Ecrire les rêves

Pourquoi m’être acharné à lire les Contrées du rêve ?

Un chemin obscur relie ces terres à l’archipel de C. Priestaux récits fous que Gérard de Nerval a rapportés de ses voyages dans l’au-delà dans son Aurelia

Je cherche des livres qui saisissent quelque chose de l’essence des rêves. Paradoxes, beauté, cauchemars, pulsions érotiques, glissements impossibles. J’ai essayé d’écrire de telles histoires.

Les rêves des autres sont ennuyeux. Les Contrées du rêve de Lovecraft m’ont souvent fait bailler, j’ai dû me forcer pour lire les délires de Nerval. Et c’est à cause de leur érotisme prononcé que j’ai tenu bon dans les îles de Christopher Priest. Ecrire le rêve force à être concis, dense, à savoir faire glisser les scènes, à réussir à capturer des paradoxes de la vie inconsciente, sans les forcer. Alice documente bien la géographie des rêves, chutes et portes minuscules, océans de larmes où l’on ce noie. Randolph Carter visite des pays à la géographie bizarre, il quitte le pays des dholes par une échelle jetée depuis un cimetière, une éternité plus haut. Il navigue, vole, s’égare dans des labyrinthes, tombe dans des puits. Les paradoxes de la géographie de l’archipel du rêve, eux, sont documentés par Chester Kammerston dans l’introduction des insulaires : lieux aux noms flous, répétitifs, parcourus par des activités absurdes en écho d’une île à l’autre. Parcours incertains, routes maritimes ne favorisant que l’errance du voyageur. Chez Nerval, les visions fantastiques allant de Paris, des salons jusqu’au sommet d’Olympes terrifiantes n’ont même plus besoin de ces transitions : contrairement à Priest et à Lovecraft, Nerval n’a pas tenté de stabiliser ses univers oniriques dans des terres imaginaires dans lesquelles revenir coller des récits, écrire des histoires reste leur ambition. L’Aurelia de Nerval est un pur rapport d’explorations et de visions, le compte-rendu d’un voyage effectué dans un au-delà souvent visité, jamais documenté.

Ecrire les rêves est une forme de distillation. Ecarter les motifs trop fades, donner une forme à ce qui n’en n’a pas. Reproduire sans figer, garder un oeil intérieur ouvert dans les moments de demi-sommeil, savoir que ça ne rendra peut-être (sûrement) rien. Et que tout se déchirera et disparaîtra à l’éveil, les douceurs, les cauchemars, les femmes à la beauté vénéneuse et que nous frissonnerons dans le froid du petit matin.

Le peintre de batailles – Arturo Perez Reverte

Quand j’étais petit, je voulais ressembler à Arturo Pérez Reverte. Il est beau, il écrit des romans à la fois populaires et intelligents, il sait même jouer au wargame napoléonien (voir Club Dumas). J’ai toujours un vrai plaisir à lire ses livres, même quand ils sont ratés, car oui, même un type ultra cool comme APR foire des livres.

Le peintre de batailles en fait partie.

Faulques, un ancien reporter de guerre, s’est retiré dans une vieille tour pour peintre une fresque très personnelle sur la guerre. Il reçoit la visite d’un homme qu’il a photographié jadis et qui lui promet de le tuer, après avoir causé un peu.

Le roman, à travers une série de rencontre entre le tueur et Faulques, plonge dans le passé d’un homme qui a couvert des conflits affreux, dont la mémoire est pleine de cadavres, de meurtres, d’horreurs. Le dialogue avec le visiteur se peuple de réflexions sur la guerre, la photo, la peinture et – au final – le mal, dans une perspective très dure et très noire.

On trouve dans ce peintre de batailles un certain nombre de tropisme Revertiens : un héros qui a vu du monde, buriné et viril. Une très grande culture, ici picturale et historique, une femme aux yeux verts à la beauté impossible, sorte de fantôme insaisissable qui hante le héros (il y avait la même, je crois, dans Club Dumas. Et dans le cimetière des bateaux sans nom. Et dans la peau du tambour.) Malgré des évocations saisissantes (et parfois à vomir) de certaines scènes de guerre, malgré un certain talent à évoquer les images, le roman sombre dans un didactisme lourd et froid, qui m’a souvent donné envie de sauter des pages. On sent que l’auteur a effectué un travail sur sa propre mémoire, ses propres souvenirs de grand reporter, son passage du journalisme à l’art (l’écriture plutôt que la peinture) mais ce récit lent et pesant peine à intéresser. Mais je lirai d’autres livres d’Arturo, c’est sûr.

