Séance – à Vidy

Un petit programme de rattrapage pour chroniquer nos dernières sorties à Vidy (même si celles-ci commencent à dater)

Séance est une pièce de Michel Viala, auteur G’nevois.

Schmitt est venu à la réunion de sa société de contemporains (sociétés de gens nés la même année, ayant partagé la même scolarité obligatoire dans les mêmes écoles, une institution typiquement suisse), dans l’arrière salle du café, comme chaque année. Mais cette année, il est tout seul, car les autres sont tous morts…

Humour grinçant, plutôt tendre, très helvétique (dur à comprendre à mon avis pour qui ne vit pas en Suisse depuis un moment), un bel acteur et des situations amusantes. Du théâtre sans grandes ambitions, mais touchant et réussi. Et Maurice Aufair est un très bel acteur, qui a dans cette pièce l’âge du rôle…

La corde, Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont (re)vu la corde, de ce bon vieux Hitch.

Deux jeunes yuppies étranglent un de leurs copains et le planquent dans le coffre avant de recevoir leurs autres amis pour une soirée, exposant pour amuser la galerie quelques théories philosophiques bancales sur la légitimité du meurtre, à condition qu’il soit commis par des êtres supérieurs.

Acteurs impeccable, réalisation relevant de la frime totale (des plans géniaux, avec un nombre très réduit de raccords), dialogues exceptionnels… Oui, c’est un peu du théâtre filmé. Mais c’est totalement brillant et stressant. Un grand moment.

Et en plus, c’est avec James Stewart (un des acteurs les plus classe du monde)

Printemps tardif – Ozu

Le pendu et Cecci, continuant leur cycle de cinéma japonais, ont regardé Printemps tardif, de Yasujiro Ozu.

Dans ce film, la fille d’un universitaire, plutôt gaie et dégourdie, préfère rester à s’occuper de son père que se marier. Elle se fait draguer par l’assistant du professeur, soutenir par ses copines et pousser par la famille à convoler.

Action lente, détails de la vie quotidienne, attention aux expressions délicates de la très belle Setsuko Hara. Contemplation sereine, élégance formelle, nous avons vu tout cela mais il faut admettre qu’on s’est ennuyés. Peut-être ne sommes nous pas Japonais ?

De sang froid – Truman Capote

Kansas, novembre 1959. Dans une petite ville tranquille de la Bible Belt, Herb Clutter, un fermier entreprenant, aimé de tous, est massacré avec son épouse, sa femme, sa fille, son fils, dans sa propre maison, par des inconnus. La population est bouleversée, la police met tous les moyens pour retrouver le ou les tueurs, d’autant que le mobile est incompréhensible (rien, ou presque, n’a été volé) et que les meurtres ont été commis de sang froid, les victimes étaient attachées quand on les a exécutées.

A partir de ce fait-divers réel et atroce, Truman Capote entreprend un étrange roman. Il met en scène la vie de la famille Clutter durant ses derniers jours, il décrit Garden City et sa population, il raconte la trajectoire des tueurs (qui seront arrêtés quelques mois après). J’avais au début l’impression de lire un de ces bouquins qui fleurissent maintenant pour chaque fait-divers détonnant, une plongée voyeuriste dans le monstrueux, dans l’atroce. Attention aux petits détails, enquête-vérité, émotion facile.

Puis je me suis posé une question. Truman Capote était journaliste, mais aussi écrivain (et pas des plus mauvais…). Donc menteur, manipulateur, metteur en scène. Un premier mensonge, énorme : dans tout ce récit, si fascinant soit-il, quelqu’un manque. On a gommé un personnage de premier plan : l’auteur lui-même, avec ses questions, son décalage de New-Yorkais plongé dans le Kansas rural, avec sa manière de parler différente, sa compréhension forcément imparfaite… Quel crédit alors accorder à ce récit, qui est devenu pourtant ce que les gens retiendront de l’affaire Clutter ?

De sang froid est un roman, pas un reportage. Une oeuvre construite, fabriquée, écrite, cherchant la vérité, notamment la vérité des hommes. Un récit très fort, de bons personnages, fascinants, des situations étranges, des coïncidences bizarres. Un aperçu de la vie américaine en 1960 de l’âge d’or et de son envers, les paumés sur les routes, les motels miteux de Vegas, les virées au Mexique, les déviances sexuelles… Le tout très bien écrit. Pas un reportage, un très bon roman.

Le narcisse noir

Sur l’impulsion de M. Alex A. et du Dr. Orlof, grâces leurs soient rendues, le pendu et Cecci ont regardé un film de Michael Powell, datant de 1947, intitulé le Narcisse noir.

Indes britanniques, du temps des colonies. Un groupe de nonnes s’établit dans un ancien palais, dans une haute vallée, pour y apporter les bienfaits de la civilisation aux sauvages : médecine, foi, instruction. Les choses vont tourner bizarrement : le général indigène, son fils fat et couvert de pierres précieuses, le résident britannique local blasé, la vieille folle, les femmes et les enfants du crus, tous ont leur propre idée sur la manière de tirer profit de la présence des soeurs. La petite communauté, dirigée par une soeur inexpérimentée et nantie d’une malade au regard étrange va souffrir de nombreuses crises…

C’est du hollywoodien de l’âge d’or solide et classique (et en fait réalisé en Angleterre – on prendra donc le terme hollywoodien comme une appréciation stylistique). Beau technicolor, belle réalisation en studio, acteurs doués, très belles femmes (malgré les cornettes), scénario bien écrit, sans happy end obligatoire. En fait, c’est bien.

