Peer Gynt par les arTpenteurs à Yverdon

Nous avons retrouvé à Yverdon le théâtre du petit globe où nous avions vu les Norn : le bâtiment (en bois) a été démonté, a quitté la vallée de Joux pour s’installer au bord du lac, dans un cadre fort joli. Et cette fois ci, point de chant, mais du théâtre !


Peer Gynt (prononcer Père Gunnt) est un classique du théâtre norvégien, de Ibsen, une histoire d’aventures un peu folles, avec bagarres villageoises, histoires invraisemblables, trolls, brouillards, voyages, naufrages… Cette pièce à grand spectacle était assurée par une compagnie de six (juste six!) beaux acteurs, assurant tous les personnages, la musique, le chant, la danse.
La mise en scène est étonnante, pleine de vitalité et d’invention. Les acteurs bougent magnifiquement, passent d’une voix à l’autre, d’un registre à l’autre, font des sauts, des marionnettes, des récitatifs, des plaisanteries, un peu dans la tradition de la comedia del’arte (telle que nous l’avions vue pratiquée par le piccolo teatro de Milan, un des plus beaux spectacles de théâtre que j’aie jamais vu).
Tout cela pour créer des images magnifiques : la danse des trolls, la mère perchée sur son moulin, la tempête sur le navire, l’errance de Peer Gynt dans la lande, sous les étoiles, tentant de fuir le fondeur de boutons.
La pièce, très belle, propose des scènes magiques, pleines de mystères et d’interprétations, humaines, légendaires, divines. Peer Gynt, raté fantastique, voyage, rêve, aime, tue parfois, se trompe tout le temps et reste toujours sympathique. C’est du théâtre. C’est la vie.

Fais un détour, dit le Courbe.

Par devant, par derrière, c’est toujours aussi long
A
u dedans, au dehors, c’est toujours aussi court

PS : les prochaines dates de la tournée mondiale dans le gros de Vaud et en Suisse et à Avignon

Epées et mort

Je vais essayer de faire un petit commentaire du cycle, recueil par recueil, nouvelle par nouvelle, autant pour faire marcher ma mémoire que pour l’intérêt, éventuel, du lecteur Leiberophile.
Comme je copie-colle les listes de textes depuis l’excellent site de Bruno Para, le petit bouton vert vous renverra à un résumé des nouvelles et au commentaire de l’ami Bruno.

Et comme je n’ai pas relu le premier recueil, je démarre directement au deuxième, épées et mort.

  • The circle curse / La boucle est bouclée
  • Texte mélancolique, très réussi, où tout est parfaitement résumé. Les héros, Lankhmar, Nehwon, les sorciers Sheelba et Ningauble… L’adaptation de Chaykin et Mignola en est particulièrement belle.

  • The jewels in the forest / Les bijoux dans la forêt
  • pas relu.

  • Thieves’ house / La maison des voleurs
  • Une bonne histoire mettant en scène la terrible guilde des voleurs, qui a inspiré tant de rôlistes. On y retrouve toute l’atmosphère de Nehwon, grotesque, macabre, humoristique. (attention, on n’est quand même pas dans la parodie à la Pratchett)

  • The bleak shore / Le rivage désolé
  • Aventure étrange, presque philosophique. A la limite de l’abstrait.

  • The howling tower / La tour qui hurle
  • Partiellement relu, mais j’avais l’adaptation BD très présente à l’esprit…

  • The sunken land / Le pays qui coule
    Fabuleuse aventure onirico-marine, mettant en scène un royaume englouti, une galère silencieuse dans la nuit… Attention aux bijoux trouvés dans le ventre des poissons !
  • Seven black priests / Sept prêtres noirs
  • Encore une curieuse aventure aux limites du rêve, avec ses sept prêtres comme les personnages d’une comptine, le Souricier frigorifié et une ambiance de feu et de glace. Les apparitions des prêtres, un à un, donnent un bon rythme à ce texte.

  • Dark vengeance / Claws from the night / Claws in the night / Des serres dans la nuit
  • Superbe aventure lankhmarienne, toute l’ambiance croulante de la vieille cité s’y retrouve.

