Octobre, un crime — Norma Huidobro

S’achetant une robe des années 50 à porter durant une fête à laquelle elle n’a pas envie d’aller, Inès, une ado vivant à Buenos Aires, trouve dans l’ourlet une lettre que sa destinataire n’a jamais reçue. L’appel au secours d’une jeune fille de son âge, menacée d’assassinat tout comme son propre père. Que feriez vous à sa place ?

Nous sommes vers l’année 2000, Inès a ses soucis à la maison (ses frères sont carrément pénibles) et la lettre est l’occasion pour elle de se trouver une cause, un mystère, un univers à elle.

J’avais déjà dit tout le bien que je pensais des romans de Norma Huidobro (ici, et ). Celui-ci est peut)être le meilleur de tous ceux que nous avons déjà lus. On y retrouve le même talent à construire de beaux personnages, très vrais, vivant dans le vrai monde, celui des petites retraites, des petits boulots, des différences sociales. Celui où il ne sera pas facile à une jeune fille d’enquêter sur un crime vieux de quarante ans.

La découverte de ce mystère, entre coupures de journaux et interrogatoires de témoins âgés, est tout à fait passionnante. Mais, au delà de l’intrigue (simple en vérité et plutôt bien arrangée), Norma Huidobro réussit à donner à son roman un arrière plan social fort (le roman parle beaucoup des personnes âgées), ainsi qu’une véritable sensualité. Inès est attentive aux matières, aux couleurs, aux parfums, et c’est dans ces petits détails qu’elle entreverra la vérité.

Octobre, un crime est vendu comme un roman jeunesse. C’est avant tout un bon roman.

Zippo – au petit théâtre

Ca commence par la scène du balcon de Roméo et Juliette….


Acte II / Scène II / Le jardin des Capulet.

Entre ROMÉO.

ROMÉO – Il se moque bien des balafres

Celui qui n’a jamais reçu de blessures.

Juliette paraît à une fenêtre.

Mais, doucement ! Quelle lumière brille à cette fenêtre ?

C’est là l’Orient, et Juliette en est le soleil.

Lève‑toi, clair soleil, et tue la lune jalouse

Qui est déjà malade et pâle, du chagrin

De te voir tellement plus belle, toi sa servante.

(…)

JULIETTE – Ô Roméo, Roméo ! Pourquoi es‑tu Roméo !

Renie ton père et refuse ton nom,

Ou, si tu ne veux pas, fais‑moi simplement vœu d’amour

Et je cesserai d’être une Capulet.

Et dans le public, un type se met à faire des blagues, genre « poil au… », pendant que les acteurs tentent de dire Shakespeare. Les enfants dans le public sont troublés (et leurs parents aussi). Les acteurs se vexent, Zippo monte sur scène pour s’excuser, du genre « oh la la, si on ne peut plus rigoler… »

Et il se retrouve coincé. Le génie du théâtre lui apprend qu’il ne pourra repartir qu’une fois que la pièce aura repris, avec lui dans le rôle du personnage interrompu. Roméo ? Non. Juliette.

S’en suit une longue et douloureuse séance d’apprentissages, où le clown Zippo tente désespérément d’apprendre les rudiments du théâtre, tout en pestant, grognant, se moquant et tombant amoureux.

Pièce maligne de méta-théâtre, Zippo tente de faire passer aux enfants quelques idées sur ce que c’est que le théâtre. Et lorsque, enfin, la scène sera jouée, avec tous les mots de Shakespeare, l’attention sera grande !

L’écriture du spectacle est très astucieuse, parfois un peu didactique mais le plus souvent très drôle, et les trois acteurs sur scène sont tous très bons. Rosa a bien aimé, Marguerite a tout compris, même si elle avait peur à cause de cette situation difficile, presque impossible : comment un clown plus très jeune peut-il comprendre quelque chose aux émois d’une très jeune femme ? Mais elle a bien retenu qu’au théâtre, il faut tout apprendre par cœur, puis tout oublier.

Fantômette ! – Georges Chaulet

Il fut un temps où, dans une petite ville des environs de Paris (masquée sous le nom de Framboisy) a sévi une super-héroïne bien française. Fantômette !

Elle portait un justaucorps de soie jaune, des collants noir, des ballerines, une cape noire et rouge fermée par une proche en forme de F. Son visage était dissimulé par un loup noir, ses cheveux par un bonnet à pompon.

Très jeune, sportive, brillante (de nos jours on la qualifierait d’enfant à haut potentiel), Fantômette s’ennuyait à l’école le jour – même si les romans n’en disent rien, il ne fallait pas critiquer l’école de la République – et pourchassait les bandits la nuit. Les causes pour lesquelles elle s’est engagée laissent penser qu’elle choisissait ses cibles, plus pour l’amusement qu’elles lui apportaient que par véritable utilité policière.