Le trésor de la Sierra Madre – les Artpenteurs

Les Artpenteurs pratiquent un théâtre populaire, inventif, exigeant, drôle, surprenant. Leur dernier pari était un peu dingue : faire entrer sous leur chapiteau intimiste le roman de B Traven, adapté au cinéma par John Huston. Du western, des chercheurs d’or, des attaques de bandits la nuit, une bagarre de saloon, la fièvre et la folie de l’or, sous le regard distant des Indiens.

Tout ça tient, sans dérision, avec l’humour et la tragédie, grâce à une rafale d’idées de mise en scène, de narration, de clefs d’imagination déclenchées par de tous petits objets, des sons, un pas de danse, une chanson.

On en ressort plein d’étoiles. Allez-y ! Ils jouent encore demain et après demain, gratuitement, à Lausanne. Le programme et tout le reste, ici : http://www.lesartpenteurs.ch/site/

Le Mahabharata de Peter Brook

Le pendu et Cecci ont vu le Mahabharata, film de 3 heures adapté de la série télé de 6 heures adaptée de la pièce de théâtre de 9 heures adaptée des 250 000 vers de cette classique épopée indienne.

Dans ce spectacle étrange, on trouvera peu de décors, de nombreux (et très bons acteurs, globalement pas du tout indiens), des personnages aux noms pires que dans une saga de fantasy en 28 tomes (on me souffle qu’ils seraient indiens. Admettons) et des histoires et des situations excellentes. La mise en scène, théâtrale, a de très bons moments, notamment les rites magiques, la scène du jeu, la mort de Bishma sur son lit de flèches… C’est très intense, très épique, les femmes sont très belles et le passage d’entretien entre Krishna et Arjuna est un moment de suspension extraordinaire (là aussi, on me dit qu’un petit traité spirituel de bonne tenue en aurait été tiré). Accessoirement, la musique est très bien.

Bref, un excellent film, dans un registre très singulier.

Drive – Nicolas Winding Refn

Le pendu et Cecci avaient vu Valhalla Rising, le film bizarro-hype de ces dix dernières années (ou bien des suivantes?), aux dialogues presque vides et aux images plananes. Ils s’étaient dits qu’il fallait boire avant, et pas qu’un peu, pour en profiter pleinement.

Du même réalisateur, voici Drive.

Le héros parle à peine plus que celui de VR. Il est blond, beau, creux. Il conduit, très bien.

La scène d’exposition est totalement bluffante : L.A, la nuit, un casse, une poursuite tranquille en voiture. Ensuite, l’histoire est plutôt mal menée, un peu sentimentale, un peu noire. La réalisation, quant à elle, est brillante, plastique, visuelle, hyper esthétisante. Le héros sans nom, pure façade, devient une étrange créature du cinéma. Mais Cecci a dit qu’elle n’en avait pas grand-chose à faire des histoires de voitures.

Le Dr Orlof parle de ce film bien mieux que moi.

Aniki, mon frère – Takeshi Kitano

Encore du cinéma japonais, contemporain maintenant.

Aniki est un yakuza à l’ancienne, un tueur. Forcé de fuir le Japon pour échapper aux tueurs à ses trousses, il se retrouve à Los Angeles où vit son frère Ken, petit dealer minable. Là, pour aider Ken, il va lancer plus ou moins malgré lui une guerre de gangs.

Ca pourrait être le scénario d’un truc minable avec Chuck Norris. Mais il y a la présence de Kitano, ses drôles de regards et ses silences. Le choc culturel Japon/USA, présenté du point de vue japonais. Des tueries atroce sur une musique délicate de Joe Hisashi (l’équivalent dans le film des pétales de fleurs de cerisier, peu présents à Los Angeles ?). Une success story foireuse, des voitures qui explosent, des têtes coupées. Et, au milieu de tout le sang versé, une certaine idée de la fraternité. Nous en avons retiré une impression très douce.

Chien enragé – Akira kurosawa

Retour à la maison et suite de notre cycle cinéma japonais pour les nuls.

De Kurosawa on avait vu le superbe Barberousse. Chien enragé a été tourné quinze ans auparavant, avec le même Mifune.

Murakami est un jeune inspecteur de police. Il se fait pick-pocketer son pistolet, dans le bus… De peur de se faire virer, il va partir à la recherche du voleur, dans une quête absurde, au coeur de l’été, ce qui lui donnera l’occasion de parcourir toute la société japonaise. Chômeurs, bars louches, quartiers bourgeois, arrières-cours de dancings, maisons de thé, matches de baseball… 

On est loin de la perfection formelle de Barberousse, mais ça n’empêche pas le film d’être excellent. Portrait du japon de 1949, personnages excellents, attention aux détails, aux petites gens, suspense, poursuites à pied et en bus, interrogations sur la ligne fine qui sépare le policier du chien du titre… Montée de tension comme on attend l’orage qui a chaque instant menace d’exploser. Mise en scène énergique et rythmée, toujours intelligente. Bref, un film excellent.


La malchance forme ou écrase, cela dépend