Watership Down – Richard Adams

En des temps très anciens, Krik créa les étoiles. Il créa aussi le monde, car le monde est l’une d’entre elles. Il les créa en répandant ses crottes à travers le ciel, et c’est pour cela que les arbres et les plantes poussent si bien aujourd’hui sur la Terre.

Un des plus grands crimes dont je me sens responsable en ayant négligé ce blog pendant de nombreux mois est d’avoir oublié de parler de ce roman.

Quelques faits littéraires sont établis : les plus grands romans de fantasy au monde sont anglais. Pensez fantasy, pensez jeunesse, vous tomberez sur des auteurs anglais. Et certains chefs d’oeuvre ne sont pas connus comme ils le méritent de notre côté de la Manche.

Prenez celui-ci.

Fyveer le voyant fait des rêves terrifiants. Son peuple est sous la menace d’un immense danger, la mort, le sang, des envahisseurs terrifiants. Mais les autorités refusent de l’écouter, à l’exception de son frère, Hazel. Celui-ci, se rebellant contre le chef de la communauté, rassemble un petit groupe d’aventuriers pas très malins qui, suivant les visions de Fyveer, se lance dans la quête d’un pays plus heureux, loin vers le sud. Le peuple de nos voyageurs a ses légendes autour de la création du monde, de leur héros mythique, dont la sagesse les guide dans leurs aventures dangereuses. Ils affronteront des monstres, visiteront des cités étranges, feront face à la faim et au mauvais temps, perdront des compagnons et gagneront en sagesse.

Watership Down est un roman de voyage, de survie, plein de confrontations, de batailles, d’héroïsme et d’attention à la nature. Le suspense est permanent, les personnages merveilleux, le récit d’une grande invention et profondeur morale, bref, c’est merveilleux. En plus l’édition française est très belle. Ne vous en privez pas !

(Ha oui, j’avais oublié, les héros du roman sont des lapins. Vous ne regarderez plus jamais les lapins de la même manière.)

La Terre tout entière sera ton ennemie, Prince-aux-mille-ennemis, chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord, ils devront t’attraper… Toi qui creuses, toi qui écoutes, toi qui cours, prince prompt à donner l’alerte. Sois ruse et malice, et ton peuple ne sera jamais exterminé.

Le grand bleu – Luc Besson



Encore un film français connu que je n’avais jamais vu. Deux heures trente de rivalité amicale de deux plongeurs en apnée, Jacques et Enzo. Je vais commencer par dire tout ce qui m’a gavé : le rôle de potiche des femmes, les scènes de sexe filmées dans le goût des années 80, les clichés très limite sur les Américains, les Italiens ou les Japonais, des trucs qui font partie malheureusement de la signature Besson et qui n’iront pas en s’arrangeant avec l’âge.

Parce que malgré ça, j’ai quand même aimé le film, et en particulier sa première partie. Il créée un univers étrange, presque onirique, autour de ce monde de la plongée. Jean-Marc Barr pose un bonhomme vraiment étrange, presque extra-terrestre (un peu comme le personnage de Christophe Lambert dans Subway, si mes souvenirs sont justes). Le personnage d’Enzo aurait tout pour être un méchant connard et il est bien plus fin que ça, la rivalité amicale des deux est à la fois effrayante et douce. Besson se sert de ce monde (villes de méditerranée, delphinariums, spots de plongée…) pour créer un univers plastique original et fort et de belles images de cinéma. En fait, c’est un vrai film : des images, de la musique, une histoire.

Les enfants ont aimé.

Le cinquième élément — Luc Besson

C’était un devoir de classe des enfants (ne me demandez pas plus de détails) : regarder le cinquième élément, en étudier le rythme, la présentation des personnages…

On a passé un bon moment en famille, on a souvent rigolé, et après qu’en reste-t-il ?

J’ai aimé les créations plastiques du film, les Mondo-Shawan, les décors, les armes, les trucs et les machins qui font du bruit et de la lumière. Par moments, le film a l’insolence foutraque et violente des histoires de l’Incal et laisse sentir un univers foufou sans morale.

Mais, même sentiment qu’à la sortie : les montagnes russes sont distrayantes, mais l’histoire ne prend pas, on n’a pas le temps de croire à l’univers, aux personnages, pas envie de s’y attacher. C’est trop frénétique boum boum. Passée la scène d’intro, vraiment bien posée, tout se met à aller de plus en plus vite et ça saoule.

Je trouve que Bruce Willis jouant un soldat buriné n’est pas le bon héros de ce récit, que Leeloo est complètement sous-exploitée, unique personnage féminin d’un récit pas franchement progressiste. A la fin, il ne nous reste rien pour rêver.

Titanic — James Cameron

On a regardé Titanic avec les enfants, dans notre série « regardons les classiques ». Je ne l’avais pas revu depuis la sortie.

