Sherlock Saison 3 / épisode 1

Je dis souvent que je ne connais rien aux séries télé. Pas le temps d’en regarder, peu de goût pour les moulins à intrigues, les sous-intrigues familiales mettant en scène la fille adolescente du héros, les deux épisodes passés à attendre qu’une promesse affichée durant S01E04 soit accomplie, etc.

Cecci et moi avons toutefois quelques rares faiblesses, et la série Sherlock en fait partie. Malgré des épisodes inégaux, les deux premières saisons ont eu leur lot de grands moments et de belles idées, prouvant par ailleurs qu’on pouvait encore faire du neuf avec du vieux.

Las, nous avons regardé hier le premier épisode de la troisième saison. Malgré un paquet d’idées astucieuses (le jeu sur les explications sur la mort de Sherlock, le jeu des déductions entre les deux frères, repris de l’interprête grec) nous avons clairement eu le sentiment que la machine tournait à vide. Le scénario s’est mis à jouer beaucoup trop sur la série elle-même, sur les personnages qu’elle a créés et sur ses propres gimmicks, avec l’impression que l’intrigue principale (l’enquête sur l’attentat) n’occupait plus qu’une dizaine de minutes d’un épisode de 90.

Quand une fiction se met à devenir auto-référentielle, c’est à la fois amusant et un peu ennuyeux. Concernant Sherlock, nous en sommes là.

Paranoia Agent – Satoshi Kon

Après avoir revu Paprika, nous avons eu envie de replonger dans le travail de Satoshi Kon. Paranoia Agent est une série de 13 épisodes de 26 minutes, d’une grande richesse et complexité thématique. A la base on a une enquête : deux flics poursuivent l’agresseur d’une jeune femme. Rapidement les bizarreries s’accumulent : la jeune femme est créatrice d’une peluche à succès (kawai !!!), l’agresseur s’en prend à d’autres gens, tous aux limites du désespoir. Les premiers épisodes nous placent dans la subjectivité d’une série de personnages, tous en proie à de fortes pressions : une prostituée schizophrène, un journaliste douteux, un premier de la classe, un flic qui fait construire sa maison avec l’argent des yakuza… Puis l’histoire se complexifie, les niveaux de fiction se télescopent.

La série construit tout d’abord de très beaux personnages, touchants et humains, pris dans des ambiances de ville, d’hallucinations, de rêve. On se retrouve sans cesse en train d’interpréter ce qu’on voit : est-ce à travers les yeux de celui-ci ? Dans les fantasmes de celui-là ? Les indices visuels se multiplient, se répondent, s’annulent. Sacs poubelles, sac à main rouge, peluche maromi, la petite vielle SDF ici et le vieillard mourant là… Ont-ils un sens ? Ou seulement celui que nous voulons leur donner ?

Graphiquement la série a aussi la touche Satoshi Kon. C’est naturellement moins beau que ses films, mais les audaces formelles sont nombreuses : insertion de mangas ou d’univers de jeux vidéos, d’animés pour enfants, et même une vertigineuse et hilarante mise en abyme avec un excellent épisode dans le milieu des créateurs de séries de dessins animés… jusqu’aux très beaux décors vraiment 2D (ceux qui ont vu comprendront) des derniers épisodes. La série est servie de plus par une excellente musique, un bon générique et un système de visions prophétiques qui n’aurait pas déplu à la femme à la buche de Twin Peaks.

On pourra reprocher certains épisodes plus faibles, moins bien dessinés, à l’utilité narrative moins bonne. Ils sont minoritaires et n’ont de toute façon rien de honteux. A côté de cela, certains épisodes (bouche gourmande, vivre comme un homme, douce Maromi…) sont de petits chefs d’oeuvres narratifs, en 26 minutes… Quant à la chute, je l’ai trouvée très belle.

Un avertissement aussi : c’est une série vraiment adulte, par ses thématiques et sa complexité. Elle demande une participation active du spectateur, le discours est ambigu, toutes les réponses ne sont pas données loin de là. Les amateurs de Lynch et de beaux mystères seront en terrain conquis…

A part Paprika, je n’avais jamais vu de série animée montrant de manière aussi intelligente notre monde urbain contemporain, avec la pression sociale, la technologie, la société de consommation, qu’elle soit matérielle ou culturelle, les différents niveaux de fiction et la manière dont ils nous aident ou nous empêchent de vivre.

Rome

Maintenant que nous sommes pourvus d’un projecteur (ou plutôt d’un beamer, comme on dit en romandie), nous avons pu commencer à nous cultiver dans le domaine des séries télé. Il faut dire que notre dernière référence en la matière est X-files, alors nous avons un peu de retard à rattraper… Sur le conseil (indirect) d’Alex, nous avons emprunté la première saison de Rome, comme le titre de ce post l’aura fait comprendre au lecteur consciencieux. Un visionnage bien agréable, ma foi.
Se livrer à une critique détaillée de cette dizaine d’heures de complots étant hors de ma portée, voici toutefois quelques commentaires :
bravo aux créateurs de décors et de costumes, ils ont réussi à rendre vivantes et vraies les maisons et la ville. Loin des visions idéalisées, on est dans une espèce de bouge oriental, où tout le monde se déplace à pied, c’est assez saisissant.
bravo aussi aux scénaristes d’avoir su rendre avec habilité plein de détails : les procès, les débats politiques, les moeurs, la nourriture, les petits métiers, la religiosité (sujet casse-gueule s’il en est). Je ne sais pas si tout est historique, mais tout cela rend extrêmement bien.
Et j’ai adoré les acteurs jouant César et Marc-Antoine. Le couple Vorenus-Pullo fonctionne plutôt bien lui aussi.
Pour le reste, après quelques premiers épisodes fort bien menés, les conventions de l’écriture feuilletonnesque m’ont pas mal ennuyé, les affaires de couple de Vorenus, les amours d’Octavia, les malheurs de Servilia, tout ça m’a plutôt barbé et j’ai trouvé que les épisodes du milieu de la série étaient un vrai ventre mou narratif. Mais je suppose que c’est le genre qui veut ça.
En tous cas, il en reste une grosse envie de faire jouer des histoires dans le monde romain ! Et ça, ce n’est pas rien.