  • The price of pain-ease / Le prix de l’oubli
  • Une nouvelle fable, excellente. On notera que toutes les aventures opposant Fafhrd et le Souricier à la Mort jouent sur la dualité entre les deux personnages. Le côté double de ces héros (l’un ne va pas sans l’autre, et pourtant ils forment bien deux personnages distincts) est exploité dans pas mal de textes de Leiber. Ici, leur progression en miroir est tout à fait bien menée.

  • Bazaar of the bizarre / Le bazar du bizarre
  • Une des plus connues des histoires de la série. Pleine de bonnes idées, mais je trouve le discours ironique sur ces démons capitalistes un peu évident et facile. Restent des images fascinantes (le mur de mercure, la fille dans la cage…) qui valent la lecture.

    Un retour à Lankhmar…

    A cause d’un projet de partie de jeu de rôle, et par plaisir aussi, j’ai relu presque tout le cycle des épées, de Fritz Leiber, mettant en scène les inoubliables Fafhrd et le Souricier gris.
    Faut-il relire ce qu’on a aimé adolescent? Les déceptions peuvent être cruelles… Mais ça na pas été le cas avec cette relecture-là, qui m’a procuré une nouvelle fois le même plaisir. Certes, toutes les histoires ne sont pas bonnes. Certes, le style est parfois inégal… Mais le plaisir est là. Plaisir d’une sword & sorcery a visage humain, avec des héros pleins de faiblesses. Plaisir de retrouver un monde onirique, tranquille et brumeux, Nehwon, un de ces endroits où j’aimerais aller faire un tour à l’occasion.
    Je convie les lecteurs ne connaissant pas ces histoires à aller se renseigner ici ou ici.
    Cette relecture, après plusieurs années, m’a permis de me rendre compte d’un certain nombre de détails qui m’avaient échappés les toutes premières fois :
    – les meilleures aventures de F & lSG n’ont souvent aucune logique rationnelle (Quand le roi de la mer est au loin, le quai des étoiles, etc.) mais plutôt une logique onirique. Amis lankhmariens d’adoption, essayez de raconter vos histoires favorites à quelqu’un qui ne les a pas lues, et vous verrez sa tête… Cette logique onirique fonctionne d’ailleurs très bien !
    – Je suis prêt à parier que Fritz Leiber faisait de la voile et de l’escalade. Plusieurs textes (notamment La mer est leur maîtresse) semblent être des vacances imaginaires, l’occasion pour l’auteur d’emmener ses héros et lui-même en voyage. On notera les navires gréés en sloop, par exemples, pas très en phase avec l’univers post-antique de Lankhmar (mais les lampadaires et la police dans les rues sont d’autres échos de modernité dans cette cité étrange)
    – il est très touchant, notamment dans les derniers textes, de se rendre compte que les héros ont vieilli avec l’auteur. J’aime le fait qu’après les avoir fait bourlinguer autour de Lankhmar dans le monde entier, il leur trouve une maison pour leur retraite, l’Ile de Givre. Il leur faut un peu de temps pour s’y adapter, mais eux-mêmes et nous aussi finissons par prendre goût à cet endroit simple et bizarre (une image de l’Islande?)
    Cette relecture a été pour moi un nouveau plaisir, un nouvel émerveillement. Je me suis dit une nouvelle fois que si je voulais écrire de l’heroic fantasy (de nouveau) j’essaierais de faire des textes dans ce genre, textes courts, mélangeant rêve, aventures, épées et jolies femmes, voyages désabusés de héros très humains.
    Merci M. Leiber.

    PS : j’ai relu aussi les excellentes adaptations Chaykin/Mignola. Un peu comme Tardi l’a fait avec Nestor Burma, Mignola a donné à nos héros leurs visages.

    Napoli

    Naples est une cité de rêve. Non pas une de celles où on aimerait forcément habiter, ni une cité d’architecte rêvée par un utopiste, mais une ville dans laquelle j’ai envie de raconter des histoires et d’inventer des personnages.