Neonomicon – Moore et Burrows

Je suis dans une période lovecraftienne, je suppose que les étoiles sont propices (Nebal, lui-même…). Le grand Cthulhu rêve et inspire les blogueurs à pondre des billets innommables, vice auquel cède le cultiste dément Gromovar. Ainsi, n’hésitant à amener mon esprit aux frontières de la raison, je me suis lancé dans ce Neonomicon d’Alan Moore.

Ce comic assez court, par le meilleur scénariste de BD du monde, raconte en deux parties les enquêtes d’un groupe d’agents du FBI sur des meurtres mystérieux et des cultistes bizarres, de nos jours ou à peu près. On peut dire qu’aucun d’entre eux n’en sortira indemne. Servi par un dessin réaliste de qualité (quelques-unes des visions de Burrows sont même très réussies), Moore nous livre – outre un récit fort prenant – un véritable jeu littéraire lovecraftien, bourré de références, reprenant, détournant, complétant avec intelligence l’héritage de l’aimable gentleman de Providence. Je ne suis aussi enthousiaste que Gromovar, mais je reconnais qu’on a là un récit malin, bourré d’idées, qui fera plaisir tout autant à l’amateur de visions d’un au-delà indicible qu’au joueur de jeu de rôle qui y trouvera nombre de belles idées. Je regrette, je pense, le manque de développement de certaines idées, sur la véritable nature de R’lyeh, le rôle de Johnny Carcosa ou la vertigineuse vision du plateau de Leng. J’aurais voulu encore plus de terreurs cosmiques.

Les contrées du rêve – H.P. Lovecraft

J’avais il y a longtemps dans ma bibliothèque le livre Démons & Merveilles paru aux éditions 10/18 avec son couverture tirée de Bosch. Il m’a suivi dans de nombreux déménagements et réorganisations de bibliothèques, j’ai essayé de le lire cinq ou six fois, en vain, je crois n’avoir jamais dépassé une trentaine de pages. Mais, sans doute poussé par la pratique du jeu de rôle, je n’avais jamais renoncé à explorer ces Contrées du rêve de Lovecraft, dont le nom m’enchantait. J’ai même acheté pour les approcher la réédition d’une ancienne boîte pour ajouter ces pays oniriques à l’appel de Cthulhu. La lecture des textes contenus m’avait déçu, en aucune chose ils ne m’avaient révélé les secrets de ces pays.

Mais voilà que naît un projet récent : faire jouer les Masques de Nyarlathotep. La campagne mentionne quelques fois, en passant, les contrées du rêve, et surtout le nom de Randolph Carter. Je me suis souvenu alors que le texte de la quête onirique de Kadath, censé souffrir d’une traduction épouvantable, a été réédité, retraduit, chez Mnémos récemment. D’où une nouvelle tentative, cette fois couronnée de succès. J’ai trouvé à mon tour Kadath l’inconnue…

Le voyage en valait-il la chandelle ? Oui, certainement… Mais détaillons un peu.

Le recueil Les Contrées du Rêve contient une dizaine de contes, assez courts, et un cycle de quatre textes constituant la quête de Kadath de Randolph Carter et reprenant en écho certains des motifs des contes. Les contes, à vrai dire, ont un imaginaire assez vaporeux, utilisant des noms étranges, un imaginaire rappelant un peu les préraphaélites ou bien certains textes de Marcel Schwob : spirales d’onyx, douceurs suaves, vallons ténébreux, peuplades impossibles. Ils ont un charme vieillot, quelque chose de charmant et usé. Leur cohérence et l’univers qu’ils dessinent prennent tout leur sens dans la suite des récits, le cycle de Randolph Carter. Composé d’une grosse novella et de textes annexes, la quête de Kadath est une marche échevelée, allant du ridicule au grandiose, du sublime à l’horrible, du maître rêveur Randolph Carter dans ce qui n’est sans doute que son univers intérieur, le pays imaginaire d’un enfant. C’est un texte mal fichu, jamais édité, ménageant d’étranges surprises et glissements, où Lovecraft a semé nombre d’idées et d’images très personnelles. La sympathie de Carter pour les goules, les étranges trafiquants de rubis, les maigres bêtes de la nuit… On passe d’un lieu à l’autre par des chutes, des escaliers, de longues traversées, des envolées au-dessus de déserts glacés mais contre le froid desquels Carter semble rarement se prémunir. On y marche suivant la logique des rêves.

