Harry Potter et la coupe de feu #2 – J.K. Rowling

Après un premier article où je faisais part de mes doutes éditoriaux sur ce roman de fantasy, je suis venu à bout du bouquin, après avoir abandonné l’exaspérante version audio avec Bernard Giraudeau,  que je trouve en fait vraiment très mauvaise. Ce quatrième épisode marque donc un tournant : le roman enfle et les enjeux aussi. Harry grandit et les méchants deviennent de plus en plus méchants, on quitte l’histoire enfantine puisqu’un personnage sympathique meurt.

La fin souffre comme celle des autres romans du syndrome de Scoubidou (mais c’est le directeur du parc d’attraction !), quand les masques tombent et que les gentils s’avèrent être des méchants et certains méchants des gentils.

J’ai eu toutefois l’impression de voir le train passer depuis le quai : toute cette agitation était amusante, mais réellement intéressante. Le petit monde des sorciers, trop incohérent et tournant trop sur lui-même, ne m’intéresse plus.

Matrimonio all’italiana – Vittorio De Sica

Ce film est la version cinématographique de la pièce de théâtre Filumena Marturano, que vous avions vue du temps que ce blog était jeune.

Don Domenico est une bourgeois napolitain (et il est joué par Marcello Mastroianni), Filumena (Sophia Loren !) est une ancienne prostituée que Don Domi établit comme sa maîtresse sans jamais l’épouser (les convenances…). Comment, après vingt ans de ce régime, Filumena va s’arranger pour se faire épouser, c’est le sujet de l’histoire.

Ce film est une comédie avec des moments tristes, ou un drame social parfois très rigolo. On traverse vingt ans d’histoire de Naples. Les personnages braillent et crient et s’engueulent à qui mieux mieux. Mastroianni parle avec les mains, Sophia Loren jette des regards terribles sont ses longs cils. Elle est belle à se damner, don Domi est macho et stupide (mais on l’aime quand même et on comprend qu’elle l’aime). Et l’ensemble du film est formidable.

On note que c’est le même couple d’acteurs que dans une journée particulière. Les voir dans deux registres si différents, sans que jamais un film en rappelle l’autre, montre l’étendue de leur talent.

 

La disparue de Collinton Park – Minette Walters

Voici un roman récupéré dans une boîte à livres, qui a traîné deux ans dans ma pile à lire, que j’ai failli donner plus loin en avril dernier… avant de relire le texte du quatrième de couverture :

Brillant anthropologue spécialiste des erreurs judiciaires, Jonathan
Hughes est confronté à une affaire complexe : il y a plus de trente ans,
dans la petite ville de Bournemouth, dans le Dorset, un jeune marginal a
été accusé du meurtre de sa grand-mère.

Incapable de prouver son innocence, le pauvre garçon a fini par se pendre dans sa cellule.

Épaulé par la conseillère municipale qui attire son attention sur cette affaire…

Or, full disclosure, il s’avère que les hasards de la vie m’ont amené à passer trois mois à Bournemouth au début de cette année et à m’intéresser aux particularités de l’histoire locale (c’est par exemple dans cette station balnéaire endormie et ennuyeuse qu’est mort JRR Tolkien, qui venait chaque année y passer ses vacances – aucun rapport avec le roman). Ca m’a donné envie de reprendre le livre.

La disparue… est un roman policier dont l’enquête est menée par des non-policiers, par curiosité, appât du gain (l’anthropologue veut, au début, en faire un bouquin) et sens de la justice. Les personnages en sont remarquablement bien écrits, très vivants, Jonathan l’immigré-qui-a-réussi et qui a peur dans l’Angleterre post-attentats à cause de son teint basané, et George, la conseillère municipale dépressive, engagée, drôle et mal dans sa peau. La manière dont les relations entre ces deux là s’établissent (sur de très mauvaises bases) est une très bonne scène d’introduction. L’enquête menée trente ans après les faits, le portrait social de la ville, de la police, les relations de familles tordues mises en avant… tout cela est très bien fait et on a là un roman assez remarquable, qui ne prétend pas être plus qu’il n’est, mais qui remplit très bien son contrat. Roman policier, roman social, de caractères. Plutôt pas mal.

Et si Minette Walters a écrit d’autres romans se passant dans le sud de l’Angleterre, je serai curieux de les lire.

Les mille et une nuits – John Rawlins

Je ne sais pas ce que nous imaginions voir en empruntant ce film. Sans doute une sorte de Jason et les Argonautes avec des effets spéciaux de Harryhausen. Et bien ce n’est pas le cas.