Au delà de son talent pour les arts martiaux et pour les déductions, notre jeune détective a toujours fait preuve d’un moral solide, d’une assurance proche de l’arrogance et d’un humour caustique à toute épreuve.

Georges Chaulet a rapporté ses aventures, plongées dans les années 60 et 70, celles de la naissance de la société de consommation en France, d’une modernité à base de produits agroalimentaires, d’appareils électriques, de télévision, de voyages en avion. Les romans sont plein d’énergie et d’allant (ce qui masque des intrigues bancales), avec des personnages amusants, depuis les deux copines Ficelle et Boulotte (dont la bêtise confine au surréaliste) en passant par tous les habitants de cette époque, policiers bas du front, politiciens arrivistes, directeurs de magasins s’épongeant le front avec leur mouchoir, institutrice sévère à faire rêver un politicien adepte du retour à l’ordre, artistes surimbus de leur personne, et bien sûr toute une collection de bandits, savants fous et autres espions adeptes de plans machiavéliques et compliqués.

Il est évident qu’une écolière n’a pu vivre toutes les aventures qui lui sont attribuées par l’auteur. A partir de quelques faits sans doute avérés, l’auteur a brodé des fantaisies plus ou moins réussies, expédiant son héroïne dans l’espace ou bien dans le passé. Peut-être est-ce lui qui, du temps d’une collaboration sous pseudonyme à France Soir (pardon, France Flash !) apparaît sous le nom d’Oeil de Lynx.

Qu’est devenue Fantômette ? Est-elle partie aux Etats-Unis poursuivre une carrière en costume ? Est-elle devenue actrice, espionne, s’est-elle engagée pour une ONG ? A-t-elle subi un sort fatal au détour d’une dangereuse aventure ? Je me le demande encore.

J’ai lu toutes ses aventures quand j’étais enfant. Je les ai relues à Rosa et Marguerite qui adorent. Les livres ont vieilli, mais plutôt bien. L’humour est un peu méchant, certains mystères gardent leur charme et le style, enlevé, tient bien la route.

Les romans ont été écrits, pour la premiers du moins, au passé simple. Certaines des rééditions faites par Hachette, outre qu’elles ont viré les dessins vieillots mais parfois charmants de Jeanne Hives et Josette Stefani, ont on en plus été réécrites au présent, voire même « adaptées » avec une maladresse confondante…

Voici un bref compte-rendu, en quelques mots, de tous les romans relus avec les enfants ces deux dernières années. Bien sûr, la production de Chaulet était très inégale, mais quelques bonnes histoires se nichent dans cette série d’aventures fofolles.

En gras, donc, mes préférés.

Si certains sont marqués « pas relus », ça veut sans doute dire que nous ne les avons pas/plus. Si vous avez comment vous les procurer, notamment dans les éditions originales (cartonnées dur), prière de me contacter en commentaire, je suis intéressé !

  