Ce recueil, inégal, bien composé mais souvent bancal, est loin stylistiquement et narrativement des grands textes de Lovecraft. Mais il donne a un aperçu sur l’univers intérieur et personnel très émouvant du gentleman de Providence.

PS: tout comme pour Nébal, le texte français m’a souvent fait tiquer. Rien de bien gênant toutefois. La présentation et l’ordre des textes, spécifiques au recueil français, est toutefois très éclairante et juste.

L’homme qui savait la langue des serpents – Andrus Kivirähk

Leemet vit dans la forêt, quand tous les autres l’ont quittée pour s’installer dans les villages, vivre à l’heure moderne, cultiver les céréales, se faire houspiller par les chevaliers, prier ce Jesus dont tout le monde parle. Leemet est le dernier à vivre selon l’ancienne coutume, vêtu de peaux, dans une cabane, le dernier à parler la langue des serpents, ces mystérieux sifflements qui commandent aux animaux.

Nous sommes en Estonie, à la fin du moyen-âge, et le monde change. On croit que ce qu’on connaît durera toujours, il n’en est rien, des étrangers arrivent au vieux pays, importent leurs coutumes et les anciens modes de vie de la forêt son peu à peu oubliés. Ce livre est la chronique d’un basculement, d’un passé magique vers un présent plus familier au lecteur. Le monde de Leemet, sa famille, ses voisins, ses copains (humains et serpents), disparaît morceau par morceaux comme un arbre qui s’écroule.

Ca pourrait être affreusement triste, ça l’est d’une certaine façon, mais c’est aussi très drôle, peuplé de gens bizarres, fous ou simplement ridicules, d’étranges créatures plus ou moins fantastiques, de souvenirs d’un âge d’or étrange où la Salamandre volait dans les airs au-dessus des navires des envahisseurs. L’auteur crée un univers singulier, poétique, amusant, parfois sympathique, désespérant le reste du temps, planté dans le passé imaginaire d’un tout petit coin du monde. Un très beau récit, à la fois follement drôle et très amer et un très bon livre, sans aucune nostalgie du beau temps de la magie et des fées – l’auteur affirme que chaque époque et chaque monde produit ses propres imbéciles.

Enfin, la postface du traducteur éclairera utilement le lecteur sur certains aspects culturels typiquement estoniens qui auraient pu lui échapper.

Une petite note enfin pour ceux qui ont lu le livre (les autres, fermez les yeux)

Le statut du récit empêche de croire complètement au monde créé par l’auteur. L’ironie est si présente, si acide, qu’elle tire le récit vers une fable noire, une lutte vaine contre la bêtise, à laquelle il paraît difficile d’échapper jamais… Comment l’avez-vous ressenti ?

Aux éditions Attila (dont je souligne l’attention portée dans leurs livres : à l’illustrateur et au graphiste – c’est bien, ce sont des gens utiles)

Contrée Indienne – Dorothy Johnson

Il peut être profitable d’être un suiveur. Ainsi je le suis de l’excellent Nebal qui a commencé récemment à lire des histoires de cow-boys et d’Indiens, et qui a conseillé à ses suiveurs ce recueil de nouvelles de Dorothy Johnson. Je suis d’accord avec tout ce qu’il dit dans sa chronique, excepté sur le premier texte. Comme j’avais lu ce que Nebal en disait, j’ai été prévenu et n’ai pas été désarçonné, merci camarade.

Une dizaine d’histoires de cow-boys et d’Indiens donc. Grandes prairies, éleveurs, femmes et hommes rudes, coutumes viriles, rituels magiques, tirs à la carabine. Dans une langue sèche et efficace, dessinant de très beaux personnages. Je pensais picorer une nouvelle ici et là pour faire passer le temps, j’ai tout lu d’une traite. Dorothy Johnson sait raconter des histoires, plantant une situation en quelques mots et la menant en ligne droite à sa conclusion.

