La cité de l’indicible peur – Jean Ray

Un roman de Jean Ray, pris dans la belle édition Néo.
Je lis Jean Ray depuis l’adolescence, mon papa m’ayant mis ses vieilles collections de Harry Dickson dans les mains [1]. Je me souviens avoir frémi, une nuit, en lisant Malpertuis, roman qui me laisse encore un souvenir fantastique. Pour moi, Jean Ray est une sorte d’oncle sympathique, flamand, bon mangeur, qui aime raconter des histoires effrayantes en fumant la pipe… et en ne sachant pas trop comment les terminer.
La cite de l’indicible peur correspond tout à fait à ce genre de choses. Sigma Triggs, un ancien policier, homme sans finesse et sans malice, vient s’installer pour sa retraite dans une petite ville de province d’Angleterre, Ingersham, peuplée d’une galerie de vieilles filles, artisans, commerçants et bon vivants. Là, notre brave homme va entendre… puis vivre, toutes sortes d’histoires effrayantes. Meurtres à la hache, noyés, mains qui s’animent, mannequins de cire prenant vie…
Comme souvent chez Jean Ray, le cours du récit a plus de saveur que l’explication finale (car il y en a une !). Ce roman est l’occasion de conter toute une série d’histoires de fantôme « anglaises », très classiques et gothiques dans leur forme comme dans leur fond. Les histoires sont situées en angleterre, pays de fantômes, mais l’Angleterre de Jean Ray a de fortes ressemblances avec sa Flandre natale, l’auteur glissant même de nombreux clins d’oeil au lecteur en ce sens.
Racontées par quelqu’un d’autres, ces histoires seraient de peu d’intérêt. Mais l’oncle Jean les dit à sa façon, pleine de rondeurs, d’un vocabulaire riche et savoureux, parfumé comme une bonne bière belge, et on se laisse prendre, bercer, par les chroniques d’Ingersham.

[1] j’ai relu Harry Dickson depuis, cela a été un vrai bonheur. Les aventures du Sherlock Holmes américain sont du pulp surexcité, plein de suspens et d’humour. Peut-être que j’en reparlerai un jour…

Une critique sur noosfere

Une critique sur actuSF

Au sujet de Fred Vargas

Pour une fois, je vais répondre par un blog à un post de blog.

Je me suis intéressé à Fred Vargas en 2005 parce que je prenais souvent le train pour aller travailler en province et parce qu’on trouve tous ces livres dans les Relais H.

J’ai lu pars vite et reviens tard, coule la Seine, l’homme aux cercles bleus et un autre je crois dont j’ai perdu le nom.

J’ai oublié la plupart des intrigues, mais que je peux décrire globalement ainsi:

  • des choses bizarres se produisent à Paris (Fred Vargas est très parisienne)
  • des gens sont tués
  • le commissaire Adamsberg est sensé enquêter mais en fait il se promène, discute avec des inconnus, pense à sa vie amoureuse
  • la tension monte
  • le commissaire commence à s’intéresser au problème
  • un orage éclate. Adamsberg va se promener au bord de la Seine. Il pense à un truc, juste comme ça, et résoud l’énigme.

Je trouve que Vargas a un sens aigu des personnages, tous plus barrés les uns que les autres, à la fois extravagants et vrais (elle sait poser un regard personnel sur les gens, avec un sens du détail bizarre – toute personne regardée d’assez près peut passer pour folle).

Elle a aussi un certain sens des situations tordues. Mais Adamsberg est le personnage d’enquêteur le moins sérieux du monde (il vague, il flanne, et pouf, soudain, il comprend tout) et je trouve les romans de Vargas affreusement parisiens (dans le sens « rien n’existe que Paris »), faisant de Paris un décor aussi imaginaire que celui d’Amélie Poulain (d’un genre un peu différent, certes, tout peuplé de criminels byzantins).

J’avoue qu’en matière de roman policier parisien, les aventures de Nestor Burma me séduisent plus. Je préfère le roman noir réaliste au whodunnit sophistiqué et rigolo. Vargas, c’est un peu une mousse mangue/framboise dans une pâtisserie : sucré, au parfum délicieux, pas nourrissant pour un sou. Finalement, je me suis trouvé de meilleures lectures de train.