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Les Exploits de Fantômette (1961) ** L’héroïne apparaît mais n’est pas encore complètement calée. Histoire simple de gendarmes/voleurs.
Fantômette contre le hibou (1962) **** Histoire de société secrète masquée. Bon suspense.
Fantômette contre le géant (1963) Pas relu.
Fantômette au carnaval  (1963) **** A la poursuite du Furêt au milieu de la ville costumée. Bien rythmé et amusant
Fantômette et l’Île de la sorcière  (1964) *** Une histoire de vacances (il y en a plusieurs, dans la série). Ici, à la campagne.
Fantômette contre Fantômette (1964) *** Amusant récit policier. Le sujet n’est toutefois pas vraiment traîté.
Pas de vacances pour Fantômette (1965) *** Très bonne scène d’ouverture.
Fantômette et la Télévision (1966) ***** Tournage, mystère et vieux château. Un des meilleurs livres de la série.
Opération Fantômette (1966) ** Vacances à Biarritz. Pas mémorable.
Les Sept Fantômettes (1967) *** Chasse au trésor dans toute la ville, à la recherche des sept poupées. Très amusant.
Fantômette et la Dent du Diable (1967) *** Les filles sont en colonie de vacances, et le Furêt kidnappe tout le monde. Très amusant aussi.
Fantômette et son prince (1968) **** Aventures dans une république bananière imaginaire. Une des histoires les plus émouvantes.
Fantômette et le Brigand (1968) ** Fantômette lutte contre un néo-Mandrin. Laborieux.
Fantômette et la Lampe merveilleuse (1969) *** Espionnage autour d’une monarchie pétrolière du Golfe. Amusant de voir que Fantômette sert les intérêts de la France gaulliste !
Fantômette chez le roi (1970) *** Amusant récit de voyage dans le temps, un peu moliéresque.
Fantômette et le Trésor du pharaon (1970) **** Chasse au trésor, encore, entre le Louvre, la Concorde et la forêt de Fontainebleau.
Fantômette et la Maison hantée (1971) ** Ne m’a pas marqué.
Fantômette à la Mer de sable (1971) Pas relu
Fantômette contre la Main Jaune (1971) Pas relu
Fantômette viendra ce soir (1972) *** Petite histoire policière.
Fantômette dans le piège (1972) *** Première Méta aventure de Fantômette, le côté dépressif de l’histoire est intéressant.
Fantômette et le Secret du désert (1973) Pas relu.
Fantômette et le Masque d’argent (1973) ** Première apparition de ce grand méchant, pas très réussi.
Fantômette chez les corsaires (octobre 1973) (1973) Pas relu.
Fantômette contre Charlemagne (mars 1974) (1974) *** Chasse au trésor, dans le même esprit que le Trésor du Pharaon.
Fantômette et la Grosse Bête (1974) *** Une histoire de monstre à la Scoobidoo. Fonctionne plutôt bien.
Fantômette et le Palais sous la mer (1974) *** Vacances en Bretagne et facteur Cheval.
Fantômette contre Diabola (1975) *** Histoire à la James Bond, avec concours de beauté débile.
Appelez Fantômette ! (1975) Pas relu
Olé, Fantômette ! (1975) Pas relu
Fantômette brise la glace (1976) Pas relu
Les Carnets de Fantômette (1976) Pas relu
C’est quelqu’un, Fantômette ! (1977) Pas relu
Fantômette dans l’espace (1977) Pas relu
Fantômette fait tout sauter (1977) *** Le furêt monte un plan astucieux, qui marche presque !
Fantastique Fantômette (1978) * Récit de quasi fantasy, vraiment raté.
Fantômette et les 40 Milliards (1978) Pas relu
L’Almanach de Fantômette (1979) Pas relu
Fantômette en plein mystère (1979) * Histoire de savant fou, assez mal tournée.
Fantômette et le Mystère de la tour (août 1979) (1979) Pas relu
Fantômette et le Dragon d’or (juin 1980) (1980) *** Course poursuite autour d’un Mac Guffin, Rock & roll et masque d’argent.
Fantômette contre Satanix (avril 1981) (1981) Pas relu
Fantômette et la Couronne (janvier 1982) (1982) Pas relu
Mission impossible pour Fantômette (octobre 1982) (1982) **
Fantômette en danger (octobre 1983) (1983) Pas relu
Fantômette et le Château mystérieux (1984) Pas relu
Fantômette ouvre l’œil (1984) Pas relu
Fantômette s’envole (1985) Pas relu
C’est toi Fantômette ! (1987) Pas relu
Le Retour de Fantômette (2006) Pas lu
Fantômette a la main verte (2007) Pas lu
Fantômette et le Magicien (2009) Pas lu

Histoire du prince Pipo – Pierre Gripari

De Pierre Gripari, je connaissais surtout (et comme tout le monde j’imagine), les classiques contes de la rue Broca, redécouverts récemment avec Rosa et Marguerite dans leur version audio (lus par Gripari lui-même, c’est un délice).

La bibliothèque nous a proposé cette Histoire du prince Pipo, de Pipo le cheval et de la princesse Popi, dont le titre est tellement bête que, n’aurait-il été écrit par Gripari, je l’aurais laissé de côté. Ce relativement petit livre est un conte, la couleur est clairement annoncée, commençant par un conte hors du conte nous expliquant la vertu des contes (chapitre 1). Puis on aura droit à l’histoire de l’histoire qui voulait qu’on la raconte (chapitre 2) qui sera bien sûr l’histoire qu’on va lire ensuite (vous suivez ?), puis arrivera, enfin, l’histoire du prince Pipo, dans laquelle on trouvera les personnages du titre et bien d’autres choses amusantes (dont des contes).