    Une soeur pour Lankhmar, Ashamoil et l’improble endroit dont j’ai oublié le nom de Jeff Vandermeer. Naples est un peu trop romanesque pour être vraie, avec ses rues toutes serrées, ses gros pavés, ses palazzi aux portes épaisses (rappelons qu’en Italien, palazzo veut simplement dire « immeuble », mais le terme palais n’est pas usurpé pour certaines cour), ses arches, ses monuments antiques, médiévaux, renaissance, 17ème, modernes, incarnés dans le même tissu urbain. Avec la clameur des klaxons, le linge aux fenêtres, les petits métiers, les jolies femmes, les vieux barmen qu’on dirait sortis d’un film de mafia, les saints guérisseurs, les chiens errants, les vierges à chaque coin de rue. Naples est très vieille (fondée par les grecs, plus ou moins…), très belle et très laide à la fois.

    On sent la ville romaine sous les pavés (puisque le tracé de certaines rues est resté inchangé). Des perspectives s’ouvrent vers les collines crénelées du château Saint Elme. On passe des rues populaires des bassi aux quartiers chics du lungomare en quelques pas. Et on peut se perdre dans les couloirs fantastiques du château de l’oeuf, qu’on dirait inventé par Alexandre Dumas : plus dantesque que le château d’if, pour y coincer Monte-Cristo !

    Et puis le Vésuve est là, drapé de nuages, veillant sur la ville pour mieux la détruire quand il le voudra.

    Gustav-Adolf Mossa – exposition au palais lumière d’Evian

    J’ai découvert Mossa, peintre symboliste de la belle époque, par un article paru dans Elegy, et j’avais été très frappé de trouver dans son tableau Pierrot s’en va le portrait parfait de Relio, personnage d’une de mes toutes premières nouvelles, auquel j’étais très attaché.

    Pierrot s’en va

    Et j’ai recroisé Relio/Pierrot dans les rues de Lausanne, sur une belle affiche annonçant une exposition Mossa à Evian, juste de l’autre côté du lac.
    Cecci, Lady A et moi avons donc profité d’une belle journée pour embarquer à bord du Vevey (superbe bateau à aubes datant de 1907, un des fleurons de la CGN) et nous rendre dans la petite ville thermale. Le palais lumière, où se tient l’expo jusqu’au 18 mai, est un ancien établissement thermal 1900, très joliment réhabilité.
    L’exposition elle-même est très belle, présentant les différents aspects de l’oeuvre de Mossa, peintre symboliste dans la veine de Moreau, aux inspirations littéraires et musicales très fortes (de la bible à Beaudelaire, en passant par Ovide, Huysmans… Schumann et Wagner pour la musique). Mossa a un dessin très touchant, souvent hésitant, utilisant les empattements, les dorures, le pointillisme, l’art nouveau, parfois dans le même tableau. Ses peintures et ses aquarelles paraissent être chacune l’écho d’une émotion, la manière d’exprimer un sentiment complexe et instantané. Certaines évoquent d’étranges récits et un monde imaginaire tenant tournant autour d’une étrange Venise minérale et luxurieuse…

    lui

    Nous avons particulièrement aimé ses variations hallucinées autour de Salomé (pourquoi ces mains coupées, partout?), son Pierrot, la Rose et le scarabée, son portait du serpent d’Eden ou bien de Salomon, ses illustrations de légendes allemandes.

    Salomon

    Etrangement, après 15 ans de création intense, Mossa a arrêté la peinture en 1918 et est devenu un notable niçois (sa ville de naissance) dont l’oeuvre n’a été redécouverte qu’à sa mort, en 1971.
    J’encourage quoi qu’il en soit tous ceux qu’intéresserait cette oeuvre singulière et rare et de la découvrir dans la très belle exposition d’Evian !

