Jeu de l’été – fantasy francaise

fantasy…

…française

Afin de se mettre au diapason des média de vacances, ce blog vous propose, dans les jours et les semaines à venir, un petit jeu de l’été.

Il s’agit de deviner, à partir d’un résumé un peu orienté, le titre et l’auteur de grands romans de fantasy française, tous publiés avant la naissance des éditions Mnémos, évènement souvent considéré comme une (re)naissance du genre en France. Le but avoué est naturellement de permettre de découvrir ces romans.

Le jeu comprendra une demi-douzaine de questions, selon mon inspiration…

Utilisez les commentaires pour donner vos réponses. Ces derniers seront modérés a priori et ceux qui contiennent la réponse juste ne seront publiés qu’à la fin du concours. Je pourrai donner des indices, sur demande et si nécessaire.

Le gagnant/la gagnante (désigné par mes soins) recevra un livre en cadeau de ma part. Peut-être même que je publierai sa photo sur le blog, tiens !

Indices généraux:

  • tous les romans utilisés pour le jeu ont été écrits avant 1990.
  • Ils ont été publiés dans des collections de littérature générale
  • Ils ont reçu un bon (voire très bon) accueil critique
  • Certains se sont même très bien vendus (ce qui n’est pas tout à fait normal pour de la fantasy française)
  • Ils pourraient de nos jours être publiés dans la collection Lunes d’Encres (quoi que je ne sois pas sûr que Gilles Dumay les aime tous….) voire même chez Bragelonne pour certains d’entre eux.
  • aucun des romans utilisés pour le jeu n’a été maltraité, ni soumis à des traitements dégradants.

Index des questions (sera mis à jour progressivement)

Etre le premier à donner la réponse juste à une question rapporte 7 points.
Répondre juste dans la première journée après publication donne 5 points.
4 points le jour suivant.
3 points ensuite.
Chaque indice envoyé baisse le score de un point.

Tableau des scores

Freaks – Tod Browning


Un peu à reculons, incité par Cecci, j’ai projeté la semaine dernière ce classique des années 30. J’avoue que j’appréhendais un peu de regarder ce film très célèbre, tourné avec toutes sortes de monstres de cirque authentiques : nains, siamoises, microcéphales, homme-tronc, femme à barbe… Les déformations et mutilations font partie de mes cauchemars personnels et il y a toujours un cirque de monstre qui rode dans mes bas-fonds les plus ténébreux. Je n’avais pas tellement envie d’y être confronté directement.
L’histoire est très simple : mépris et et trahison : une belle blonde sans scrupule, après avoir tenté d’arnaquer méchamment un nain élégant, finira cernée sous la pluie par une bande de mafieux minuscules armés de couteaux… Non sans être passée par le plus horrible des repas de noces. (horrible pour qui, c’est à voir…)

Le film montre surtout une suite de saynettes de la vie du cirque, différentes situations comiques ou absurdes liées aux difformités de protagonistes – les siamoises épousant toutes deux des hommes différents, l’homme tronc allumant une cigarette…

Malgré tout ce que l’idée de ce film peut avoir d’effrayant et de racoleur, Freaks est un beau moment. L’image est magnifique et les monstres sont filmés avec une grande tendresse. j’ai eu l’impression que le film posait un regard très intéressant sur les corps : corps des freaks, corps des artistes de cirque, hercule, clown, acrobate… Même le corps des « normaux » m’a paru soudain étrange et singulier, attirant et repoussant, donnant un sentiment très fort de fraternité entre tous ces humains, tous bizarres à leur façon.

Freaks nous offre à voir le monde en vérité, beau et bizarre. Ce n’est pas rien.

