Février 2012 – Poignée de pluie

Voici la suite des aventures tristes de Monsieur K dans un bientôt rétro-futur. Dans cette histoire, on trouvera une drogue mortelle, un beau dealer, des relations troubles et une scène d’action où notre héros ne brillera pas (Alex, lui, si).

On y entend aussi les chansons suivantes :

  • Welcome to the machine (Pink Floyd)
  • Paradise City (Guns & roses)
  • Handful of rain (Savatage)

Comme annoncé dans le billet précédent sur le sujet, cette livraison sera payante, 1 euro. Pour recevoir leur version des fichiers, les possesseurs de la version d’origine qui se feront connaître à l’adresse suivante (monsieurk [at] kloetzer.fr) devront me donner la première phrase de la p 57 (oui, je suis joueur, pourquoi ?). Dites-moi dans le mail le format que vous préférez (mobi, epub, pdf ?)

K. & Alex, vus par Mademoiselle

[Edit, avril 2016 : les liens présents ici sont supprimés, ces éditions n’étant plus disponibles]

Par ailleurs, ces éditions numériques ont été faites à la main, par un artisan qui débute. Toute remarque constructive à leur sujet donnera lieu à des corrections rapides et à des remerciements sincères. Elles n’auraient pu être fabriquées sans l’aide précieuse du tutoriel établi par Jean-Claude Dunyach et partagé à cette adresse. Je remercie également les éditions nestiveqnen pour leur soutien à cette initiative ! Bonne lecture à tous !

[Final edit : une édition numérique officielle de Réminiscences 2012 existe maintenant à cette adresse, aux éditions Multivers.]

Allah n’y est pour rien – entretien avec Emmanuel Todd

Voilà un livre très court, publié par @rret sur images. J’ai eu déjà l’occasion de dire la qualité du travail accompli par l’équipe de Daniel Schneiderman, dans le domaine du suivi médiatique et de l’analyse des phénomènes qui parcourent notre infosphère (pub gratuite : abonnez-vous chez eux ! Ce n’est pas très cher et l’information y est de qualité).

Il y a quelques semaines, @rret sur images avait invité le démographe Emmanuel Todd pour parler structures démographiques et révolutions arabes. Todd soutient en gros la thèse suivante : dans le cadre des bouleversements du monde arabe, l’islamisme joue un rôle très faible comparé à des tendances de fond : évolution du taux d’alphabétisation, baisse de la fécondité et du taux de mariages endogames. Pour lui, et il défend sa thèse brillamment, ces déterminants démographiques et anthropologiques pèsent plus sur l’évolution des sociétés que par exemple l’appartenance religieuse. Les développements qu’il en tire concernant les révolutions françaises et russes sont tout à fait intéressants.

Todd a été vu comme une sorte de prophète car il annonçait en 2007 les bouleversements auxquels nous avons assisté en 2011 (le rendez-vous des civilisations, avec Youssef Courbage). L’émission présentait un scientifique amusant, brillant, aimant prendre les gens à contre-pied, n’hésitant pas à provoquer un peu. Bref, un type plutôt sympathique.

Ce petit livre (reçu par participation à l’opération masse critique de Babelio) ne fait que reprendre l’entretien de l’émission, avec quelques questions en plus, afin de pouvoir diffuser ce contenu auprès des personnes n’étant pas follement excitées à l’idée de regarder 1h de WebTV. La modestie du projet est à la fois sa qualité et son défaut. Je trouve le livre un peu cher (même si je ne l’ai pas payé) pour 45 minutes de lecture chrono ne faisant que reprendre, sans grand approfondissement, les propos d’une (bonne) émission. Si vous êtes curieux, toutefois, vous aurez un accès facile et amusant à des théories tout à fait intéressantes sur la marche de nos sociétés et de l’humanité. C’est déjà ça !

Mes parents – Hervé Guibert

Ce livre a beaucoup de choses pour me déplaire. Etude de la relation de l’auteur avec ses parents. Souvenirs d’une enfance française moyenne, ni très heureuse, ni très malheureuse dans les années 60. Découverte de l’homosexualité.

Et pourtant c’est très bien. Parce que Guibert ne tient aucun discours général, parce qu’il ne défend aucune thèse. Parce que son livre est dense, épuré, constitué d’une collection d’impressions entrelacées, constituant un tableau plus vaste. Parce qu’il a le sens des mots, de leur poids, de leur puissance. Parce que son livré, malgré la médiocrité qu’il relate, n’est pas dépressif, mais plutôt drôle, acide, aimant, cruel. Parce qu’il parle de la possession, des corps, de la jouissance et de l’abrutissement. Par l’écriture, il touche à la vérité.

Le dragon Griaule – Lucius Shepard

J’ai découvert Lucius Shepard avec Aztechs, collection de récits publié voici quelques années par le Bélial. L’auteur m’avait enthousiasmé par sa capacité à présenter une vision fantastique du monde. Shepard ne fait pas partie de ses auteurs d’imaginaires ayant passé leur vie dans leur chambre (ou dans leur bureau). Ses récits parviennent à créer une vision brûlante, amère et dangereuse de la vie que nous connaissons.