    Elle

    Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil – Jean de Lery

    Après avoir lu Rouge Brésil (dont j’ai parlé ici) et dans le but de me documenter un peu plus pour ma petite campagne de Te Deum, j’ai découvert sur Internet le texte intégral de l’Histoire d’un voyage… de Jean de Lery, et sa lecture a été une nouvelle source d’émerveillement. J’avais déjà lu l’histoire mémorable du siège de Sancerre, par le même, et j’ai été très heureux de retrouver mon chroniqueur préféré du 16ème siècle.
    Jean de Lery, fils de cordonnier, protestant, a fait partie de l’expédition Villegaignon, au Brésil, et il a passé plus d’un an à cotoyer de près les Indiens Tupinambas, des anthropophages de la région de Rio. Dans son histoire d’un voyage… il entreprend de réfuter les mensonges diffusés par André Thévet, premier chroniqueur de l’expédition, puis il évoque le voyage de son groupe vers le Brésil avant de passer de longs chapitres, les plus fascinants, à décrire la société des Indiens. La rencontre des cultures est un instant magique, où se révèlent tout autant les indiens que les Français. De Lery regarde les indiens avec une véritable curiosité, s’intéresse à tout : les paysages, les animaux, la forme des villages, le costume des hommes, des femmes, leurs moeurs, leurs manières d’accueillir les hôtes, de faire la guerre, de fabriquer la nourriture, de faire l’amour, de traiter les prisonniers… Son souci d’exhaustivité, la qualité de la rédaction forcent le respect : le texte est passionnant à lire, bien écrit, plein d’humour, malgré la distance des siècles! Sans se départir des préjugés (notamment religieux) de son temps, De Lery regarde « ses » Indiens avec bonté et remarquablement peu d’a-priori. Son jugement sur les Européens n’est pas tendre et bien que les Tupinambas soient des anthropophages païens, il admire leur savoir-faire, leur cordialité, leur manière tranquille de mener leur vie, leur bonte entre eux et envers les étrangers.
    Quand les Indiens on voulu lui trouver un nom, le chroniqueur leur a proposé de l’appeler Jean, son qu’ils étaient malheureusement incapables de prononcer. Il a alors proposé Léry, ce qui veut dire huître en langage Tupi. Et voilà notre bon protestant baptisé par les sauvages Léry-oussou, « la grosse huître », ce qui paraît même lui faire plutôt plaisir.
    Le compte rendu de De Léry, réécrit et retravaillé de nombreuses fois (il a perdu son manuscrit plusieurs fois dans la tourmente des guerres de religion), comprend plusieurs passages étonnants, dont la retranscription complète en langue tupi (avec la VF) d’un dialogue qu’il a eu avec un vieil Indien.
    Le texte se termine par le récit épique du retour en France à bord d’un bateau pourri, faisant eau de toute part, éprouvé par la famine. Le pauvre De Lery connaissait le sujet, lui qui a failli mourir de faim durant le siège de Sancerre. Et, sans se départir de ce sérieux pince sans rire que je perçois chez lui, il se permet de comparer les deux types de famines, celle du siège et celle de la traversée, commentant les difficultés et les aisances de chacune…

    Wikipedia liste les différentes version du manuscrit disponibles sur le net de ce superbe manuscrit. Le livre a également été récemment réédité au livre de proche.

    Rome

    Maintenant que nous sommes pourvus d’un projecteur (ou plutôt d’un beamer, comme on dit en romandie), nous avons pu commencer à nous cultiver dans le domaine des séries télé. Il faut dire que notre dernière référence en la matière est X-files, alors nous avons un peu de retard à rattraper… Sur le conseil (indirect) d’Alex, nous avons emprunté la première saison de Rome, comme le titre de ce post l’aura fait comprendre au lecteur consciencieux. Un visionnage bien agréable, ma foi.
    Se livrer à une critique détaillée de cette dizaine d’heures de complots étant hors de ma portée, voici toutefois quelques commentaires :
    bravo aux créateurs de décors et de costumes, ils ont réussi à rendre vivantes et vraies les maisons et la ville. Loin des visions idéalisées, on est dans une espèce de bouge oriental, où tout le monde se déplace à pied, c’est assez saisissant.
    bravo aussi aux scénaristes d’avoir su rendre avec habilité plein de détails : les procès, les débats politiques, les moeurs, la nourriture, les petits métiers, la religiosité (sujet casse-gueule s’il en est). Je ne sais pas si tout est historique, mais tout cela rend extrêmement bien.
    Et j’ai adoré les acteurs jouant César et Marc-Antoine. Le couple Vorenus-Pullo fonctionne plutôt bien lui aussi.
    Pour le reste, après quelques premiers épisodes fort bien menés, les conventions de l’écriture feuilletonnesque m’ont pas mal ennuyé, les affaires de couple de Vorenus, les amours d’Octavia, les malheurs de Servilia, tout ça m’a plutôt barbé et j’ai trouvé que les épisodes du milieu de la série étaient un vrai ventre mou narratif. Mais je suppose que c’est le genre qui veut ça.
    En tous cas, il en reste une grosse envie de faire jouer des histoires dans le monde romain ! Et ça, ce n’est pas rien.