Sorte de méta-conte à la dimension d’un petit roman, l’histoire du prince Pipo est un livre charmant, écrit dans une langue faussement simple et toujours juste. Une histoire d’apprentissage, pleine de liens à la fois absurdes et logiques, qui m’a fait penser, en plus court, à l’histoire sans fin de Michael Ende, ou au merveilleux Mio mon Mio, d’Astrid Lindgren. L’histoire abonde en surprises, charmantes ou cruelles, et je terminerai en laissant un avertissement aux parents : ne lisez pas le chapitre « Le nain et la sorcière » à vos enfants juste avant qu’ils s’endorment. Il s’y passe quelque chose de terrifiant, qui ne sera résolu par le rire que trois ou quatre chapitres plus tard. Je vous rassure, le récit se termine bien, si on considère que c’est une chose heureuse que les enfants grandissent.

Billet publié également sur Virgule et Papillon.

Matilda – Roald Dahl

Matilda est une toute petite fille très intelligente, vive et sage. Dès l’âge de trois ans, elle sait parfaitement lire et, comme sa maman la laisse toute seule à la maison tous les après-midi « pour aller jouer au loto », elle se rend à la bibliothèque pour se procurer des livres. Car les parents de Matilda sont des beaufs épouvantables, la classe moyenne anglaise la plus crasse abrutie de télé et réussite sociale petite bourgeoise, qui considèrent leur fille comme une moins que rien et ignorent tout de ses remarquables capacités… On va suivre la petite fille dans sa lutte contre son terrifiant crétin de père, puis, dans une deuxième partie, contre la monstrueuse directrice de l’école, Mlle Legourdin…

Matilda est un pur roman de Roal Dahl, narrant le combat d’une enfant presque surnaturelle contre des adultes monstrueux et cruels. C’est tendre, violent, caustique, et drôle, bien sûr. Les merveilleux dessins de Quentin Blake savent aussi bien tracer la caricature des monstres que rendre la douceur de Matilda ou de la gentille Mlle Candy.

Un classique, à raison.

Billet publié également sur Virgule et Papillon.

Une soupe de diamants – Norma Huidobro

Quelque temps après le mystère du majordome, les filles et moi avons lu une soupe de diamants, de la même Norma Huidobro. Ce livre utilise le même genre d’ingrédients que le précédent : une adolescente délurée à dreadlocks, l’Argentine contemporaine et fauchée, un meurtre et un goût pour la cuisine de qualité faite maison.

Les personnages sont très bien campés, l’histoire est pleine de suspense, j’écoute maintenant du tango à la maison. Bref, c’est bien, vous pouvez lire celui-ci aussi.

Le mystère du majordome – Norma Huidobro

Voici une de mes dernières découvertes de lectures avec Rosa et Marguerite.

Tomàs a douze ans, il est marrant, gourmand, un peu agité et sympathique. Pour pouvoir organiser sans l’avoir dans les jambes le mariage de sa tante, la famille l’envoie passer quelques jours de vacances au palais… Le palais : la grande maison où sa grand-mère travaille comme gouvernante. Tomàs va profiter à fond des talents culinaires de la cuisinière de la maison, de la compagnie du chien et de la piscine. Surtout, il va poser au personnel (les patrons sont en Europe), tout à fait naïvement, des questions un peu gênantes: qu’est devenu le majordome qui était là l’année dernière ? Qui mange, la nuit, les parts de gâteau laissée dans le placard ? Pourquoi n’a-t-il pas le droit d’entrer dans le hangar ?

L’histoire se passe en Argentine, dans les années 2000. Les personnages sont vivants, réalistes, ancrés socialement. Et l’ancien propriétaire du palais est mort assassiné, voici deux ans, et l’assassin est en fuite. Les vacances tournent au mystère, des ombres passent dans le parc, des bruits étranges résonnent dans les canalisations…

Norma Huidobro, traduite et publiée par l’école des loisirs, a ficelé un bien joli roman policier pour enfants, souvent drôle, parfois effrayant, sans aucune gaminerie ni facilité. Nous avons tous les trois adoré.

Münchhausen ? – au petit théâtre

Une chambre d’hôpital, toute blanche. Un vieux hirsute, à moitié dingue, sur le lit. Dans le coin, un étrange mannequin. On sent presque l’odeur des médicaments, et les exhalaisons corporelles pas très nettes du vieux, à qui son fils, qui fête ses trente ans aujourd’hui, vient rendre visite à contrecoeur.

Une pièce pour enfants qui commence comme ça, ça m’a rendu méfiant. J’avais tort.

