
J’ai lu ce gros roman parce que je fais jouer des histoires mêlant services secrets et surnaturel lovecraftien, et parce que l’extraordinaire Sabrina C. m’a dit : « il faut que tu lises DECLARE, tu vas voir, c’est du John Le Carré avec du fantastique ».
Et elle avait raison.
Les Puissances de l’invisible (Declare, en VO) nous parle de Andrew Hale, un jeune anglais aux origines mystérieuses (même pour lui), coaché de loin par le mystérieux Jimmie Theodora, qui travaille pendant la seconde guerre mondiale pour un étrange groupement secret à l’intérieur des services secrets. On va suivre l’histoire de Hale des années 40 aux années 60, liée à son implication à l’étrange projet DECLARE, qui vise à empêcher les ennemis du Royaume Uni de s’emparer de ce qui se trouve, là-haut, sur le mont Ararat.
Le roman, très powersien, mêle un imaginaire fantastique très fumé, avec des idées vraiment super cool (le rythme des clochards, la cité dans le désert, le mystérieux jumaux de Philby, le jeu sur les dates d’anniversaire) avec une documentation très précise sur le moyen orient, les services secrets, la guerre secrète, etc. Powers a essayé d’écrire un récit très fantastique qui ne contredit rien de ce qu’on sait des faits dont il parle, comme une manière de regarder la réalité historique avec des yeux magiques, et c’est un très beau projet.
Son roman est plein d’idées, qui mêlent Lawrence d’Arabie, Kim Philby, la mémoire de Kipling et du Grand Jeu et, bien sûr, des récits d’espionnage « à la » John Le Carré. Je l’ai lu avec grand intérêt, j’ai adoré certaines scènes, regretté le très trop peu de personnages féminins et me suis souvent perdu dans une narration touffue et obscure où j’ai, plus souvent qu’à mon tour, perdu pied. Il faut accepter de se laisser porter.
Une chouette lecture anyhow et de belles retrouvailles avec Powers, auteur fondamental pour ma formation littéraire.
(à l’époque, je voulais écrire des romans picaresques à la manière des voies d’Anubis)