    Festins secrets – Pierre Jourde

    Voilà un bouquin prometteur : un jeune prof, l’agrégation juste passée, part vers son premier poste dans un collège très difficile d’une ville de province, Logres. Il a trouvé à se loger chez Madame Van Reth, veuve étrange d’un collectionneur d’érotiques du 18ème siècle, dans une non moins étrange maison. L’écriture, hypnotisante, nous fait assister au voyage halluciné du héros dans le train qui le mène à Logres et à ses débuts dans le collège qui, il faut bien le dire, est une antichambre de l’enfer. Et puis il y a ces mauvaises nuits, ce téléphone qui s’obstine à sonner dans la grande maison trop vide, et les bruits insupportables qui sortent du pavillon de parpaing des Hellequin, les caïds du lieux, des ces dîners abominables du cercle culturel de Logres, et ces morts de la première guerre mondiale qui rampent sous la boue du champs des Ecargues… La raison de notre prof part à la dérive, et nous aussi, pour notre plus grand plaisir.
    L’écriture habile de l’auteur sait donner voix à une galerie de personnages bizarres, le prof cynique, le proviseur shooté aux circulaires de l’Education Nationale, l’avocat médiatique et puant, la poétesse féministe nimbée de dentelles noires…
    On pense aux films de David Lynch, à l’échelle de Jacob, à ces moments où le fantastique envahit la réalité parce que le fantastique est la réalité. Et dans sa peinture de Logres en enfer, Pierre Jourde donne à sentir la nature profondément étrange et effrayante du monde. Pas mal.
    Malheureusement, son roman a quelques problèmes. Le premier est, me semble-t-il, que l’auteur, tout à son ambiance, a totalement oublié de raconter une histoire intéressante. La dérive solipsiste de son personnage aurait pu en être le sujet si ce dernier avait été un peu moins (ou un peu plus, au choix) une insupportable loque chouineuse. Sinon, à quoi bon tout ça? Pourquoi avoir créé autant de personnages intéressants (les Hellequin, le docteur, les Schutz…) pour n’en rien faire?
    Deuxième point, l’auteur est un prof, et ça se voit. Le texte mentionne avec mépris ces profs aigris qui ne cessent de parler de leurs élèves. Sur sa deuxième partie, le roman m’a fait penser à celui d’un prof aigri qui ne cesse de parler de l’éducation nationale… et, autant l’auteur a l’imagination puissante et féroce quand il part dans le fantasme, autant ses récits semi-réalistes des formations pédagogiques de l’éducation nationale n’offrent, en vérité, aucun intérêt pour le lecteur non-prof (et pour le lecteur-prof? je l’ignore). Bref, j’ai fini par sauter les longues diatribes sur l’architecture démente de l’ISFP et le fonctionnement du « système »… Dommage.
    Reste la fin du roman, atteinte après une centaine de pages d’ennui pédagogique, et relativement convenue. Ami lecteur, suis mon conseil, abandonne le texte à la moitié, tu auras un excellent souvenir de ce roman !

    PS : Festins Secrets m’a heureusement rappelé un excellent roman fantastique, traitant un sujet proche tout en évitant complètement l’ennui : Villa Bini, de l’excellente et trop rare Serena Gentilhomme.
    PPS : merci à PAT de m’avoir donné envie de lire Festins Secrets. Je n’ai pas autant apprécié que lui le roman, mais ça reste un texte très intéressant.