Labyrinthe – Jim Henson

Nous avons inauguré hier soir les séances ciné-club LK2@Home en projetant Labyrinthe, de Jim Henson.
Je n’avais jamais vu ce film, sorti en 1986, mais je savais qu’il s’agissait d’un des rares classiques du cinéma de fantasy anté Seigneur des Anneaux (après, ça les mondes imaginaires se sont répandus comme la peste sur le petit écran…).
L’histoire : une jeune fille, lasse de garder son petit frère tous les week-ends, en vient à souhaiter que les gobelins (curieusement traduits par « lutins ») en viennent à emmener le bébé. Malheureusement, le roi des gobelins l’entend et répond à son souhait. Comme c’est une baby sitter avec un peu de conscience professionnelle, elle entend le récupérer et part dans le monde des gobelins, devant traverser le labyrinthe qui mène jusqu’au château avant que le roi ne transforme le bout de chou en gobelin à son tour…

Le film a beaucoup vieilli, les musiques au synthé, les chansons, la coiffure de David Bowie (= le roi) sont assez éprouvants pour le bon goût. Mais les effets spéciaux « à l’ancienne », les marionnettes de Jim Henson, les images de Brian Froud, les décors peints, les ambiances sont très jolies. Le film a quelques beaux moments poétiques, notamment la chute de Sarah dans le puits des mains ou des centaines de mains lui parlent en formant des visages….
Derrière un propos pas dissimulé (le film est une métaphore du passage à l’âge adulte – ça nous a fait penser à l’ami Alex), le scénario n’est pas idiot. Les personnages, notamment, sont tous ambivalents. Jareth, bien évidemment, à la fois hostile, attirant et généreux. Hoggle, couard, solitaire et amical. Juno, le très beau monstre,malgré ses protestations de sympathie a quand même quelque chose de flippant, etc, etc. Il n’y a ni méchant, ni gentil et la grande question que Sarah affronte est celle de la confiance : elle apprend à aimer ses compagnons même s’ils la déçoivent et la trahissent. De ce point de vue là, toutes les créatures sont réussies : elles ont chacune leur personnalité et leur charme (et c’est un homme totalement insensible à toutes les fééries qui vous dit cela…)
J’imagine toutefois que ce film a d’autant plus de charme qu’on l’a vu étant jeune. Après, la suspension of disbelief a plus de mal à passer.


PS : Les jeunes parents que nous sommes auront constaté que Sarah est une baby sitter qui s’énerve un peu vite, que le bout de chou a l’air plus heureux chez les gobs qu’à la maison et que pas une fois en treize heures de quête, Jareth (qui en a la garde) ne change ses langes. C’est la fantasy qui veut ça…

Mucha au musée Fabre

Le musée Fabre (dont nous n’avons toujours pas eu le temps de voir les collections permanente) offre une belle exposition un peu à la façon des expos du Louvre sur le célèbre peintre/dessinateur tchèque Alphonse Mucha.

Tout le monde connaît Mucha. Son trait est presque un cliché de la Belle Epoque, de ces publicités charmantes pour des champagnes, des voyages ou des biscuits.


L’homme est sympathique et consensuel. Son travail est joli. Beauté du trait (qui préfigure la ligne claire, en BD), douceur et émotion des couleurs, élégance des modèles. Chez Mucha, les femmes sont toujours belles (et curieusement, même quand elles sont nues, jamais érotiques). Nous avons pu observer combien il avait influencé le dessin des Cités Obscures, ou la peinture d’Alex Alice

L’exposition nous a permis de voir un peu au delà de l’image de l’artiste très consensuel (et que j’aime beaucoup), grâce à deux points intéressant.

En premier, sa rencontre avec Sarah Bernhardt qui l’amène à certaines de ses oeuvres les plus étonnantes, les extraordinaires affiches de théâtre mettant en scène « la Divine ». Mucha y a trouvé un sujet où s’exprime tout son génie, et Sarah Bernhardt un merveilleux publicitaire.

Deuxième point : l’épopée slave. Vers les années 1910, Mucha, très célèbre, se remet en questions et avec l’aide d’un mécène, se lance dans une grande oeuvre monumentale : vingt tableaux géants (600 x 800 pour les plus grands !) à la gloire du peuple slave. Le talent de Mucha est à son aopgée, la technique est parfaite, les couleurs sont magnifiques… et l’oeuvre est ratée. Mucha s’est retrouvé écrasé par son sujet, qu’il traite avec un infini sérieux, lui qui est si doué pour la légèreté. L’exposition montre à la fois un des tableaux les plus réussis (le Mont Athos, avec de belles lumières mystiques) et un énorme pudding pompeux, le finale de la série, l’apothéose des slaves.