Rois & Capitaines – l’antho des imaginales

Je viens de finir la lecture de Rois & Capitaines, l’anthologie des Imaginales. J’aurais préféré la finir plus tôt, avant le festival, afin de pouvoir en causer avec les auteurs, mais je n’ai pas pu, c’est ainsi.
Le seul texte dont je me souviendrai est celui de Jean-Philippe Jaworski. Description d’un siège médiéval, loin des clichés, mené par un grand seigneur féodal, qui a le malheur d’être le serviteur plein d’honneur d’un roi imbécile. Située dans le même monde que Janua Vera, cette histoire affreuse et cruelle, de guerre et de mort, m’a beaucoup beaucoup plu – jointe au recueil, elle en aurait sans doute été ma préférée. Le style et le vocabulaire servent la narration, l’auteur ne manque pas d’un certain sens moral cruel… Un texte exceptionnel.

Roméo et Juliette – ballet au grand théâtre de Genève


Hier, expédition à Genève pour voir un spectacle de danse, le ballet Roméo et Juliette, sur la musique de Prokofiev.
Ce dernier gagne vraiment à être écouté en live, je le sais depuis que nous sommes allés voir l’amour des trois oranges. La musique de Prokofiev est à la fois romantique, puissante et délicate, c’est une matière vivante, qui emporte le coeur et les émotions. Et l’orchestre de chambre de Genève, qui l’exécutait, a été impeccable.
Pour le ballet même, je ne sais pas quoi en dire, je ne connais rien à la danse et généralement je n’y comprends rien. Sauf là. Il faut dire que je connaissais le scénario et qu’une histoire d’amour et mort comme celle là ne pouvait que me plaire…


Le décor, très épuré, était superbe, les lumières aussi, qui mettaient magnifiquement en valeur les peaux, les corps, les tissus… Les danseurs aussi étaient beaux, avec des gestes lissés par un immense travail, où tous les mouvements, des plus fins aux plus physiques, paraissaient également fluides.
Mettre de l’esprit dans les mouvements et les corps, comme une démarche alchimique… Pour la première fois, ce genre de choses m’a séduit.


Je n’ai pas tout aimé, dans la chorégraphie (l’extrait de Shakespeare, dit au début, m’a semblé inutile. Les tableaux d’amour ne m’ont pas convaincu, le personnage de Mercutio était mal posé), mais l’ensemble produisait des situations, des images magnifiques, dont les photos donneront une petite idée. Les scènes de combat, notamment, étaient très lyriques et puissantes.

Photos (c) grand théâtre de Genève

Urhu – Les Norn à l’échandole

Une charrette à roues, posée sur scène. Un homme en salopette la démonte, pièce par pièce. Pour fabriquer… quelque chose. Tout en travaillant, il pense, il rêve, il est inspiré par trois femmes qui ne sont qu’un seul être. Qui rient, qui parlent, qui se moquent, de lui, d’elles-mêmes. Qui chantent. Dans la langue des rêves, celle qu’on ne comprend que quand on dort. L’homme dort-il ? Ou est-il éveillé ? Elles jouent, elles écoutent l’homme qui fait tinter ses outils, elles saisissent un gros tambour pour un détour mélancolique, les voix s’envolent ensemble puis se séparent. Elles ne sont qu’une et elles sont trois. Et tout s’en va.

Voici Uhru, le nouveau spectacle des Norn. Elles sont encore ce soir à l’échandole. Et ailleurs, plus tard, peut-être ?

Les Norn – dans les glaces nordiques

Au rythme de l’eau.

Leur agenda…

Image (c) Norn

Tokyo Godfathers – Satoshi Kon

Alors certes, il y a Miyazaki. Mais au Japon, il y a aussi Satoshi Kon. Qui n’est pas manchot non plus.

On avait aimé Perfect Blue, Paprika… Sur le conseil du parrain d’Alma, nous avons regardé (en DVD) Tokyo Godfathers.