    Lectures 2007

    Retour sur mes lectures de 2007, surtout pour parler de celles que je n’ai pas déjà commentées sur ce blog.

    Evolution, Stephen Baxter
    J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de ce livre étonnant. Le pessimisme de Baxter est toutefois assez pesant et je n’ai pas envie de relire dans l’immédiat d’oeuvre de cet auteur… Dans tous les cas, Evolution reste une lecture fascinante.

    Janua Vera, JP Jaworski
    Après le jeu de rôle Te Deum pour un massacre, voici que M. Jaworski entre en littérature, avec un joli recueil de nouvelles, que j’ai eu la chance de lire en avant-première. Un ton original, une belle écriture, une utilisation intéressante de connaissances historiques dans la Fantasy. Les 7 histoires offrent un intérêt inégal (je n’ai pas du tout aimé le texte humoristique, par exemple), mais l’ensemble est une jolie réussite. Et le livre est fort beau.

    Soliman le magnifique, André Clot
    Un livre intéressant sur le grand Sultan, qui offre un surtout un portrait de l’empire Ottoman à son époque. Cette lecture faisait partie de ma documentation pour faire jouer l’épisode du Siège de Malte, dans ma campagne Te Deum

    La cité des saints et des fous, Jeff Vandermeer
    J’en ai parlé ici, rien à redire, même si un certain David C à qui je l’avais conseillé n’a pas aimé. Reste un beau livre, très étonnant.

    Martin Eden, Jack London
    Mon premier roman de Jack London, roman très autobiographique, lu sur le conseil de l’ami Alex. Extraordinaire d’énergie et de sincérité. j’ai été très ému de découvrir que la pseudo-autobiographie de Robert Howard (le rebelle, chez Néo) en était en fait très inspirée (même si elle est ratée…)

    Conan le guerrier, Robert Howard
    Premier essai de relecture de REH. J’ai dit tout le mal que je pensais de Red Nails ici.

    Mythes nordiques, Pages
    Je recommande ce petit livre très concis et bien fait sur les mythes nordiques, conseil de lecture de l’ami Alex, dans le cadre de la documentation pour le travail sur Siegfried.

    Trois pépins du fruit des morts, Mélanie Fazi
    J’ai parlé ici de ce curieux roman duquel je garde un bon souvenir.

    Le passager de la nuit, Maurice Pons
    J’ai beaucoup aimé ce texte sans prétention.

    Frère François, Julien Green
    Un curieux roman-hagiographie (assumé) sur le grand saint du moyen-âge. Je ne suis pas totalement convaincu par la forme littéraire, mais je reste séduit par cet étonnant personnage, mélange de fou mystique et de réformateur.

    Le carnaval de Romans, Le Roy Ladurie
    Un livre d’histoire passionnant racontant un étrange épisode de guerre civile dans la petite ville de Romans, vers la fin des guerres de religion. Mélange de combat symbolique (rameutant des icônes païennes) et politique.

    Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, EE. Schmitt
    Mon premier livre de cet auteur à succès. Que dire? Que c’est de la littérature facile? Un texte qui m’a semblé plutôt indigent, malgré quelques petites idées. Bof.

    Blood and Thunder, the life and art of Robert Howard, Mark Finn
    Intéressante bio du Texan de Cross Plains. Je voulais faire une critique, mais je n’ai pas eu le courage. Le livre n’est pas prétentieux, c’est ce qui fait son charme.

    Bébé, dis-moi qui tu es, Philippe Grandsenne
    On comprendra mes préoccupations vers ce moment-là… A part ça, le livre est très intéressant pour les jeunes parents, court, pas cher, et offre pas mal de réponses à des petites et grandes angoisses.

    Bleu, de Michel pastouteau
    Un document passionnant.

    The coming of Conan the Cimmerian, Robert E Howard
    Par Crom ! Un grand moment de lecture…
    Commentaires ici et ici.

