1917 — Sam Mendes

J’avais aperçu la bande annonce de ce film quand il était sorti, mais je l’avais loupé. J’ai eu envie de le rattraper suite à un vague projet de Jdr WWI.

Deux jeunes types sont envoyés porter un message de d’un point A à un point B pour empêcher une attaque de se produire. Le film est un voyage épique, sur quelques heures, à travers des décors effrayants et surréalistes. Je ne sais pas ce qu’en diront les spécialistes historiens, mais ce film, un peu comme le Dunkirk de Nolan, essaie de donner de ces épisodes guerriers une expérience sensorielle. En vérité, le film auquel ce 1917 m’a fait le plus penser est le magnifique Empire du soleil de Spielberg. Comme ce dernier, 1917 est à la fois violent, effrayant et onirique.

J’ai beaucoup aimé les deux acteurs principaux. L’amateur de têtes connues répérera quelques acteurs anglais fameux dans des petits rôles du casting. La photo et les décors sont magnifiques. Le film est composé d’un unique plan séquence (bien sûr bidouillé avec des cuts ou des raccords, mais on s’en fout) qui lui donne une dynamique toute particulière et intéressante.

Bref, un bon film. J’ai vu qu’il y avait une adaptation de « à l’ouest, rien de nouveau » sur Netflix, je vais peut-être y jeter un oeil.

Summer Wars

J’ai déjà parlé de ce film ici. Mais quand nous l’avions vu, Marguerite avait deux ans. Elle en a dix-sept maintenant et je voulais le lui montrer. Le film est toujours super, elle a beaucoup aimé (on était allés voir Belle, ensemble, donc elle connaissait un peu l’univers du réal)

Je ne retire rien du billet précédent (dont j’ai réparé les liens cassés). Quelques pensées pour mémoire :

Le film présente une vision assez heureuse de la vie en ligne. Je pense que Mamoru Hosoda est le seul réal de films à essayer de représenter (visuellement !) ce que c’est que la vie en ligne, dans un aspect global, et de manière plutôt joyeuse, avec des baleines géantes, des avatars rigolos, une collaboration mondiale qui réunit joueurs, parents, enfants et personnes âgées. C’est très touchant et rafraichissant, dans un monde sombre, de voir de telles choses.

Le film présente un monde très genré (Japon tradi). Les femmes à la cuisine, ne semblent pas avoir de métier (sauf la grand-mère, « madame la professeure ») tandis que les hommes travaillent. En même temps (c’est le film qui le dit, et le montre un peu), la famille est assez matriarcale. La grand-mère m’a fait penser très fort à Suzon du Moulin. Enfin, Marguerite m’a fait remarqué le design des personnages, particulièrement des personnages de femmes. Elles sont toutes différentes de corps, de peau, d’attitudes. Ce sont des vraies femmes et pas des fantasmes sur pattes.

Enfin, d’accord, le clan Jinnouchi représente les samouraïs, un clan de seigneurs, et ils ont des valeurs de noblesse de coeur, mais, pour ceux dont on voit la vie professionnelle, ils sont tous au service du public. Médecins, ingénieurs civils, pompiers, secouristes, militaires… Sauf le « méchant » qui est ingenieur IA (si, si) ; les Jinnouchi sont présentés comme opposés à la famille de Kenji, dont le papa est salaryman.

Le film se revoit très bien, ça a été un grand plaisir de passer de nouveau du temps dans cette belle ambiance du premier août à la campagne.

#Brève Dune II, Fight club, Notre part de nuit

Pour mémoire, je note ici différent trucs vus/lus ces derniers 24 mois (j’ai retrouvé des brouillons de billets, que je complète)

Dune II

C’était trop long, pompeux, hiératique, plein de plans de longs regards profonds (10% de la durée du film, selon Marguerite et moi) et de types tous plus ou moins nazis, mais j’ai quand même bien aimé le voir. Je me suis laissé prendre au mysticisme bizarre de ce récit, le Kwizatch Haderach, Lusail Al Gahib et toutes ces sortes de choses. Un grand péplum de l’epaaace. J’ai tripé, je pense sur, sur matériau d’origine, ou bien sur le rêve du matériau d’origine. J’ai même préféré au premier – moins de rampes qui descendent de manière solennelle, plus de space marines qui s’envolent avec douceur. Il y a des plans à l’intérieur des plans.