Sous ce titre anglais pas terrible se trouve un drôle de film, à la fois chronique réaliste, mélo, comédie outrancière… qui fait référence, je le dis sans en être sûr, à un certain cinéma américain.

Trois clochards (un poivrot, une drag-queen et une ado fugueuse) trouvent un bébé dans une poubelle… On peut imaginer ce qu’une comédie à la française en aurait fait (au secours!). C’est l’occasion pour ce film de raconter une histoire un peu déjantée, avec engeulades, coïncidences impossibles, commérages, courses poursuites, mafieux, soupes populaires… et le portrait, très réaliste, d’un japon qu’on voit peu. Derrière le sujet, un peu glauque, derrière la comédie, on verra de très belles images urbaines, des lumières extraordinaires. Un peu comme Kaurismaki Satoshi Kon sait enchanter la ville et ses paumés, et, sur ce point, le film est de toute beauté. (aucune des images que j’ai trouvées sur le net ne lui rend d’ailleurs vraiment hommage sur ce point)

Ponyo sur la falaise – Miyazaki

Je n’avais pas aimé la bande annonce : dessin naïf, sujet vraiment enfantin et déjà exploré par Disney… Mais j’avais tort. Au fond, c’est le billet d’Eolas qui m’a convaincu de faire quelque chose, tout mon possible, pour voir celui-ci sur grand écran.

Pour notre sortie cinéma annuelle (voir la précédente ici), nous n’avons donc pas pris de risques. C’est une chose triviale à dire, mais M. Miyazaki fait des films merveilleux, celui-ci comme les autres. Voici en vrac ce qu’on y trouvera :

  • un petit garçon et sa maman qui est une vraie maman (qui fait peur parfois)
  • un magicien dandy, cousin fatigué de celui du château ambulant
  • une magnifique scène wagnérienne
  • des messages échangés en morse
  • des poissons préhistoriques
  • une maison de retraite
  • un bateau jouet
  • une apocalypse
  • plein d’autre choses…
  • et une véritable petite fille, qui court sur les vagues

Voilà, j’ai été enchanté, c’est très beau, fait à la main, avec des dessins tout ronds et des grosses vagues avec des yeux. On le montrera à Alma quand elle aura l’âge de Sosuké (cinq ans).

P.S. : Le cinéma de Lausanne où nous étions avait projeté les bande annonces de tous les films d’animation à venir sur nos écrans (Fly me to the moon, Up, Coraline) et si certains peuvent paraître intéressants, la comparaison avec le film de Miyazaki est cruelle.

P.P. S : attention, petits spoilers…

Le film tient un ton très curieux, l’histoire est vue par les yeux d’un enfants mais effleure des sujets très graves, on y voit des grouillements de créatures un peu effrayantes, des tempêtes et des catastrophes naturelles… Mais les bateaux de réfugiés forment une parade colorée et les adultes sont tous responsables… 

Et, concernant la fin, personne ne met en doute l’amour de Sosuké, dieux et adultes font confiance au petit garçon pour tenir ses promesses.

Le film repose ainsi sur un équilibre très fin, très délicat, qui ajoute encore à son charme.

Ma vie – Thomas Platter


Thomas Platter est né en 1499 dans les montagnes du Valais, un dimanche, alors que les cloches sonnaient la messe. On a dit à sa mère « il sera prêtre ! ». Il est devenu chevrier, courant pieds nus dans les montagnes, avant de partir, suite à une rencontre heureuse, faire des études en Allemagne… Faire des études, façon de parler. Il est surtout devenu le souffre douleur de son cousin, de dix ans plus âgé, qui l’envoyait chanter (et mendier) dans les rues afin de subvenir à ses besoins…

Thomas Platter a eu faim une bonne partie de sa vie. Il a volé des oies, ramassé les miettes de pain dans les rainures du plancher… Faim de livres, aussi, faim de savoir. Malgré mille aventures plus ou moins navrantes, il finira savant, connaissant le latin, le grec et l’hébreu, et même la médecine. Et il ne deviendra jamais prêtre, la réforme de Calvin (et surtout de Zwingli) passant par là.