Les deux tableaux de l’épopée slave vus à Montpellier. Image (c) lemonde.fr

Nous avons trouvé très touchant de voir cet « échec », où l’artiste se révèle beaucoup, avec son talent et ses faiblesses. Ces grandes images pleine de souffle national, déjà dépassées pourtant au moment de leur finition, montrent l’ancrage de l’artiste dans la Belle Epoque, illustrant que le talent tient aussi à la rencontre d’un homme et d’un moment.

Notre dame aux écailles – Mélanie Fazi

Voici un petit livre, douze nouvelles courtes, douze histoires de musique, de rites, de mort. Mélanie Fazi a une écriture délicate, très fine, apte à donner au lecteur une vision du monde un peu décalée, celle des paumés et paumées qui peuplent et vivent ses textes. C’est agréable de lire un auteur chez qui chaque phrase, chaque mot à se place, qui ne cherche pas à dire ce que chacun sait mais à faire surgir du monde ce que nous n’en voyons pas.
Parmi ces textes, pour donner envie au lecteur de ce blog, je dirai qu’on trouve une visite bien malsaine de Venise, une chanson rock qui tourne en boucle, un train de nuit transportant ceux qui veulent fuir la vie sans aller jusqu’à la mort, des vacances en Espagne dont on ne revient pas, des statues dans un jardin gothique, une curieuse poupée vaudou, une villa où les habitants se fondent dans les murs, une fin de grossesse difficile dans le vieux Sud des Etats-Unis, une femme qui tente d’arracher son homme à la mer et qui vit d’étranges surprises.
Malgré les différents thèmes abordé, le recueil a sa cohérence, les textes sont les chansons d’un disque que Mélanie fredonne sans doute à l’orée du sommeil. Ce ne sont pas des histoires d’horreur, cherchant l’épate et le choc. Si on y trouve du fantastique, c’est parce que les déviances de la réalité sont sans doute le seul moyen d’aborder certains sentiments. Les héroïnes de ces textes sont des créatures mal sorties de l’enfance, qui traînent leurs blessures et leur incapacité d’y faire fasse. Beaucoup de ces personnages sont lâches, préférant pleurer et fuir que d’affronter leurs monstres – mais les monstres les rattrapent le plus souvent (le train de nuit, la danse au bord du fleuve). Parfois, comme dans la vie, le choc aide à faire face, à réapprendre à faire face au monde ( fantômes d’épingles, le train de nuit, encore). Les images fantastiques sont des clefs permettant de remonter à sa propre nature (cinq soirs du lion, en forme de dragon, notre dame aux écailles), à comprendre celui/celle que l’on est vraiment.
Je parle de « textes » en évoquant les nouvelles de ce recueil : comme dans Serpentine, plusieurs d’entre eux ne sont pas des histoires à proprement parler, mais des introspections, des méditations sur la situation étrange d’un personnage. Des instants suspendus plutôt que des chemins parcourus. Les personnages de Mélanie Fazi sont saisis le plus souvent à un tournant de leur vie, à un moment où l’ont peut penser, méditer, rêver, se perdre avant de mourir – le train de nuit de la nouvelle homonyme en est une belle image (la nouvelle le noeud cajun est aussi la fuite d’un personnage dans un instant suspendu, de leur d’affronter une vérité refusée).
Ce sont pourtant les nouvelles offrant une narration (une histoire) qui sont pour moi les meilleures. La danse au bord du fleuve, noces d’écume, les fantômes d’épingles, la cité travestie. J’aime moins son hommage à la nouvelle Orléans (Mardis Gras), dont le style cadre mal avec le propos. Mais c’est bien là ma seule réserve.
Parmi les nombreux talents de l’auteure, j’ajouterai qu’elle sait parler de musique, donner à entendre chansons et mélodies dans ses textes. Ceux qui suivent son blog ne seront pas surpris, la musique et la passion pour la musique y occupent une grande place. Elle nous donne à entendre, dans le silence des textes, les chansons rock ou les danses espagnoles, sans citer de paroles et dans battre des mains. Parce que, tout autant qu’à la musique, elle s’intéresse à ce que la musique nous fait, à la façon dont une chanson peut nous travailler, nous obséder, nous soutenir dans nos déprimes – ou nous y enfoncer.
Douze nouvelles, douze ambiances, douze parfums, dans un petit livre beau comme un coffret. Ne vous en privez pas !