Dans mon récit préféré, un garçon de onze ans se retrouve le seul homme de la maison (isolée, comme il se doit) en compagnie d’une jeune femme fraîchement arrivée dans l’Ouest, que l’on croit naïve et qui pense qu’il faut offrir un repas à tous les étrangers. Arrive un hors-la-loi, seul et bien armé… Avez-vous faim, monsieur ? Venez-donc dans notre maison… (le récit s’appelle Prairie kid, et le suspense en est terrible).

J’ai adoré, c’est excellent.

The City & The City – China Mieville

Mon premier roman de China Miéville, recommandé par le lecteur-de-chez-les-bouquins-d’histoire-militaire-d’en-face. Pas un chef d’oeuvre, mais un roman très bien fait, très intelligent, très malin, et bien écrit et bien traduit, ce qui ne gâche rien, bref une excellente lecture.

A Beszel, une ville des Balkans, une inconnue est retrouvée morte sur un terrain vague. Un policier entre deux âges, brave type assez roué, Tyador Borlù, est mis sur l’enquête, interroge les jeunes camés des cités avoisinantes, remonte la piste du fourgon qui a transporté l’inconnue. Est-elle d’ici ? Est-elle une étrangère ? Vient-elle de l’autre ville ?

The City & The City est un roman d’enquête policière. Flics, interrogatoires, systèmes informatiques hors d’âge, bureaucratie inepte… Il en suit tous les codes, il respecte toutes les règles du genre, jusqu’à la fin. Son intrigue est habile, amusante, et tient en haleine jusqu’au bout. D’autant que le cadre en est incroyablement malin. Beszel a une petite particularité… Elle partage son territoire avec une autre ville, Ul Qoma, aux modes, au langage, à l’architecture différentes. Le découpage territorial y est incroyablement enchevêtré, et les habitants d’une ville sont entraînés depuis l’enfance à ne pas voir, ni entendre, ni sentir quoi que ce soit venant de l’autre ville. Le bonheur de ce roman est là, dans la découverte d’une cité d’Europe tout à fait crédible où cette incroyable étrangeté serait possible. Règles, contre-règles, modes de vie, l’enquête est le prétexte à une visite sociologique et politique des deux villes tout à fait fascinantes. Le roman se base sur cette prémisse étonnante et la tire jusque dans ses retranchements (notamment en matière de vocabulaire, point auquel je suis sensible), sans jamais perdre le lecteur en route. C’est à la fois, drôle, absurde et réaliste. Au point de me faire me poser la question : qui évisons-nous ? Au milieu de quoi vivons-nous de manière consciente, que nous nous rendons volontairement invisible ? Il n’y a là dans ce livre interrogation paranoïaque, juste une revigorante manière d’interroger la réalité.

Vermilion Sands – J.G. Ballard

Cet été, nous n’irons pas à Vermilion Sands. Je suis trop vieux, maintenant, et la destination n’est pas idéale pour les familles. Le sable, les terrasses, les maisons d’un blanc éclatant, les fêtes, certes… Tout cela est passé. Vermilion Sands était une destination à la mode dans les années 70, maintenant la station balnéaire n’est plus que l’ombre d’elle-même, le souvenir d’un souvenir. Il aura fallu les drogues, les modes étranges du temps pour convaincre la jet-set de s’aventurer là-bas. La faune est dangereuse… Raies, scorpions, insectes incrustés de joyaux, aux poisons rares… Et la mer absente. Il faut du temps pour le comprendre, les photos laissent parfois croire que les étendues brillantes, au-delà des quais… Non, ce n’est que du sable, de la silice solidifiée. Les yachts dérivent paresseusement sur de larges roues chromées. Des plages infinies, sans les ennuis des algues, des vagues et de l’écume. Partir là-bas était l’ultime pulsion du snobisme. Ecouter les statues chantantes, habiter une maison psychotronique, sculpter les nuages au dessus de Coral 5.

Qu’en reste-t-il, maintenant ? Une collection de souvenirs mordants, amers, par James Graham Ballard, chroniqueur de ce lieu unique, de ses artistes déviants, de ses femmes aux noms de parfums et aux griffes d’araignées. A Vermillion Sands, on joue, on souffre et on s’ennuie. La lassitude balnéaire emporte et efface les moindres mouvements de l’âme, il ne reste plus qu’à s’allonger à l’ombre d’une terrasse de béton blanc, commander un crystal cocktail, attendre que la saison revienne, que les touristes reviennent, que revienne cette beauté conduisant une voiture aux lignes pures sur l’autoroute de Red Beach à Lagoon West, laissant voler derrière elle une écharpe immense, un parfum de désir et de mort.