Vous découvrirez toutes ces histoires et beaucoup d’autres dans ce petit livre amusant, les mémoires que Platter a dictée à son fils pour lui apprendre d’où il venait. Ecrit dans un style léger, enchaînant les anecdotes drôles ou terrifiantes (l’évocation de la peste donne froid dans le dos), ce livre est un bonheur de lecture et une source d’informations de première main sur la Suisse du 16ème siècle (et naturellement, une bonne documentation pour un MJ de Te Deum pour un massacre). Merci à Lisette qui nous l’a offert !

Dehors les chiens les infidèles – Maïa Mazaurette

Tout de suite, le titre m’a séduit. Et la couverture, certes pas de très bon goût, avec cette sorte de templier sur fond rouge…

Voici un livre pas évident à chroniquer, car il a plein de qualités et de défauts que j’ai du mal à départager. Commençons par les qualités : je l’ai abordé avec un intérêt curieux, j’ai eu un peu de mal à accrocher puis je me suis laissé prendre par l’histoire (alors que je suis un affreux blasé et que la fantasy me fatigue très vite) et j’ai eu du mal à le lâcher car je voulais connaître la fin. 

Puis le livre aborde, vraiment, le sujet de la religion et du christianisme dans le cadre d’un univers imaginaire, et c’est un des sujets les plus casse-gueule qui soit – on rappellera que Tolkien, catholique convaincu, avait soigneusement évité de s’y frotter. Non que ce soit un livre à thèse qui mette en scène les dérives du fondamentalisme, comme le prétend abusivement le 4′ de couverture. Le livre met surtout en scène son propre univers, pour servir une plutôt bonne histoire, et cette humilité me plaît bien. Je me réjouis surtout de voir éviter pas mal de clichés (le christianisme opposé au monde celtique et aux petites fées – ai-je déjà dit que j’avais horreur des fées?). On y voit une église pleine de corrompus et de psychopathes, mais aussi des personnages soutenus et grandis par leur foi, comme Spérance et Astasie (le détail amusant est que cette dernière fait aussi partie de la première catégorie).

Dans un décor franchement glauque et très gore (on s’y étripe beaucoup, voire même un peu trop pour mon pauvre coeur) Dehors les chiens… montre aussi, et c’est assez rare, des images du merveilleux médiéval chrétien – miracles, tapis de fleurs, armes resplendissantes, croix de lumière se dessinant dans le ciel. Et tous les signes restent des mystères, que chacun interprétera comme il le veut.

Je reconnais volontiers que le mélange héros adolescents-épuration éthnique-miracles chrétiens-membres coupés-inquisition-mutants (et j’en passe) est un peu de mauvais goût, mais l’auteur a du culot, et ça passe. J’aime bien les livres qui osent. Et puis les noms sont bien trouvés, ce qui n’est pas si fréquent. Parmi les autres qualités, les personnages principaux sont attachants, en demie-teinte et leur comportement m’a plusieurs fois agréablement surpris.

A côté de cette audace et de ses bonnes idées, le roman lui-même ne manque pas de défauts, stylistiques notamment. La cohérence des points de vue est franchement bizarre, le traitement de la psychologie des personnages souvent malhabile. Les seconds rôles (le roi, la cour d’Auristelle…) sont taillés au hachoir et ne dévient pas du portrait en deux lignes qui est fait d’eux. La narration flotte par moments (au début, notamment), certains dialogues sont assez bavards, etc…

Reste un livre à la sensibilité originale, bien mené, intéressant. Les Quêteurs sont de beaux personnages que j’ai eu plaisir à suivre, parce qu’ils se posent des questions, se trompent souvent et essaient de changer le monde.

Une vraie découverte !

PS : encore un détail à porter au crédit de ce livre : il est court (300 pages) et c’est un one-shot, pas une série ! (idéal pour les gens comme moi qui n’ont pas le temps…)

PPS : la chronique que Pascal Patoz fait du roman est très bien, elle dit des choses que j’aurais aimé dire. Moi aussi, je me méfie des quêtes.

L’évangile selon Pilate – E.E. Schmitt.

