A game of thrones, de George R. R. Martin

J’ai joué au fantasy bingo. Oui, bon, j’avoue, j’ai une curiosité mal placée, je voulais savoir comment on fait de la fantasy qui marche, de la fantasy best-seller. J’ai lu a game of thrones (pour l’essentiel) et…
Bob – hopopop, là je t’arrête, tu vas dire des conneries. Je déteste qu’on dise du mal d’un grand auteur.
Moi – Je n’ai encore rien dit.
Bob – Alors tais-toi et écoute. Martin, c’est un tueur. Un grand. Un dieu. 800 pages écrit petit. Une demi-douzaine de PoV Characters : ça veut dire : un récit choral. Plein d’intrigues en parallèle qui avancent super lentement… de quoi tenir sur la longueur ! Un monde complet, avec des royaumes pseudo-anglais, des marchands pseudo-levantins, des hordes pseudo-mongoles (mais rien de réaliste ou de crédible, oh là non, c’est de la fan-ta-zi, coco), des assassinats, du sexe, des intrigues politiques, des contre-intrigues, des contre-contre-intrigues… C’est tellement compliqué qu’il a engagé un assistant pour prendre des notes et surveiller les coups fourrés de ses propres personnages. Et quel créateur ! Quelle invention ! Un quasi moyen-âge complètement calibré, aussi crédible qu’un film arthurien avec Richard Gere (pas comme ton Jaworsky qui inonde ses récits de ses connaissances historiques au point qu’on a l’impression d’assister à un cours…). Du gritty, du sang, du gore, des seigneurs vraiment méchants, du peuple vraiment opprimé. Une religion pas du tout envahissante parce que personne n’y accorde d’importance. Des tournois, des armures, et même des enfants qui meurent (enfin, presque). Il ose tout, Martin.
Moi – Attends, je…
Bob – Ça en impose. Ça attire l’attention. C’est puissant, c’est distrayant, c’est marrant. Tu es fatigué, tu tournes les pages, tu veux en savoir plus. Les héros sont droits et cons, ils se jettent dans les ennuis plus vite les uns que les autres. Tous les autres personnages sont méchants. Et il y a même une mystérieuse menace surnaturelle…
Moi – Moi, je trouvais que l’idée de ce monde où les saisons durent une dizaine d’année est très intéressante…
Bob – Tu vois, c’est un grand, George !
Moi – … dommage qu’aucun personnage de cet univers ne paraisse s’être interrogé dessus. Et les personnages de la princesse dragon et son frère sont cools…
Bob – C’est le king, Martin !
Moi – mais ce sont bien les seuls…
Bob – Il faut lire Martin. Vous ne savez rien de la fantasy si vous ne l’avez pas lu. Vous ne savez rien de la Big Commercial Fantasy si vous ne l’avez pas lu. Vous ne savez rien de la Big-big-big commercial fantasy si…
(l’auteur, lassé, laisse les commandes de ce post à Bob. Rideau).

P.S : merci à Audrey, qui m’a offert ce livre que je voulais lire depuis longtemps.

Question 4 – jeu fantasy française

Et nous voic déjà à la question 4…

Après une question 3 ardue, mais dont trois lecteurs cultivés, habiles et débrouillards ont trouvé la réponse, nous revoici face à une question facile. Ouf. Parce que la 5 et la 6 ne vont pas être marrantes, croyez-moi.

Scores et règles peuvent être vus/revus ici.

Présentation

Ce roman est un véritable classique moderne : le héros est en un jeune sorcier (en tous cas, il a l’air jeune) doté de pouvoirs importants de part sa naissance, pouvoirs mis au service de la bonne cause, de ses amis et de l’amour. On y retrouve aussi d’autres ingrédients qui seraient approuvés par Bob, l’éditeur des stars : une quête interminable, de nombreux chapitres, des aventures, des royaumes fantastiques (un château sous l’eau, notamment, si mes souvenirs ne me trahissent pas). Bob reprochera toutefois au roman de n’être qu’un one shot, alors qu’on avait matière à de nombreux tomes… De plus, l’auteur se permet de sortir de la fantasy bien balisée en plaçant dans son histoire de nombreux anachronismes et détours par le 20ème siècle. Enfin, ce qui rendra Bob méfiant (les questions de droit le préoccuppent), certains prétendraient que ce joli roman n’est qu’un remake…

Quel est le titre de ce roman ?

Des indices pour les questions 1 à 4 pourront être fournis sur demande à l’adresse:

lk2012+jff@gmail.com

Laissez vos réponses dans les commentaires, pour voir vos points comptabilisés !

L’icône – Gary Van Haas

Un ami proche (appelons-le Mitch), écrivain, a eu l’occasion de discuter littérature avec Bob, le fameux éditeur. Pour être exact, Bob entendait donner à Mitch des conseils bien sentis concernant la rédaction de romans à succès. Quand Mitch arrive dans le bureau de Bob, il voit un livre posé bien en vue.

« L’Icône » (The Ikon), roman de Gary Van Haas, publié aux éditions First, collection Thriller. Apparemment, Bob veut s’en servir comme exempla pour sa discussion.

Je leur laisse la parole.

– Bon, mon petit Mitch, il y a dans ces 359 pages toutes les leçons dont tu as besoin pour sortir de ton ornière littéraire, tes bouquins de fantasy expérimentaux avec des fleurs que personne ne lit.