Le film passe bien, les costumes sont très beaux et j’aime toujours autant Kate Winslet. J’ai trouvé les images de synthèse du paquebot quittant le port un peu lisses, mais le film catastrophe de la fin est toujours aussi spectaculaire, avec de beaux effets sonores et des visions hallucinées que j’avais oubliées.

Film approprié pour les enfants ?

Rosa (12 ans) a aimé les costumes, l’aspect historique, la romance. Marguerite (11 ans) a eu peur à la fin et a préféré aller lire dans sa chambre le temps que le bateau coule.

Je recommande aux curieux de Titanic et de cinéma le visionnage de cette chouette vidéo d’Histony qui parle de paquebots et de nazis et qui montre certaines inspirations allemandes du film de Cameron.

Tout en haut du monde – Rémi Chayé

On a quand même regardé pas mal de films avec les enfants durant ce confinement. Je fais quelques billets de blog pour en garder trace et mémoire.

Celui-ci, conseillé par l’ami Léo de Mittelhausbergen, est un film d’animation (français, je crois), racontant l’aventure arctique d’une jeune russe de bonne naissance à la fin du XIXème siècle.

Quand, comme moi, on a passé de nombreux mois à essayer de raconter l’aventure polaire d’une jeune fille (sujet improbable s’il en est, tant ces explorations ont été des expéditions masculines), on regarde cette histoire avec attention, surtout si, en plus, on s’intéresse en particulier aux expéditions polaires russes.

Le récit de la jeune Sascha, fille de bonne famille et petite fille d’explorateur, entre le Saint Petersbourg de la cour et les pôles, est vraiment très réussi. Les enfants se sont moqués de l’animation très statique des premières minutes, puis elles ont été prises par le récit.

Le dessin devient de plus en plus beau comme l’histoire progresse, avec des couleurs pâles de ciel du nord, des horizons maritimes et glaciaires… Les parties en bateau sont formidables et évoquent magnifiquement la progression polaire, notamment l’aspect sonore du choc contre la glace. Le récit d’apprentissage comporte quelques passages un peu convenus mais les personnages sont bien plantés et j’ai marché à fond, au nord et à travers les glaces !

Une heureuse découverte !

 

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain – Jean-Pierre Jeunet

On a regardé avec les enfants ce film-bonbon, pas revu depuis sa sortie. Elles l’ont suivi avec plaisir, ont trouvé l’histoire intéressante et amusante et ont même eu peur qu’il arrive malheur au nain de jardin. 

J’avais oublié la variété du casting et la qualité des seconds rôles (un des charmes du cinéma français traditionnel). L’univers graphique est vraiment très beau, avec sa construction d’une ville de Paris fantasmée. On a du expliquer les photomatons, les pièces de cinq francs et les cabines téléphoniques.

Miss Potter – Chris Noonan

Biopic en costumes sur l’autrice Beatrix Potter, celle des petits livres pour enfants animaliers du début du siècle que vous avez peut-être eus entre les mains quand vous aviez moins de six ans (moi je les ai eus, mais je les avais déjà trouvés ringards). Fort heureusement, le film ne s’attarde pas là-dessus, mais plutôt sur la société victorienne qui ne permet pas à une fille de la bonne société à la fibre naturaliste et au célibat assumé de vivre comme elle veut.

La représentation de la société incroyablement guindée de cette époque est réussie et les sourires crispés de Renée Zellweger en originale complètement zinzin et la retenue et la moustache d’Ewan Mc Gregor m’ont bien convaincu. Le film est fait sans génie mais honnêtement, il nous a permis d’avoir de bonnes discussions avec les enfants.

Mes voisins les Yamada – Takahata

Nous avons découvert en famille ce Takahata que je n’avais jamais vu, rebuté peut-être par le dessin « griffoné », qui a aussi surpris les enfants (« mais plus tard, ce sera bien dessiné ? »).

Chronique humoristique d’une famille japonaise, avec le papa salaryman, la maman ménagère peu motivée, la grand-mère décidée à vivre longtemps, le fils sous pression scolaire et la fille aux yeux grand ouverts.

Le récit et les gags du quotidien dérapent dans la poésie, le rêve, la peinture, les haikus. C’est doux, drôle, juste, mélancolique. Les personnages sont des gens moyens et le film nous fait aimer les gens moyens. Comme souvent chez Takahata, la forme est incroyablement libre, fragile et enchanteresse.

La lettre volée – Edgar Poe

Relecture d’un classique, découvert vers l’âge de douze ans, je ne savais pas à l’époque que le traducteur était fameux. Je l’associe intérieurement aux disparus de Saint-Agil et aux histoires de Sans-Atout, toutes publiées chez Folio. Sans jamais l’avoir relu, je me souvenais très bien de l’endroit où se trouvait la lettre.

A la relecture de ces deux histoires traduites par Baudelaire, je trouve que si le type de récit est original (le récit de déduction), le style très lent, verbeux et pesant et les intrigues très très capillotractées, sans compter l’absence totale de charisme de Dupin, rendent ces textes tout à fait indigestes. Pourquoi faire lire cela à des enfants ?