Voici la suite de mes notes sur mes lectures récentes…

Et tout d’abord, merci à Laurent B. de m’avoir prêté ce livre très intéressant.

Dans une première partie, l’auteur prend la voix d’un certain Yeshoua, de Nazareth, qui repense à sa vie avant de se faire arrêter par des soldats au jardin des Oliviers. On y apprend comment celui que ses fans appellent « le Messie », voire « le fils de Dieu », perçoit sa propre existence.

Dans la deuxième partie, on lit le journal écrit par P. Pilate, préfet romain en Judée, qui enquête sur la disparition du cadavre – suite à sa crucifixion – du même Yeshoua, agitateur politico-religieux notoire. Abordant toutes les hypothèses (cadavre volé, Yeshoua pas mort, etc.), Pilate rencontre les puissants du temps (le grand prêtre, Hérode, etc.) et cherche à comprendre l’incompréhensible.

On le voit, l’auteur s’est attaqué à un beau sujet – la rencontre Pilate/Yeshoua occupe d’ailleurs quelques pages du Maître et Marguerite, et Boulgakov en fait un moment à la fois hilarant et touchant. Contrairement à Boulgakov, Schmitt est un monsieur sérieux, il a lu les évangiles (pas un épisode ne manque dans son récit, belle synthèse), il a lu des textes de référence sur le Jésus historique, il a sans doute lu Flavius Josèphe, et ça se voit.

Et justement, ça se voit. A aucun moment, le livre ne dépasse le niveau d’un travail de compilation appliqué et peu inspiré. La première partie est la plus réussie, donnant une cohérence psychologique et factuelle « moderne » (un peu artificielle?) à la vie de Jésus, même si ce texte a de nombreuses limites. La « confession » de Yeshoua obéit à une convention romanesque triviale : Yeshoua se remémore sa vie parce qu’elle défile devant ses yeux, parce qu’il va mourir et parce que ça arrange bien l’auteur. Il se remémore pile poil tout ce qui se trouve dans les évangiles, plus deux ou trois faits inventés par l’auteur afin de lui donner une cohérence psychologique. Le rapport que fait Schmitt de la communion de Yeshoua avec son « Père » (un fait important, concernant le personnage, on voudra bien le croire), décrit comme une plongée dans un « puits de lumière » est remarquablement pauvre, alors que la littérature mystique offre des images bien plus fortes d’une telle sorte de rencontre (lire Rumi et ses quatrains amoureux, ou les folies mystico-érotiques de Thérèse d’Avila, pour le peu que j’en connais.)

La partie sur Pilate est encore plus laborieuse. Les lettres/journal de Pilate à Titus sont de la pure convention romanesque, sans aucune épaisseur ni vraisemblance, et plombent complètement ce récit très artificiel qui explore, une à une, les thèses classiques sur la prétendue résurrection du protagoniste. Même si, là aussi, la synthèse des principaux éléments à connaître sur l’époque (troubles politiques, sectes juives, philosophes grecs…) est très réussie.

La vision que donne Schmitt de Yeshoua me paraît très édulcorée, comme une gentille leçon de catéchisme tournée vers un lecteur pas très futé, à qui il faut tout expliquer avec des mots simples et qu’il faut surtout éviter de choquer. L’épisode de la transfiguration est reporté à après la résurrection, ce serait trop bizarre de le mettre avant, comme l’ont fait ces évangélistes pas très doués, et les paroles les plus dures de Jésus, ses prédictions apocalyptiques, «Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. », etc, sont tout juste évoquées, comme s’il fallait éviter de secouer le chrétien, ni d’effaroucher le non-croyant. Bref, un Jésus à l’aspartame et au goût marketé, facile à boire, vite oublié.

En cela, on rejoint mon sentiment plus général sur les livres d’E.E. Schmitt que je connais : un bon sujet, quelques idées, de la documentation, le tout écrit avec des moyens littéraires indigents, dans le but d’en faire un livre conventionnel et facile à avaler par le lecteur – est-ce une des raisons de son succès ?

Et toi ami lecteur, amateur de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de Oscar et la dame rose et de la part de l’autre, es-tu d’accord avec moi ?