– Je n’écris pas de…

– Sssht. Première leçon, le petit Gary sait planter un héros. Un baraqué, beau gosse, quarante ans bien conservés, la classe. Californien. Artiste. Musclé. Avec des cheveux longs « signes de son passé rebelle ». Il peut être joué par Brad Pitt avec des cheveux longs. Ou Russel Crowe avec des cheveux longs.

– Heu… Le 4 de couv dit que c’est Pierce Brosnan, qui va le jouer.

– OK. Pierce Brosnan avec des cheveux longs. Ensuite, on raffine le héros avec des petites touches super cool. Il se bat à l’épée… Ça fournit une belle scène d’ouverture et une baston finale. Ensuite, il est peintre.

– Mais c’est super dur d’avoir un héros peintre. Je connais rien à la peinture, moi.

– On s’en fout, Gary non plus n’y connait rien. Tu asperges de noms de peintres connus, Goya, Titien, tout ça. Et quand le héros peint pour un moment clef de l’intrigue, tu fais comme lui. Dix lignes, pas plus. Il plonge son pinceau dans la couleur, et tout et tout, et à la fin « il se sentait comme s’il avait fait l’amour à la plus belle des femmes. Son oeuvre était parfaite ».

– Mais c’est n’imp…

– Ssht. Enfin, accroche toi, notre héros est un ancien prêtre.

– Ah, cool. On le voit prier ? On parle de sa foi ?

– Oh la non, faut pas s’embêter avec ça. Ancien prêtre, ça servira dans l’intrigue, pour dire que la religion est mauvaise et qu’il s’est fait violer par un curé pédophile quand il était petit.

– Tu blagues, là…

– Oui. Non. On s’en fout. Ça fait classe. J’imagine que Pierce Brosnan mettra une soutane. Bref, ce mec, il est romantique, les gonzesses aiment les curés défroqués. Parlons de l’histoire, maintenant. Une intrigue de la mort. Elle tourne autour d’une icône, d’un parchemin essénien, d’antiquités maléfiques… Il y a un gros mystère sur la nature même de la religion, tu vois…

– Jésus couchait avec Marie Madeleine?

– Ah, tiens, je croyais que tu ne l’avais pas lu ? Mais non je blague. Enfin non, disons qu’il y a plusieurs gros mystères, tu vois…

– Du genre, le Christ n’est pas mort sur la croix ? Les manuscrits gnostiques, tous ces trucs là ?

– Écoute, si tu l’as lu, on peut s’arrêter là. Disons qu’il y a de bons gros mystère des familles, voilà. Autre point important, le décor. De l’exotisme attirant. L’histoire va se dérouler en Grèce, à Mykonos.

– Moi, je voyage rarement. C’est dur d’écrire des romans qui se passent à l’étranger…

– Fais comme Gary. Il a tout pigé. Tu passes une semaine là-bas. Tu ne décris que des endroits pour touristes : les bars à touristes, le port à touristes, les boutiques à touristes, les villas qu’on voit par les grilles, les yachts qu’on voit de loin, les églises pour touristes. Quand tu veux faire culturel, tu recopies deux paragraphes de ton guide. Ou alors, Wikipedia. Les Grecs, tu les gardes pour les seconds rôles, tu en parles, mais seulement avec des clichés : soit des sortes de Turcs bien suants, bavards, menteurs et sympathiques. Soit de beaux jeunes pédés avec des noms en -os. Plus une mama qui fait bien la cuisine. N’oublie pas de ponctuer les répliques de mots grecs, tu les trouveras dans le guide de conversation du lonely planet. A la fin, le lecteur aura l’impression de savoir parler grec. « Entaxi ? »

– Mais c’est complètement déb…

– Shhht. N’oublie pas le placement de marques. Gucci, Mercedes, Armani… Nomme les boutiques, les fringues. Les boîtes finiront par payer, pour ça. Et, attends un peu, il faut des méchants. Là, il a eu une idée incroyable…

– … un ancien nazi ?

– Tu l’as lu ! Je le savais. Merde.

– Mais non.

– Dur de te croire. En plus, tu rajoutes des meurtres avec du sang, deux scènes de sexe (un peu explicites. Il faut parler du clitoris et des nichons de la fille, ce genre de choses), des agents secrets du Mossad, du Vatican, un bossu qui ressemble au gentil Quasimodo…

– Quasimodo n’est pas gentil. Sauf chez Disney.

– T’es sûr ? Gary dit le contraire. Bon, je crois que j’oublie rien… Si, des scènes de bateau, de la plongée, des antiquités, des visions de templiers en grande robe (elles servent juste à faire joli, pas la peine de faire de la psychologie) et une grosse baston finale avec trois retournements, quatre révélations, tout le monde qui meurt et tout qui explose. Happy End. Voilà. Ça, c’est un livre. Puissant. Fort. Vendable. Écris-moi ça, je te signe, j’en place 200 000, je déforeste la forêt des Landes pour faire de toi le nouveau Dan Brown.

– Le héros embrasse la nana dans la scène finale, au moins ?

– Euh, je crois, je ne sais plus. Dans le film, il le fera, c’est sûr… Elle sera jouée par Catherine Zeta Jones. Au boulot, mon petit ! Bottes-toi le cul !