    Histoire et dictionnaire des guerres de religion, collectif, collection Bouquins
    Une excellente lecture pour qui fait jouer à Te Deum. Quasiment un supplément indispensable ! Avec liste de PNJs et historique de tous les pays d’Europe.

    The etched city, KJ Bishop.
    J’ai déjà dit ici ce que j’en pensais ici. Une lecture conseillée.

    L’affaire Charles Dexter Ward, HPL
    2007 aura été mon année de redécouverte de Lovecraft. Quel génie !

    Le trône d’ébène, T.Day
    Chaka !

    Spin, RC Wilson
    J’ai beaucoup aimé ce roman, mais tant d’autres (ici et ici par exemple) en on dit du bien sur le réseau que je ne sens rien d’intelligent à rajouter. C’est intelligent, plutôt bien écrit, bourré d’idées. Bref, mangez-en.

    La Pierre de Sang, KE Wagner
    Pas tellement aimé. A part le début, avec la magicienne ailée, que j’ai trouvé très beau, j’ai ensuite trouvé l’ensemble un peu lourd et moins provocateur que je ne pensais.

    Car je suis légion, X Mauméjean
    Pas accroché.

    La peau froide, d’Albert Sanchez Pinol
    Joli roman fantastique, j’en ai parlé ici.

    Mademoiselle B., Maurice Pons
    Pas aimé ce roman de Maurice Pons, qui n’aime pas assez ses personnages, malgré quelques jolis moments et une reconstitution amusante d’Andé et du Moulin (qu’on ne voit pas…).

    Les âmes grises, Philippe Claudel
    J’ai détesté ce livre, moche, complaisant et déprimant.

    [BD] La théorie de grain de sable, Schuiten & Peeters
    Un excellent album, qui prouve que ce duo génial sait se renouveler !

    [BD] Siegfried T1, Alex Alice
    Un très bel album, et pas seulement par copinage. L’émotion est très forte.

    Nid de coucou, Calvo
    Gondwanaworld !

    Les gnostiques, Jacques Lacarrière
    Très bon livre, sincère et honnête, sur un sujet casse-gueule, qui m’aura permis d’en savoir un peu plus sur ce mouvement spirituel. A part ça, ce livre offre des clefs intéressantes pour comprendre certains romans de Dick (Siva, notamment…).

    Comment produire une crise mondiale…, J Favret-Saada
    A lire !

    Cendres, Di Rollo
    Trop sombre et complaisant à mon goût. La couverture de Daylon est très belle.

    Harry Dickson intégrale T8, Jean Ray
    Des histoires drôles et trépidantes. J’ai retrouvé une de mes lectures d’adolescent !

    Fiction, T5, collectif
    Si j’ai le temps (on peut y croire), je chroniquerai les nouvelles une par une. Le texte de Kelly Link est exceptionnel, j’ai adoré.

    Je ne tire pas de bilan de cette longue liste. Si je devais retenir mes livres de fiction préférés de l’année, ceux que je recommanderai aux amis, je citerais surtout:

    La cité des saints et des fous, Jeff Vandermeer
    Martin Eden, Jack London
    Le passager de la nuit, Maurice Pons
    The coming of Conan the Cimmerian, Robert E Howard
    L’affaire Charles Dexter Ward, Lovecraft
    Spin, RC Wilson
    [BD] Siegfried T1, Alex Alice
    Nid de coucou, Calvo

    A l’année prochaine pour une nouvelle liste fascinante !

    Les montagnes hallucinées


    Grâce à Eric Gilard, j’ai pu découvrir l’oeuvre de Nicholas Roerich, le peintre russe auquel Lovecraft ne cesse de faire allusion dans les Montagnes hallucinées. Je vous laisse découvrir la (brève) biographie de ce peintre et surtout ses peintures, très bien présentées sur le site du musée qui lui est consacré à New York. Je ne vois tellement en quoi ses peintures seraient « strange and disturbing », comme le dit notre ami HPL, mais ses images de montagnes glacées ont pu contribuer à l’évocation de l’étrange chaîne de montagne et de sa citée abandonnée depuis des éons.
    Et puis, ci-dessous, vous ne voyez pas un Shoggoth?