L’icône – Gary Van Haas

Un ami proche (appelons-le Mitch), écrivain, a eu l’occasion de discuter littérature avec Bob, le fameux éditeur. Pour être exact, Bob entendait donner à Mitch des conseils bien sentis concernant la rédaction de romans à succès. Quand Mitch arrive dans le bureau de Bob, il voit un livre posé bien en vue.

« L’Icône » (The Ikon), roman de Gary Van Haas, publié aux éditions First, collection Thriller. Apparemment, Bob veut s’en servir comme exempla pour sa discussion.

Je leur laisse la parole.

– Bon, mon petit Mitch, il y a dans ces 359 pages toutes les leçons dont tu as besoin pour sortir de ton ornière littéraire, tes bouquins de fantasy expérimentaux avec des fleurs que personne ne lit.

– Je n’écris pas de…

– Sssht. Première leçon, le petit Gary sait planter un héros. Un baraqué, beau gosse, quarante ans bien conservés, la classe. Californien. Artiste. Musclé. Avec des cheveux longs « signes de son passé rebelle ». Il peut être joué par Brad Pitt avec des cheveux longs. Ou Russel Crowe avec des cheveux longs.

– Heu… Le 4 de couv dit que c’est Pierce Brosnan, qui va le jouer.

– OK. Pierce Brosnan avec des cheveux longs. Ensuite, on raffine le héros avec des petites touches super cool. Il se bat à l’épée… Ça fournit une belle scène d’ouverture et une baston finale. Ensuite, il est peintre.

– Mais c’est super dur d’avoir un héros peintre. Je connais rien à la peinture, moi.

– On s’en fout, Gary non plus n’y connait rien. Tu asperges de noms de peintres connus, Goya, Titien, tout ça. Et quand le héros peint pour un moment clef de l’intrigue, tu fais comme lui. Dix lignes, pas plus. Il plonge son pinceau dans la couleur, et tout et tout, et à la fin « il se sentait comme s’il avait fait l’amour à la plus belle des femmes. Son oeuvre était parfaite ».

– Mais c’est n’imp…

– Ssht. Enfin, accroche toi, notre héros est un ancien prêtre.

– Ah, cool. On le voit prier ? On parle de sa foi ?

– Oh la non, faut pas s’embêter avec ça. Ancien prêtre, ça servira dans l’intrigue, pour dire que la religion est mauvaise et qu’il s’est fait violer par un curé pédophile quand il était petit.

– Tu blagues, là…

– Oui. Non. On s’en fout. Ça fait classe. J’imagine que Pierce Brosnan mettra une soutane. Bref, ce mec, il est romantique, les gonzesses aiment les curés défroqués. Parlons de l’histoire, maintenant. Une intrigue de la mort. Elle tourne autour d’une icône, d’un parchemin essénien, d’antiquités maléfiques… Il y a un gros mystère sur la nature même de la religion, tu vois…

– Jésus couchait avec Marie Madeleine?

– Ah, tiens, je croyais que tu ne l’avais pas lu ? Mais non je blague. Enfin non, disons qu’il y a plusieurs gros mystères, tu vois…

– Du genre, le Christ n’est pas mort sur la croix ? Les manuscrits gnostiques, tous ces trucs là ?

– Écoute, si tu l’as lu, on peut s’arrêter là. Disons qu’il y a de bons gros mystère des familles, voilà. Autre point important, le décor. De l’exotisme attirant. L’histoire va se dérouler en Grèce, à Mykonos.

