La casa de papel

Une série espagnole, ça change, mettant en scène un groupe de bandits plutôt sympathiques, dirigés par un mystérieux « professeur », qui vont se lancer dans le casse le plus audacieux d’Espagne et du monde. Leur plan compliqué imposera des ruses, des ruses à l’intérieur des ruses, une prise d’otages de plusieurs jours, un huis clos étouffant (les deux saisons se déroulent durant ce huis-clos).

L’ensemble est joliment graphique, les acteurs espagnols ont de la gueule (ça m’a fait plaisir d’entendre autre chose que de l’anglais et de voir quelques visages moins stéréotypés).

Toutefois, d’un point de vue scénaristique, on a le même défaut que dans beaucoup de séries: une mise en place très réussie, nerveuse et tout (les deux premiers épisodes) puis l’allumage du diésel à rebondissements : flashbacks, secrets révélés, romances improbables, affaires de famille, quelques enjeux sociétaux, strictement aucun discours politique (alors que le sujet le permettait en beauté). En même temps j’ai peut-être loupé quelque chose car nous avons regardé la série en mode acc. : quatre premiers épisodes, plus le dernier. On n’a pas le sentiment d’avoir loupé grand-chose.

J’ai bien aimé les acteurs, qui jouent bien pour de la série, et les personnages, notamment l’inspectrice Murillo, Denver, Nairobi, Tokyo. Enfin, ça vaut la peine d’être noté, c’est une série écrite par une femme.

La ballade de Black Tom – Victor LaVallee

Cette novella publiée dans la collection une heure-lumière du Bélial appartient au genre maintenant peuplé des ré-interprétations lovecraftiennes. Après le beau travail d’Anders Fager, le point de vue féminin de Kij Johnson, les constructions étranges d’Alan Moore, voici une reprise, par un écrivain noir, du très infâme et fameux texte de l’horreur à Red Hook.

On peut lire je pense la ballade… sans connaître l’original de Lovecraft, l’histoire est entièrement cohérente et se tient très bien, mais elle dialogue en permanence avec l’affreux texte original de HPL. Pourquoi affreux ? De tous les textes fantastiques de Lovecraft que j’ai lu, celui-ci est le plus explicitement et directement raciste, d’un racisme puant et gênant, malgré une véritable qualité d’écriture et de narration.

Dans Red Hook, Lovecraft parle d’immigrés lointains (colorés) se livrant à des rites impies dans les caves de ce quartier de New York. La police intervient brutalement et tue un paquet de gens.

En suivant l’itinéraire d’un jeune Noir pas très friqué et plutôt malin, Tommy Tester, l’auteur nous invite à nous demander pourquoi tous ces basanés se sont retrouvés engagé dans une histoire aussi sordide.

La ballade est un texte très joliment mené et écrit, dense, avec de l’action, des scènes fortes, une peinture très parlante des conditions de vie de ce que c’était que d’être un Noir de Harlem à New York en 1924 (spolier : ce n’était pas terrible). Livres maudits, distorsions de la réalité, visions cauchemardesques et merveilleuses, j’ai eu ma dose, administrée par un auteur qui prend son sujet au sérieux et ne se contente pas de poser des références.

La dédicace du roman est très juste : à H.P. Lovecraft, avec tous mes sentiments contradictoires.

Capitaine Blood – Rafael Sabatini

Angleterre, 17ème siècle. Peter Blood, jeune médecin et ancien aventurier retiré, se retrouve accusé de s’être rebellé contre le roi et va être envoyé en esclavage dans les îles. Comme c’est un homme résolu au regard d’acier, il va s’évader, devenir maître d’un navire et diriger une bande de pirates. 

Après, accrochez-vous, ce sera deux cents pages de duels, d’aventures, de ruses navales, d’abordages, de grand méchant, de fille du gouverneur amoureuse de notre héros, d’envoyés du roi, de lettres de marque, de siège épique de Maracaibo… N’en jetez plus !

Capitaine Blood est un roman d’aventures à succès des années 1920 écrit par un italien émigré en Angleterre. On est à mi-chemin entre l’île au trésor (un certain réalisme, une tradition qui plonge dans le roman historique du XIXème siècle) et Robert Howard, pour le rythme, toujours enlevé, les aventures incessantes, le héros celte aux yeux bleus.

Le roman est étonnant, très bien construit, les péripéties s’enchaînent très bien, c’est un modèle du genre. On n’y trouvera pas la profondeur mélancolique et littéraire du classique de Stevenson (récit sur les récits de pirates autant que récit de pirates) mais le lecteur contemporain aura du plaisir à suivre ce texte ultra nerveux, sans jamais rien en trop, un modèle pour notre époque bavarde accro au traitement de texte.

