Mon drôle de petit frère – Elizabeth Laird

Une lecture pour enfants, commencée un peu par hasard, parce que Rosa avait aimé un autre roman de la même autrice. Le quatrième de couverture nous dit qu’il va être question d’une jeune fille dont le petit frère est lourdement handicapé. On pourrait s’attendre là à un récit plein de bons sentiments et de moraline, mais en fait non. 

Le vrai titre du roman est Red sky in the morning, la couleur rouge du ciel le matin du jour où la mère d’Anna, une jeune fille de douze ans, accouché prématurément, à la maison, d’un petit garçon très handicapé. La naissance de Benedict, dit Ben, forme la scène d’ouverture à la fois drôle et violente.

Red sky in the morning est une chronique adolescente, qui voit grandir Anna, exposée au regard des autres, à la vie, à la différence, à la mort. Le récit est tout le temps passionnant, jamais lourd, jamais misérable, racontant les souffrances de la famille, le corps changeant de la jeune fille, les pressions sociales, les amitiés, les imbécillités. A travers le petit frère handicapé, c’est surtout un roman réaliste qui parle de la vie comme elle vient et comme elle va (parfois mal). Ecriture ramassée, efficace, rendu très fin des relations sociales, souffrances et réparations, n’éludant pas mais n’étant jamais choquant, il s’agit d’un très bon roman, adapté pour des enfants à partir de dix ans, capables d’encaisser des scènes parfois dures. Je l’ai lu à voix haute aux enfants et ai dû parfois expliciter quelques allusions: à la vie professionnelle et sentimentale (des parents), aux classes sociales, à la sexualité.

Forrest Gump – Robert Zemeckis

Film vu lors d’une soirée cinéma avec les enfants.

Je ne connaissais pas Forrest Gump, sauf certaines de ses répliques emblématiques (la vie c’est comme une boîte de chocolats… Cours Forrest, cours, etc.) et j’ai de la sympathie pour Zemeckis, sous-Spielberg auteur d’au moins une série de films que nous avons aimés. 

 

 

Nous avons regardé le film avec plaisir, qui nous a permis d’expliquer aux enfants des éléments de l’histoire et de la culture américaine: la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, la contre-culture, etc. Pas mal de bonnes scènes (j’aime particulièrement celle où Forrest se libère de ses attelles, et les images du lieutenant Dan perché en haut du mât du crevettier. 

Si le spectacle a été plaisant, et la romance agréable à suivre (même si son côté très fabriqué nous a frappés), j’ai été choqué par le sexisme du récit. Celui-ci étant une allégorie, les personnages doivent être aussi compris comme tels: opposition entre une Amérique pleine de bon sens, simple, parfois violente (pour la bonne cause), masculine, et une Amérique de contre-culture, féminine, droguée, perdue, qui ne trouve sa rédemption que dans la maternité.

Le personnage de Robin Wright est intéressant (et j’aime cette actrice !) mais le rôle qu’on lui fait endosser est bien pénible. 

 

Un article intéressant qui met le film dans son contexte, le début des années 90.

Retour vers le futur I, II et III – Robert Zemeckis

Ca a occupé trois de nos soirées films du dimanche soir avec Rosa et Marguerite, et ce fut bien. Je vois là un phénomène étrange : les films que je parviens le plus facilement à partager avec elles sont surtout des trucs des années 80, début des années 90. On pourrait croire que je partage mon enfance, mais en fait je n’ai découvert ces films que bien plus tard. Est-ce que l’époque savait bien produire des divertissements « familiaux » ?

Et donc Marty MacFly, les années 50/80/2016/1885, les mêmes tronches d’une époque à l’autre, les mêmes vannes, les références croisées, le hoverboard, « personne ne me traite de mauviette », « là où nous allons, il n’y a pas besoin de route », etc. En fait, c’est bien chouette.

Les trois films tournent autour de sentiments assez doux : l’attachement à une petite ville, l’amitié évidente d’un ado et d’un vieil homme. Je n’avais jamais vu le III : plusieurs scènes m’ont touché et je trouve la fin quasi steampunk très kitsch et pourtant dans le ton.

Bref, your kids are going to love it.