– Moi, je voyage rarement. C’est dur d’écrire des romans qui se passent à l’étranger…

– Fais comme Gary. Il a tout pigé. Tu passes une semaine là-bas. Tu ne décris que des endroits pour touristes : les bars à touristes, le port à touristes, les boutiques à touristes, les villas qu’on voit par les grilles, les yachts qu’on voit de loin, les églises pour touristes. Quand tu veux faire culturel, tu recopies deux paragraphes de ton guide. Ou alors, Wikipedia. Les Grecs, tu les gardes pour les seconds rôles, tu en parles, mais seulement avec des clichés : soit des sortes de Turcs bien suants, bavards, menteurs et sympathiques. Soit de beaux jeunes pédés avec des noms en -os. Plus une mama qui fait bien la cuisine. N’oublie pas de ponctuer les répliques de mots grecs, tu les trouveras dans le guide de conversation du lonely planet. A la fin, le lecteur aura l’impression de savoir parler grec. « Entaxi ? »

– Mais c’est complètement déb…

– Shhht. N’oublie pas le placement de marques. Gucci, Mercedes, Armani… Nomme les boutiques, les fringues. Les boîtes finiront par payer, pour ça. Et, attends un peu, il faut des méchants. Là, il a eu une idée incroyable…

– … un ancien nazi ?

– Tu l’as lu ! Je le savais. Merde.

– Mais non.

– Dur de te croire. En plus, tu rajoutes des meurtres avec du sang, deux scènes de sexe (un peu explicites. Il faut parler du clitoris et des nichons de la fille, ce genre de choses), des agents secrets du Mossad, du Vatican, un bossu qui ressemble au gentil Quasimodo…

– Quasimodo n’est pas gentil. Sauf chez Disney.

– T’es sûr ? Gary dit le contraire. Bon, je crois que j’oublie rien… Si, des scènes de bateau, de la plongée, des antiquités, des visions de templiers en grande robe (elles servent juste à faire joli, pas la peine de faire de la psychologie) et une grosse baston finale avec trois retournements, quatre révélations, tout le monde qui meurt et tout qui explose. Happy End. Voilà. Ça, c’est un livre. Puissant. Fort. Vendable. Écris-moi ça, je te signe, j’en place 200 000, je déforeste la forêt des Landes pour faire de toi le nouveau Dan Brown.

– Le héros embrasse la nana dans la scène finale, au moins ?

– Euh, je crois, je ne sais plus. Dans le film, il le fera, c’est sûr… Elle sera jouée par Catherine Zeta Jones. Au boulot, mon petit ! Bottes-toi le cul !

Notes sur Le glamour

J’ai fini avant-hier la lecture du Glamour. C’est un roman exceptionnel, un des tous meilleurs de son auteur, j’en recommande ardemment la lecture. On y trouve de nombreuses scènes étonnantes, dont une étrange séance d’hypnose où l’hypnotiseur croit lui-même être hypnotisé, le récit d’un voyage dans une France de cartes postales, une escapade en amoureux paranoïaque et cauchemardesque dans le nord de l’Angleterre, une visite en voyeurs dans une maison populaire de Londres et une des scènes de sexe les plus insoutables que j’aie jamais lues.

Quelques réflexions (attention, risque de spoilers. J’ai pris pour l’instant de grandes précautions pour ne pas parler du fond du roman, ni de son sujet. Là, j’arrête)

Les six parties (d’inégale longueur) du roman, changeant chacune de point de vue (plus ou moins) paraissent chacune saper la vision du monde émise par les autres. La réalité, chez Priest, paraît avoir une nature hautement quantique, elle existe, mais dépend du point de vue de l’observateur…

Rien que de réussir à faire sentir cette idée (très choquante et très vraie, selon moi), le Glamour est grand roman.

Un autre point intéressant, naturellement, est l’exploration du thème de l’invisibilité. Qu’elle soit sociale (« Harry », Susan jeune font partie de ces gens qu’on ne remarque pas), hypnotique (l’hypothèse d’Alexandra), amnésique (la vision de Richard) ou psychique…

La chute, très étrange, du roman, montre Priest tentant de créer un lien entre invisibilité et fiction. Un invisible, un « glam », n’existe que parce qu’ont dit de lui (c’est le cas de Niall, tout au lond du roman). Etre invisible, c’est glisser dans la fiction…

Puis les dernières paroles de Niall semblent renverser la donne, ce sont les visibles qui deviennent fictionnels, le personnage fictionnel devenant auteur à son tour – et là, on rejoint les vertiges de la fontaine pétrifiante.