Voir comment les écrivains de pulp (REH en tête) on repris certains des tropes et en on inventé d’autres est tout à fait étonnant. L’aventures ne cesse jamais dans capitaine Blood, mais les duels sont expédiés en trois lignes là où Howard en aurait rajouté dans les lames foudroyantes, les bonds de panthère et le sang, surtout le sang.

Un détail amusant : j’ai lu il y a peu ce livre sur les pirates. L’histoire de la condamnation à mort de Blood, de sa peine transformée en esclavage parce qu’on n’arrive pas à exécuter tous les rebelles et de son évasion sont en fait quasiment réelles, il s’agit seulement des aventures vécues par Henry Pittman. Sabatini avait fait sa doc.

Un autre détail amusant : ce roman semble être une des grandes inspis de l’excellent jeu Pirates de Sid Meier. On a exactement tous les éléments narratifs du jeu, comme si le jeu nous proposait, au fond, d’être le capitaine Blood.

Les attracteurs étranges de Rose Street – Lucius Shepard

Epoque victorienne. Un aliéniste en mal de reconnaissance est invité par un excentrique inventeur dans son étrange maison de Rose Street pour entrer en contact avec… un fantôme.

Ambiance brumeuse de révolution industrielle, maison mystérieuse, personnages à la moralité indécise. Les attracteurs étranges se situe dans la lignée du Dr Jekyll de Stevenson ou des récits d’Arthur Machen. Le sujet est traité avec sérieux et habileté, entre SF et fantastique, sans laisser les références étouffer le récit. C’est intriguant, ça se lit avec plaisir car Shepard a du métier, mais il n’y a là rien d’inoubliable.

Johnny et la bombe – Terry Pratchett

Dans ce troisième et dernier roman de la série des histoires de Johnny Maxwell, le jeune Johnny et ses potes vivent d’intéressantes aventures temporelles. Une aventure de voyage dans le passé, vécue par des jeunes qui ont vu back to the future (et ne nous gonflent pas avec) mais infusé de ces théories logico-farfelues que Sir Terry savait inventer. Le récit est bien meilleur que Johnny et les morts (sans égaler la mélancolie douce du Sauveur de l’Humanité…) : c’est avant tout un roman sur la mémoire locale, la mémoire de la seconde guerre mondiale au Royaume-Uni, mais on y trouve aussi une SDF frappadingue, un chat psychopathe, des hamburgers et l’excellente Kirsty (euh Kasandra…).

La scène de guerre est remarquablement bien écrite.

La fin nous a beaucoup émus.

How to train your dragon, the hidden world – Dean DeBlois

Je ne suis à la base pas très amateur de cette franchise. Dragons, vikings, humour gentil, pas trop ma came.

Nous sommes allés voir ce troisième et dernier film (dernier, c’est assumé !) avec les enfants et il m’a bien plu. Il y a toujours le même kitch que les autres, certains éléments scénaristiques ne marchent pas du tout, mais les aventures de cette bande de gentils héros pas très fins et rigolos m’ont émues quand même. Les dragons y apparaissent comme une figure métaphorique pleine de sens et bien tenue, la coming-of-age story est juste. C’est une histoire d’amour et de renoncement qui porte des émotions justes et fortes. Et la scène de danse aérienne entre les deux dragons est de toute beauté (c’était chouette de la voir au cinéma sur un très grand écran).

Le récit comprend quelques moments poétiques, des scènes d’infiltration improbables, des blagues bien trouvées, portées par des personnages ayant une vraie cohérence. L’humour est au premier degré, sans moqueries ni références faciles.

Les enfants ont adoré et leurs parents on eu du plaisir à voir le film.

The lego movie 2, the second part – Mike Mitchell et Trisha Gum

Avoir temporairement un cinéma près de chez soi permet d’aller voir des trucs qu’on ne serait pas allés voir autrement. Et on aurait eu raison. Les animateurs se sont amusés, quelques chansons absurdes ont été composées et l’humour repose sur quelques punchlines et plein de références. L’histoire, malheureusement, est faussement fine : deux mondes s’affrontent, qui ne se comprennent pas, mais nous on les comprend et on en comprend très vite la nature, ce qui permet de voir arriver la fin à des kilomètres.

Je n’accroche pas à cette méta-culture qui repose sur une pile instable de pièces de légo et de films que « tout le monde » à vu (« look ! he’s back-to-the-futuring ! »). Ca fait rire, puis il n’en reste rien. Les personnages n’ont pas beaucoup de consistance.