Les mille et une nuits est un péplum oriental, sans magie ni rien, tourné dans les année 40 pour distraire les soldats. Il y a une danseuse « sexy », un calife en exil viril et un jeune acrobate indien pour la couleur locale. C’est du carton pâte tout le temps, la musique est très mauvaise et l’histoire tellement irrégulière qu’elle en devient drôle, malgré quelques idées amusantes. Ce film nous a permis d’expliquer aux enfants ce que c’était que le cinéma de distraction hollywoodien. On a ri, on s’est amusés en famille, mais vous pouvez ne pas le regarder, ça n’en vaut pas la peine, même si le technicolor en envoie plein les yeux.

 

Avril et le monde truqué – Franck Ekinci et Christian Desmares

Dans une uchronie bizarroïde, le monde fonctionne au charbon de bois (et les forêts sont rasées), Napoléon III est toujours empereur (à moins que ce ne soit son fils, j’ai oublié) et les parents d’Avril, une jeune fille débrouillarde dotée d’un chat qui parle – pour une bonne raison, ont disparu.

Ce film d’animation français est très réussi. Design par Tardi, côté Adèle Blanc Sec plutôt que 1ère guerre mondiale, une histoire foldingue bien écrite et un chat qui parle sans donner envie de le flinguer.  C’est foufou, c’est drôle, le récit s’étend de 1870 à 1969, il y a des hommes-lézards et une maison qui marche qui fait clairement référence au méta-bunker de l’Incal, que demande le peuple ?

Celui-là aussi, les enfants l’ont aimé. On n’est pas chez Miyazaki ni chez Ghibli, mais ça reste de la bonne came.

Captain Fantastic – Matt Ross

Un papa élève ses six enfants dans la forêt, leur donnant une éducation physique et intellectuelle de premier ordre. Mais voilà que le décès de la maman les force à retourner dans le monde des hommes.

Je ne sais pas si Captain Fantastic est un très bon film, mais si vous avez des enfants il vous posera des questions sur ce qu’on leur apprend et comment et pourquoi. Les acteurs sont très bien (Viggo Mortensen avec cette barbe !), le regard posé par ces étrangers au monde sur l’Amérique est très cruel et certaines scènes sont très drôles (notamment celle où le flic croit faire face à des fondamentalistes chrétiens). Le garçon en moi qui écoutait Guns and Roses à 17 ans a aimé la scène finale et la reprise de Sweet Child o’Mine.

Nous l’avons regardé avec les enfants qui ont bien aimé. 

 

Some like it hot – Billy Wilder

On ne va pas présenter ici ce super-duper classique du cinéma en noir et blanc. Jack Lemmon et Tony Curtis déguisés en femme, Marilyn Monroe jouant du ukulele, un hôtel en Floride, une plage, un yacht, un milliardaire zinzin qui danse le tango, une scène de fête alcoolisée dans les couchettes d’un train, un orchestre féminin de jazz pas très sage. Bref, personne n’est parfait.

On l’a montré aux enfants (10 et 11 ans) et ça ne passe pas du tout, même si elles ont suivi l’histoire. Les blagues vont trop vite, il faut trop souvent s’arrêter pour expliquer et surtout l’humour repose quasiment tout le temps sur des sous-entendus sexuels de tous azimuts. Pas grave, elles comprendront plus tard.

Et j’avais oublié que le personnage de Marilyn était si touchant (et Marilyn une si grande actrice de comédie).

 

Nouvelles — J.D. Salinger

J’avais demandé à l’ami LH quel était le meilleur recueil de nouvelles du monde (selon moi, Fictions, de Borges). Il ma répondu Nouvelles de Salinger.

On a ici neuf récits, tous mettant en scène des personnages américains (surtout de la classe moyenne) dans les années quarante et cinquante.

Un jeune couple en vacances en Floride. L’homme est allongé sur la plage, bavarde avec un enfant qui veut jouer avec lui pendant que sa femme, au téléphone, explique à sa mère que non, son mari n’est pas fou.

Une maison isolée à la campagne. Une femme rend visite à une copine d’université, elles boivent bien trop et parlent de leurs vies, de leurs mariages, des enfants.

Un enfant à l’intellect étrange (autiste, sans doute) insupporte ses parents lors d’une traversée en paquebot.

Des soldats, en Allemagne à la fin de la guerre, traumatisés par ce qu’ils ont vécu.

Un homme au lit avec sa maîtresse; le téléphone sonne, un vieux copain, ivre, cherche sa femme.