Le vieux, c’est le baron de Münchhausen, 296 ans, qui a séduit toutes les infirmières, délire sur son lit, saute, rit, pète, fait des jeux de mots et fait fuser les paradoxes comme des feux d’artifice. Au bout de quinze minutes de représentation, le vieux est mort, le fils rentre dans son studio tout pourri sous les toits et l’histoire commence à exploser, avec l’aide soignante qui rêve d’astrophysique, le meilleur pote qui ne rêve de rien, le fils qui ne comprend rien, le cheval Bucéphale dans le cimetière, le voyage à Gibraltar, en passant par la lune et le Vésuve. Münchhausen ?, ce n’est pas une adaptation des aventures du célèbre baron, c’est une rêverie dans tous les sens, une histoire de joie, de deuil, de vie et de mort, une ode à l’illimité. C’est du théâtre moderne, explosif, à l’écriture speedée (la série Bref de Canal n’est pas loin, c’est peut-être la seule petite limite du truc), qui ose les effets spéciaux délirants, les blagues étranges, le surréalisme. Les acteurs sont tous formidables. C’est du théâtre pour enfants. C’est du grand théâtre. 

From Gibraltar, with love

(spectacle visible jusqu’à la fin de l’année. Allez-y !)

 

Photos de scène : (c) Elisabeth Carecchio

J’étais un rat ! — Philip Pullman

édition anglaise, couverture par Peter Bailey

La bibliothèque publique que nous fréquentons a eu la très bonne idée de dissimuler la couverture de certains livres pour surprendre les lecteurs. Nous avons donc pris celui-ci en aveugle (l’image de couverture étant fort laide, nous l’aurions peut-être reposé) et nous avons bien fait.

J’étais un rat raconte l’histoire d’un couple de vieux sans enfants, Bob et Jeanne, qui voient débarquer chez eux un drôle de petit garçon habillé en page, tout perdu et incapable de dire son nom. A vrai dire, il est incapable de fournir autre chose comme information sur lui-même que: « j’étais un rat ».

Nos braves vieux vont s’attacher à Roger (ils vont le nommer ainsi), malgré la manie de ce dernier de ronger tout ce qu’il trouve, de manger en plongeant la bouche directement dans l’assiette et de déchiqueter la literie.

J’étais un rat est un petit roman très attachant et très réussi, situé dans un monde délicatement évoqué, presque réaliste mais pas trop. Basé sur cette curieuse prémisse (un petit garçon qui « était un rat », au lecteur de comprendre ce que ça peut bien signifier), il raconte les pérégrinations de Roger à travers la société, entre fonctionnaires, policiers margoulins, savants et philosophes, avec qui le petit garçon plein de bonne volonté va connaître aventures, avanies et catastrophes.

Le récit est rythmé par les Unes du journal le Père Fouettard, un tabloid populaire et bien racoleur, dont les articles accentuent le côté satirique et caustique du roman. 

Rosa et Marguerite ont beaucoup aimé : le roman les a émues, les a fait réfléchir, et surtout, il les a fait rire.

édition Folio Junior

PS : autant la couverture de l’édition Folio Junior est laide, autant les illustrations intérieures de Peter Bailey sont charmantes, voire indispensables à l’histoire.

L’île au trésor – Stevenson

La carte de l’île au trésor,

dessinée par R.L. Stevenson .

Une auberge en Angleterre au bord d’une crique isolée. La lande, le vent, les embruns. Un vieux flibustier débarque, qui règle ses consommations en pièces d’or venues de loin. Bientôt il s’installe à demeure, ne paie plus et terrifie tous et toutes. Le jeune Jim Hawkins, fils de l’infortuné aubergiste,  se demande ce que le terrible vieux marin transporte dans son coffre toujours fermé…

Il ne sait pas encore (mais le lecteur et les lectrices, eux, le savent), que tout cela le conduira au delà des mers, à bord l’Hispaniola, jusqu’à une île déserte. Alors on verra bien si les armateurs ont bien fait d’embarquer, comme cuisinier pour le navire, le fameux marin à une jambe, Long John Silver, dit Barbecue…

Je viens de finir de lire ce livre à Rosa et à Marguerite. Elles ont été terrifiées, elles ont vu voler les coutelas, tirer les mousquets. Elles ont été passionnées, ont soupesé chaque choix de Jim, et les actions des protagonistes, le capitaine Smolett, le docteur Livesey, Silver lui-même, réfléchissant à ce qu’elles auraient fait, à leur place. Elles ont vu l’île, ses marais, ses brumes, ses collines, son fortin. Elles ont été perdues en mer et sur la terre. Et sursauté quand dans le fortin endormi, le perroquet se met à hurler « Pièces de huit ! Pièces de huit ! »

C’est au moins la quatrième fois que je le lis, et c’est encore mieux à chaque fois. Une fabuleuse histoire de pirates, un fabuleux livre pour les enfants, un art de la narration incroyable. L’aventure, les amis, l’aventure !

Pièces de huit !

L’Hispaniola, par Geoff Hunt