, une bonne enquête et un bon cru dans la série des Nouveaux mystères de Paris.

Et on appréciera toujours chez Leo Malet le soin mis à boucler de bonnes intrigues, solides et carrées, que l’amateur de mystères policiers aura plaisir à découvrir.