(Rosa, 11 ans, a eu du mal à accrocher, notamment parce que la plupart des références visant les grands-ados et adultes lui échappaient)

(Mais j’aime bien le personnage de Rex, avec ses guitares électriques et ses dinosaures)

Le nouveau nom – Elena Ferrante

Deuxième partie (sur quatre) de l’amie prodigieuse. Ca parle adolescence, mariage précoce, vacances à la mer, sexualité, amour, sujétion économique, études au lycée et à l’université… C’est toujours aussi bien raconté et toujours aussi passionnant. Re-10 heures d’écoute qui sont passées très vite et très simplement. Peut-être que, quand j’aurai écouté le quatrième, je trouverai un truc intelligent et particulier à en dire autre que : « oui, votre maman a aimé lire ça, mais elle a raison, parce ce que c’est très bon. »

L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

Elena Greco, dite Lenu, grandit dans un quartier pauvre de Naples durant les années 50. Sa meilleure amie, Lila, est sensible, brillante, arrogante, inadaptée. Ce roman raconte leur enfance et leur adolescence, entre les familles pauvres et brutales, la jalousie, la rivalité, le combat pour la réussite scolaire, jusqu’au mariage de Lila.

Ce roman (en fait, ce livre n’en est que la première partie sur quatre) est un best-seller mondial et c’est plutôt mérité. Le récit très lent, très détaillé, explore tout des sentiments et des mouvements du coeur de ses héroïnes, le couple Elena/Lila. C’est un livre qui parle des femmes, de leur rôle, de leur place, de l’éducation, des ambitions, de l’amitié pour quelqu’un de plus brillant que soit, de l’envie d’ascension sociale, de la naissance, en Italie, de notre société capitaliste, de l’apprentissage politique, de la sortie de la misère… Les thèmes sont nombreux et tous intéressants.

Moi qui déteste les récits longs de feuilletonants, je me suis laissé prendre à écouter (oui, je l’ai découvert en livre audio) 10h30 de récit hyper-détaillé, où les choses ne se passent jamais exactement comment les personnages se le figurent ou se l’imaginent. Le travail de romancière est remarquable, c’est du très très beau travail. Roman réaliste, social, féministe, difficile à lâcher, même pour un adepte comme moi des textes courts. C’est un travail magnifique et notamment (mais pas seulement !) un très bon roman pour écrivains.

Ecouté via l’année en non-mixité (et j’en ai encore pour un moment…)

Mary, Queen of Scots – Josie Rourke

Au BH2 Odeon, magnifique multiplexe tout neuf de Bournemouth (UK) nous avons vu dans d’excellentes conditions un film historique en costumes, sur la rivalité-proximité entre Mary Stuart et Elizabeth Ière.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas bon. Récit sans enjeu, sans grandes idées, à l’historicité sans doute sujette à caution (mais je m’en moque), avec des financements de l’office du tourisme écossais (oooh, les beaux paysages).

Alors plutôt que de me laisser captiver, j’ai profité de l’excellente condition de diffusion pour regarder en quoi le film suivait l’air du temps. Réalisé par une femme, il approche les personnages par le biais d’une sensibilité féminine – ok – très contemporaine – moins ok : je ne pense pas que ces femmes étaient en vérité aussi nombrilo-centrée qu’on nous les dépeint. D’ailleurs, à part les femmes de pouvoir, de femmes on n’en voit pas tellement dans ce récit. Quelques belles tronches de mecs, qui me faisaient penser à mes copains qui font du GN et de la reconstit’ : beaux costumes histo posé sur des humains du XXIème siècle aux bonnes dents et à l’air en bonne santé. Sauf peut-être le frère de l’héroïne avec sa belle barbe… Je me suis aussi demandé en quoi l’esthétique de ce film devait à celle, gritty-fantasy, de GoT. Des types en noir, des armes qui claquent, quelques trucideries un peu cracra, (peu de) scènes de sexe un peu crues. Bon.

J’ai bien aimé la scène avec le poulain, celle de l’accouchement, celles avec le bébé. Saorise Ronan tient joliment le rôle avec son visage très étrange. J’ai mis du temps à reconnaître la petite employée de pâtisserie du Grand Budapest Hotel. Le personnage du musicien inverti est joliment troussé.

Moralité, j’ai eu envie de revoir le film Elizabeth the virgin queen, avec Cate Blanchett, dont j’avais aimé à l’époque l’approche baroque et un peu bancale, mais je me demande si je marcherais. Le spectateur de maintenant est un peu trop blasé, peut-être même Cate, que j’admire, ne parviendrait plus à me convaincre.

Envie aussi de relire Gloriana, tiens. Et de jouer de nouveau dans ce beau et sanglant 16ème siècle.