Fight club

Celui-là, Ikea boy, on l’a regardé parce que je ne l’avais pas revu depuis longtemps et que je voulais le montrer à Marguerite pour qu’elle connaisse ce classique twist-qui-tue et de l’ambiance des années nonante. Je trouve le film toujours très cool, les acteurs top, et l’ensemble très daté de son époque. Pas de téléphones portables, une idéologie cheloue et des phrases qui font partie de mes citations favorites. I’m Jack’s complete lack of surprise. Marguerite a dit : « c’était cool », je ne sais pas trop ce qui lui en restera. Un de mes Fincher préférés avec Alien III et Zodiac

Notre part de nuit – Mariana Enriquez

Tiens, un très bon livre que j’ai lu et oublié de chroniquer !
C’est un road movie, une histoire de famille, de fantômes, de monstres, de morts, de trucs weird et d’Argentine. Ca correspond vraiment à ce que j’aime dans des récits d’imaginaire contemporains. Disons que c’est de l’horreur (parce que ça fait souvent peur) mais je ne sais pas trop ce qui fait le plus peur, entre la lutte sociale, le capitalisme prédateur, la dictature et la magie noire. Je n’ai pas eu l’impression que le fantastique soit ici une allégorie. Plutôt une manière de voir la monde, une lumière noire jeter en biais, avec des forêts de mains et d’ongles et des présences vivantes, dévorantes.
Ha oui, j’ai adoré les personnages principaux, le père, puis le fils.

True Detective saison 1

Ce ne sera pas la première fois que je bloggue deux fois sur le même truc. Accordons-nous un droit de nous répéter.

J’ai donc déjà parlé de True Detective, il y a une grosse dizaine d’années, et je ne renie rien de ce que j’ai dit à l’époque, ce qui m’évitera de me répéter. Je l’ai regardée cette fois-ci, d’abord pour voir ce qui avait changé, et dans un esprit de complétude de mes explorations carcoseques. La capture d’écran ci-dessus est peut-être l’évocation picturale la plus directe du roi en jaune dans la série.

Songs that the Hyades shall sing,
Where flap the tatters of the King,
Must die unheard in
Dim Carcosa.

Qu’est-ce qui a changé dans ma lecture ? Peut-être que cette série, parmi ses thèmes majeurs, est une histoire d’hommes, de masculinités plus ou moins pourries (plutôt plus) qui s’efforcent de contrôler, posséder, détruire les femmes et les enfants. Les personnages principaux représentent deux manières, toutes les deux pas géniales, d’être un homme. Pas beaucoup de personnages ni de points de vue féminins, je pense que sur 8 heures de film, aucun dialogue ne permet de passer le test de Bechdel. On aura le droit de trouver ça assez pesant.

J’ai été aussi frappé par la beauté de certains plans. Paysages, maisons, décors malsains, églises brûlées… Le passage à Carcosa (je ne le raconte pas) m’a vraiment plu.

Voilà, j’y suis donc retourné, et ça m’a plu.

J’ai regardé aussi la saison 4 qui était vraiment cool, mais tiens, je n’en ai pas parlé ici ! Peut-être dans dix ans, quand je la reverrai ?

L’agent secret – Kleber Mendonça Filho

L’histoire commence avec un panneau annonçant que ça se passe au Brésil en 1977 et que c’était une époque troublée. Un type au volant d’une petite coccinelle jaune pétante arrive dans une station service au milieu de rien. Le pompiste, un type au gros vente et aux lunettes de travers, sort de la cabane pour le servir. A quelques mètres de la pompe, un cadavre vieux de plusieurs jours à peine recouvert de papier journal (les chiens errants du coin sont intéressés) : le pompiste explique qu’il n’y est pour rien et que les flics ne sont pas encore passés récupérer le corps, parce que c’est carnaval. Puis des flics arrivent quand même, ils voient le cadavre, ce n’est pas leur affaire. Ils inspectent la voiture du mec en détail et cherchent un moyen de lui soutirer quelques sous.

La scène donne le ton du film. Couleurs vives, police inquiétante, situations bizarres, visages et corps de toutes formes et de toutes couleurs. Le conducteur de l’auto et personnage principal fuit quelque chose (on mettra du temps à savoir quoi), des gens veulent le tuer (on saura pourquoi). On croiser des personnages très beaux et touchants : la vieille femme de la résidence (dona Sebastiana), la dentiste qui se planque, le vieux projectionniste et son épouse… D’autres très effrayants : des flics plus ou moins dégénérés, d’anciens militaires aux mauvaises habitudes… Et d’autres tout simplement singuliers, comme le tailleur juif, le tueur à la casquette rouge, les employés du bureau d’identification judiciaire…

Le film crée une ambiance colorée, joyeuse, incertaine et terrifiante que j’ai beaucoup aimée. J’ai eu l’impression de saisir quelque chose du Brésil (où je ne suis jamais allé), celui du passé et celui d’aujourd’hui. C’est un très beau film.