Deux jeunes femmes se disputent dans un taxi, l’une monte chez l’autre récupérer un peu d’argent et croise le frère de l’autre.

Un enfant se souvient des histoires que racontait l’animateur qui les emmenait faire du sport tous les après-midis, lui et ses copains du quartier.

Les domestiques de la maison parlent de l’enfant fugueur de leurs patrons.

Un soldat rencontre une jeune femme dans un salon de thé en Angleterre, durant la guerre.

Chacune de ces histoires est excellente. Dans chacune d’elle, Salinger nous donne un aperçu sur un petit morceau de vie d’un ou plusieurs personnages et le texte, toujours court et d’accès facile, nous laisse deviner tout le reste de la vie de ces gens, leur histoire, leurs fêlures (parfois mortelles). Ces textes me font pensé à ces feuilles de thé séchées sous la forme de petites boules qui, une fois dans l’eau chaude, se déploient toutes entières et reconstituent la figure végétale. Neuf nouvelles, neuf expériences, neuf vies. Un très grand recueil.

Les neuf tailleurs – Dorothy Sayers

Le dernier des romans de Lord Peter que nous n’avions pas lu. Edition des années 1970, introuvable chez les bouquinistes, sinon pour fort cher. J’ai fini par la payer 1 euro sur le bon coin, avec une poignée d’autres romans policiers.

Lord Peter a un accident de voiture qui l’arrête le soir du jour de l’an dans une petite ville anglaise. Accueilli par le pasteur et sa femme, Lord Peter se joint à la bande de carillonneurs (compensant le défaut d’un membre malade de l’association) qui, ce soir, décide de battre un record en sonnant toute la nuit les fameuses cloches de l’église.

Les neuf tailleurs, ce sont ces fameuses cloches (pourquoi les appelle-t-on ainsi ? Ce n’est pas clair). Le mystère commence quelques mois plus tard quand, dans une tombe fraichement creusée, on trouve un cadavre qui ne devrait pas y être. Lord Peter va revenir dans le coin, y passer quelques jours et faire émerger une histoire de vol de bijoux ayant eu lieu vingt ans auparavant. L’histoire est complexe, les personnages touchants et la méthode de mise à mort assez étonnante (je ne sais pas si elle marche).

Ce n’est pas notre Lord Peter préféré, même s’il est bien. On y retrouve le Lord Anglais à l’esprit léger, l’excellent Bunter, et tout ce petit monde des romans de Sayers: un sympathique pasteur de campagne, une jeune orpheline de la bonne société, quelques soldats, paysans, artisans…

La fin du roman est centrée sur une catastrophe naturelle qui met en perspective toute l’agitation policière et lui donne une belle profondeur. 

 

Maintenant, tristesse, nous n’avons plus d’histoires de Lord Peter à lire.  On pourra retrouver toutes les chroniques publiées de ces histoires ici.

24 vues du Mont Fuji – Roger Zelazny

Une femme accomplit, seule, une excursion au Japon, suivant comme un guide un livre d’estampes d’Hokusai. Elle tente de retrouver les points de vue depuis lesquels le grand maître japonais a regardé le mont Fuji.

Chaque chapitre de ce petit livre est associé à une des images (qu’on aura plaisir à aller trouver sur Internet pour accompagner la lecture). Ce qu’on comprend au fur et à mesure, c’est que cette femme est une sorte de super-agent combattant et que ce chemin faussement aléatoire est là pour fausser la surveillance de son pire ennemi et ex amant, qui a eu la mauvaise idée de fricoter un peu trop avec des mondes numériques.

Ce petit livre est attachant et un peu mal fichu. Attachant parce qu’on y retrouve la voix toute particulière de Zelazny. Parce que cette dernière porte bien l’aspect contemplatif de cette marche, relation entre le monde, le paysage, l’art, les souvenirs, les histoires qu’on se fait. C’est agréable à lire et assez doux. Certaines scènes purement SF (apparition des monstres numériques) ou certains sentiments paranoïaques sont bien posés. Mal fichu parce que l’aspect purement SF (la conscience dans la machine) est un peu raté et traité sans grand sérieux. Peut-être que, concernant ce point, le livre accuse son âge. Ce n’est pas bien grave.

Mon hypothèse toute personnelle : Roger Z est allé faire une excursion au Japon, sur les pas d’Hokusai peut-être. Il a trouvé ça génial, il a pris des photos, mais il a surtout imaginé des morceaux d’histoire, des personnages. En route, à son retour, il a écrit ce récit comme une sorte de journal de voyage rêvé.

A sa place, c’est ce que j’aurais fait, si j’en avais été capable.