 

Edward aux mains d’argent – Tim Burton

Nous avons donc regardé avec Rosa et Marguerite Edward aux mains d’argent,
comme film du dimanche soir. Histoire de nous souvenir que Johnny Depp
n’a pas tout le temps joué le capitaine Jack Sparrow, et que Tim Burton a
été un temps un cinéaste avec un univers très fort.

 Tout
le monde connaît l’histoire: une vendeuse de cosmétiques au
porte-à-porte toque à la porte d’un château gothique à savant fou et
ramène dans sa banlieue proprette (magnifique suburbia aux tons pastel)
la créature qui y vivait.

Le
souvenir du film s’était estompé dans ma mémoire. Bien sûr je me
souvenais des haies taillées en forme de dinosaures et du snikt, snikt,
snikt qui accompagne les mouvements d’Edouard avec ses très grandes
mains dont il ne sait pas quoi faire. J’ai redécouvert un film à la
narration resserrée, bien monté (au ciseau), des personnages secondaires
dessinés à l’acide et un univers vraiment inquiétant. On passe le film
entier à craindre que quelqu’un se coupe, que quelque chose soit détruit
par les longues lames d’Edouard. L’horreur sanglante est toujours
sous-jacente et n’apparaît (presque) jamais ce qui donne au récit une
tension étrange et dérangeante.

Les
scènes finales (paniques, coupures, poursuites…), après tout le temps
passé dans la banlieue à la guimauve, prennent une connotation
particulièrement dure, adoucie par le fin kitsch et poétique.

Totto Chan – Tetsuko Kuroyanagi

Ce petit livre remarquable contient les souvenirs d’enfance de Tetsuko Kuroyanagi, animatrice japonaise de talk shows, qui nous raconte son école quelque part dans les années 1940. La petite Tetsuko, dite Totto-Chan, était apparemment une enfant sympathique, très vive, mais pas très adaptée à la rigueur de l’école japonaise. Ses parents lui ont alors trouvé une école atypique, organisée par M. Sôsaku Kobayashi, installée dans d’anciens wagons de chemin de fer rassemblés en cercle.

Dans les courts chapitres de ce livre, la femme redevenue petite fille nous raconte ses souvenirs et ses émerveillements d’écolière épanouie par la pédagogie audacieuse (même de nos jours) de M. Kobayashi dans son école de Tomoe. Musique, écologie, bricolage, apprentissages libres, attention portée aux enfants différents (notamment malades ou handicapés…), l’école de Tomoe semble avoir été un paradis des enfants et une expérience éducative unique, détruite par les bombardements de la guerre (les enfants avaient été évacués) et jamais reconstruite. La force du livre est de faire revivre ces souvenirs heureux (sans cacher les difficultés) et, pour madame Kuroyanagi, de rentre hommage à son ancien directeur d’école. Une très belle lecture, partagée par toute la famille. Merci Nayuta !

Princesse Mononoke – Miyazaki

En tentant de repousser un démon qui attaquait son village, le prince Ashitaka récolte une malédiction qui le contraint à l’exil. Vers l’ouest, dans les terres où règnent encore d’anciens dieux, il trouvera peut-être une explication à son malheur, sinon la guérison.

Si vous suivez ce blog, vous connaissez sans doute l’histoire, sinon vous êtes d’heureuses gens qui n’avez pas encore vu ce film, mon préféré parmi les grands films de Miyazaki et, dans la foulée, le meilleur film d’heroic fantasy au monde.

Je ne l’avais pas vu depuis plus de dix ans et nous l’avons montré aux enfants lors de notre dernière séance de cinéma familiale. J’ai été pris dedans comme la première fois, j’y ai vu et compris des choses que je n’avais pas vues auparavant, j’ai adoré. Des dieux, des hommes, des femmes, l’écologie, le sexisme, la guerre, la vie, la mort… Les personnages sont tous très bien écrits, je crois que je les aime tous.

Les filles ont été capturées par le récit… et terrifiées. Non pas par les démons, comme nous le craignions, mais par les images de guerre, les cadavres empilés, les bras tranchés durant les combats, la violence humaine terrible qui traverse l’histoire.

Les disparus de Saint-Agil – Christian-Jacque

Après ma relecture de ce roman remarquable (voir chronique) nous avons regardé l’adaptation qui en a été réalisée peu après, en 1938, par Christian-Jacque (le même que pour Fanfan la tulipe), avec des dialogues (non crédités) de Jacques Prévert.