Quant à la fameuse carte postale (dommage que tu ne soies pas là, X) elle sonne comme une amère plaisanterie, un tour de force du diable/de Niall/de l’auteur pour secouer encore un peu plus notre sens des causalités.

Et vous, lecteurs du Glamour, qu’en pensez-vous?

Le glamour – Christopher Priest

C’est la première fois que je poste sur un livre avant de l’avoir fini. Sans doute pour essayer de faire partager ce sentiment très particulier que provoquent les livres de Christopher Priest…

Tout d’abord, un grand étonnement : comment se fait-il que cet auteur, un des plus talentueux que je connaisse, ne soit pas riche et reconnu? Il est publié dans l’excellente collection Lunes d’encres, mais il mériterait d’être connu bien au-delà du cercle des amateurs de genres, quels qu’ils soient. Utilisant parfois des ressorts du fantastique (le Prestige, le Glamour), de la fantasy (la fontaine pétrifiante) ou de la science-fiction (les extrêmes, la séparation, une femme sans histoire), l’oeuvre récente de Priest ouvre surtout des perspectives vertigineuses sur la perception, la réalité, l’écriture, l’humain.

Priest écrit avec un style un peu froid, amusé et parfois amusant. Ses personnages sont faciles d’accès, ses histoires commencent souvent dans l’Angleterre contemporaine, avec un sens très juste de la situations sociale, sentimentale, de ses personnages. On y croit. Pour un peu, on serait presque dans un roman français contemporain qui se prend la tête sur la vie sexuelle et artistique de l’auteur-narrateur… Mais attention, les choses ne vont pas rester aussi rassurantes longtemps. Chez Priest, deux récits du même évènement par deux personnes peuvent être radicalement différents et laisser entrevoir l’étrangeté même de la réalité. Le monde se déplie dans sa complexité, ce qui a été, ce dont nous nous souvenons, ce qui aurait pu être… La perception tremble, devient floue, nos assurances vacillent, on se laisse prendre par l’angoisse et la fascination.

Christopher Priest n’est pas un auteur de romans de genre (même si ses romans se rattachent vaguement à certains genres), ni un auteur de romans de distraction (même si ses romans sont distrayants). Il ouvre des portes sur le monde, il laisse entrevoir la nature réelle des choses. C’est un écrivain.

Et le Glamour, dans tout ça?

C’est un roman Priestien, qui correspond à tout ce que viens de dire. Je sens en permanence le sable se dérober sous mes pieds. C’est un vertige. J’ouvre les yeux, et je vois tout ce que je ne vois pas. L’invisible se dévoile. Ou est-ce moi qui suis fou?

Je n’en dirai pas plus. Pas envie de vous gâcher le plaisir. Ne lisez même pas le quatrième de couverture. Lisez Priest.

Spirou – journal d’un ingénu – Emile Bravo

J’apprécie tous ces albums « autour » de Spirou, qui ont tenté de dépoussiérer le personnage et la série. D’abord parce que j’aime la série d’origine, les albums de Franquin, de Fournier, de Tome & Janry…, ensuite parce que Machine qui rêve est une belle réussite en BD, je l’ai relue dix ans après sa parution et l’album reste excellent.
Le Journal d’un ingénu se place dans la même lignée : raconter de façon « moderne » les origines de Spirou, petit groom dans un hôtel, mêlé à de drôles d’histoires… Le récit se situe en 1939, l’orage gronde en Europe et un gamin roux court partout pour servir les clients.


Le récit, doux et tendre, évoque dans sa forme les Bds de l’époque (petite cases carrées, ligne claire « élastique » qui m’a rappelé les tous vieux Disney). Le scénario, habile, joue sur l’ambiance historique, sur la belgitude de Spirou (car il est connu que ces grands héros sont belges !) et sa concurrence supposée avec Tintin… L’album produit une impression intéressante, un peu album de famille plein de photo sépia, un peu boisson fraîche et acidulée, la fin (et l’unique pleine page) apportant leur note de gravité.
Une grande réussite.