Tout est déjà écrit, tout passe, Ballard lui-même a couché sur le papier ses souvenirs des années 70 dès les années 50, fondant un de ces mouvements littéraires dont Vermilion Sands a le secret, l’anticipation inversée. Il paraît que Ballard est mort, en vérité il s’ennuie encore, vêtu d’un costume blanc, en compagnie de Raymond Mayo, assis à là terrasse d’un hôtel aux lignes abstraites, autour d’eux volent des libellules aux yeux de cristal.

Nous n’irons pas à Vermilion Sands.

Le livre de J.G. Ballard a été remarquablement (ré)édité par les éditions Tristram.

Le prince tigre – Chen Jiang Hong

Billet publié simultanément sur Virgule et Papillon. 

Il y a les livres que nous aimerions lire à nos enfants, mais qu’ils n’aiment pas tellement. Ceux qu’ils aiment lire mais que nous n’aimons pas. Et les livres qu’on peut lire et relire sans ennui.

Le prince tigre, de Chen Jiang Hong, fait partie de cette dernière catégorie.

En Chine, il y a longtemps, une tigresse rendue folle de douleur par la mort de ses petits dévaste des villages et tue leurs habitants. L’Empereur envoie toujours plus de soldats, en vain, et songe à prendre lui-même la tête de l’armée, quand une vieille prophétesse, tirant le Yi-King, lui annonce qu’il devra envoyer son propre fils.

Ainsi, le tout petit enfant, très sérieux, est accompagné par son père à l’orée de la terre dévastée…

Le récit est simple et puissant, servi par de magnifiques illustrations, inspirées par la peinture chinoise. L’auteur ne masque ni le feu, ni les armes, et le monstre est vraiment terrifiant, ce qui rend d’autant plus doux et puissant le récit d’apprivoisement qui suivra.

Ce récit est inspiré par une étonnante statuette qu’on peut voir au musée Cernuschi, à Paris : la tigresse.  Tout l’album tourne autour de cette image, l’enfant dans la bouche du monstre.

Ma vallée – Claude Ponti

Voici une chronique un peu inhabituelle sur ce blog, publiée à la fois ici et sur le blog virgule et papillon.

Mais bon, Claude Ponti c’est aussi de la grande littérature de l’imaginaire…


Poutchy Bloue est un Touim’s, un petit bonhomme marron, un peu mou et duveteux, avec un regard gentil. Il vit dans une vallée, mais si le livre s’appelle « Ma vallée », c’est parce que c’est la sienne, vue par ses yeux. Sa maison, sa famille, ses copains, ses promenades.

Je suis un adulte rationnel. Claude Ponti, lui, accumule les élucubrations : langage tordu, images surréalistes (derrière un trait ligne claire des plus classiques), logiques carrément floues… La première fois que j’ai pris Ma vallée, je me suis rendu compte que certains livres pour enfants nécessitaient un peu d’efforts. Pour accepter, prendre le temps, rentrer dedans. Mes filles, heureusement, n’ont pas ces réticences. La langue, les dessins, les rêves de Claude Ponti sont pour elles des évidences.

Ma vallée ne raconte pas une histoire, plutôt des scènes, des morceaux d’histoires. Ce grand livre est un guide, une encyclopédie, l’exploration d’un lieu secret, Ma vallée, la vallée de Poutchy Bloue, celle du lecteur aussi, là où vivent, grandissent et meurent les Touim’s, là où on vit, on travaille, on joue, on explore, on rêve. Ma vallée est un livre vertigineux, centré autour d’une seule et même image, cette vue du paysage depuis un endroit, un peu derrière « l’arbre maison ». On la verra en toutes saisons, on en explorera de nombreux recoins – mais pas tous, on en abordera les mystères. Navires, cimetières, bibliothèques pleines de coussins, théâtre des Colères, et le mystérieux espace derrière… La création de Claude Ponti est foisonnante jusqu’au vertige, Ma vallée est une merveille, un livre borgesien, à vocation d’infini. Ma Vallée est un chef d’œuvre de livre pour enfants, un chef d’œuvre d’images, de textes, de rêves, un très grand livre, tout court.

Certains jours, je monte à l’Observatoire.
Je m’assois au bord de la toute dernière pierre et je regarde la mer…