Tout en reprenant la même histoire que le livre, le film est une véritable adaptation, fidèle à certains aspects du roman et en ignorant totalement d’autres. On oublie l’aspect proprement policier du récit (le personnage du policier est oublié), on concentre surveillants et professeurs en une poignée de personnages (joués notamment par Michel Simon et Erich von Stroheim) et on se concentre sur le danger encouru et vécu par les enfants. Les disparus est un film de mystère et d’aventures enfantines, un peu comme le seront après lui certains films de Steven Spielberg par exemple.

Loin de la chronique réaliste, le film a quelque chose d’expressionniste, avec son très beau noir & blanc et ses décors un peu baroques (je n’imaginais pas la pension St Agil si chic). Les enfants jouent très bien, dans un style un peu guindé mais très beau. Le récit est très rythmé, on ne s’ennuie jamais, les bonnes scènes s’enchainent, l’ambiance est électrique. Quant à la fin, un peu folle et anar,  elle ressemble plus à la « fin rêvée » du roman (les lecteurs comprendront) qu’à son issue plutôt réaliste.

Bref, un scénario malin, une réalisation au petit poil, des acteurs formidables, c’est un très bon film. L’auteur de ces lignes a eu l’occasion de tomber au coin d’un écran sur les choristes (lui aussi un film de pensionnat dépeignant le même coin du siècle). La comparaison fait très mal au plus récent des deux films.

Rosa et Marguerite ne l’ont malheureusement pas aimé, rebutées par le son d’époque et la diction très années 30 des acteurs rendant les dialogues parfois difficilement compréhensibles pour elles (notre installation est sans doute un peu en cause également). Nous leur avons conseillé de lire le roman, elles pourront toujours revoir le film plus tard !

 

L’arnaque – George Roy Hill

Dans ce film, on a deux sympathiques escrocs dans le Chicago de la grande dépression qui tentent de dépouiller un gros bonnet très méchant (et superbement joué par Robert Shaw). Il y a aussi Robert Redford et Paul Newman avec ses yeux bleus qui rient et son sourire en coin qui tue. C’est bien fait, bien joué, avec de beaux décors, de bons acteurs, un scénario au millimètre et une histoire de cinéma, comme le crime de l’orient express : des acteurs qui jouent des types qui jouent des types. Curieusement, toutefois, je n’ai eu peur à aucun moment pour les héros.

Marguerite n’a pas aimé – le récit, un peu trop compliqué, l’argot de bandits. Rosa s’est accrochée pour comprendre l’histoire et l’arnaque et en a été très contente.

Le crime de l’Orient express – Sydney Lumet

Dans ce film on trouve un train de luxe, un agaçant détective belge excentrique, douze suspects, un joli mystère, une brochette de stars (Sean Connery, Lauren Bacall, Ingrid Bergman…) C’est filmé d’une manière très classique, mais réalisé avec tant de soin et si bien joué (notamment Finney en Poirot) que c’est excellent. Un film luxueux comme un voyage dans l’Orient Express, avec un méta propos de cinéma très réussi : les acteurs jouent des gens qui mentent tous et prétendent tous être quelqu’un de plus ou moins différent de ce qu’ils sont. On peut aussi ajouter le morceau de bravoure, la scène de l’explication finale, un exercice très difficile réussi haut la main.

Vu avec les Rosa et Marguerite, qui ont adoré l’ambiance, les costumes, les personnages, et essayé de déchiffrer le mystère en compagnie d’Hercule Poirot.

Indiana Jones et la dernière croisade – Steven Spielberg

Dans ce film, on trouve: un professeur d’archéologie à temps partiel, le Saint Graal, des relations père-fils difficiles mais rigolotes, des nazis (je déteste ces types), des coups de poing, de feu, des incendies, des courses-poursuites à cheval, en moto, en motoscaffo, en dirigeable, en tank, en chameau, en avion, en voiture, en train (et j’en oublie sans doute).

Nous l’avons revu avec Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Elles n’ont pas eu trop peur et ont surtout trouvé tout ça absolument formidable. L’humour emporte tout : le machisme, la violence et les joies sautillantes du scénario.