Le dragon Griaule est une série de novellas tournant autour d’une région imaginaire d’Amérique du Sud et d’un antique dragon, de deux kilomètres de long, dont la masse paralysée surplombe une vallée. Le dragon est vivant, il rêve, il rumine, et sa volonté s’exerce de manière maligne sur son entourage… A partir de ce postulat énorme, Shepard tire des récits très différents, depuis une forme de conte allégorique jusqu’à l’histoire de procès hard-boiled. Certains thèmes reviennent, insatisfaction amoureuse, libre-arbitre vicié, fantasmes douloureux… mais les récits sont aussi variés dans leur style que dans leur traitement. On sent que la figure de Griaule s’est imposée à l’auteur et est revenue le visiter, malgré plusieurs tentatives pour se débarrasser de lui. La qualité des histoires est variable, allant de très bonnes à excellentes.

Je ne les résumerai pas individuellement. Si vous êtes un tant soit peu curieux, allez-y, vous ne regretterez pas le voyage. Shepard n’est pas un auteur difficile, il est facile d’entrer dans ses textes et difficile de les lâcher. Et ce qui ne gâche rien, le livre est beau, bien écrit, bien traduit. Il en existe même une version numérique à un tarif raisonnable.

Les grands écrivains nous révèlent le monde, non pas comme nous le voyons mais comme il est réellement, utilisant pour cela à toutes les armes légales ou pas, fantasmes, récits réalistes, mythiques, fantastiques, bouffons… Shepard en fait partie.

Le lac Vostok

En lisant cet article dans Le Temps (archives accessibles aux abonnés) on ne peut bien sûr s’empêcher de penser aux découvertes des expéditions Byrd, et surtout Dyer-Lake, puis Starckweather-Moore. Il est connu des milieux informés que tout n’a pas été dit sur ce que ces Américains ont trouvé en Antarctique dans les années 30…

Extraits de l’article :

Le lac Vostok va livrer ses premières gouttes, et ses secrets Après vingt ans de forage, les scientifiques russes auraient atteint cette célèbre étendue d’eau préservée, lovée depuis des millénaires sous la glace de la calotte polaire de l’Antarctique, et qui pourrait contenir des formes de vie totalement inédites
C’est une lorgnette qui s’entrouvre sur un monde mystérieux! Après plus de vingt ans de travaux, les chercheurs de la base russe de Vostok seraient parvenus dimanche à pénétrer dans le fameux lac du même nom, lové à 3768 mètres sous la calotte glaciaire de l’Antarctique, selon l’agence de presse Ria Novosti, citant une source proche des milieux scientifiques. «Mes collègues semblent l’avoir fait», confiait lundi au Temps Sergey Bulat, biologiste moléculaire à l’Institut de physique nucléaire de Saint-Pétersbourg. Dans cette poche d’eau douce qui n’a pas vu le jour depuis 14 millions d’années, les scientifiques comme lui espèrent trouver des formes de vie inédites. Mais pour cela, il faudra encore attendre une année, l’équipe ayant désormais quitté sa base avec la fin de l’été antarctique.

Confirmé par des mesures satellites en 1993, le lac Vostok est une étendue vaste de 15 500 km2enfouie sous le désert de glace austral, contenant 5400 km3 d’eau, soit un peu plus de neuf fois le Léman. Il n’est que l’un des quelque 200 lacs similaires, que certains scientifiques voient connectés par un vaste réseau de canaux. Ceux-ci estiment donc que l’eau n’y est vieille que de quelques dizaines ou centaines de milliers d’années, tandis que d’autres avancent que, stagnant, le liquide pourrait remonter à l’époque de la formation de la calotte, il y a de cela 15 millions d’années.

Depuis une trentaine d’années, les paléoclimatologues extraient de cette gangue de glace à Vostok des carottes pour tenter de reconstituer l’histoire du climat de la Terre. Vers la fin des années 1990, les Russes, se sont aperçus qu’ils avaient atteint la «glace d’accrétion», autrement dit l’eau du lac qui gèle au contact de la base de la calotte, et forme alors une couche distincte. Or, surprise: un groupe de biologistes américains emmenés par John Priscu, de l’Université du Montana, a assuré avoir décelé dans cette eau gelée une concentration importante de bactéries, soit autant d’infimes représentants d’une communauté biologique peut-être inconnue.

Janvier 2012 – Dream On

couverture de Julien Delval

 pour l’édition Nestiveqnen

Pour moi, 2012 a une signification particulière. C’est l’année durant laquelle se déroulent les aventures de Monsieur K., enquêteur privé au service d’une multinationale, du recueil Réminiscences 2012 aux éditions Nestiveqnen, publié en 2001 par Chrystelle Camus et Nicolas Cluzeau. Dans ces histoires, écrites entre 94 et 97, en hommage à Nestor Burma et au Temps du twist, de Joël Houssin, Internet balbutie, la terre est ravagée par un virus bizarre et notre héros travaille dans une tour de verre dans le quartier d’affaires d’une Ville où on reconnaîtra vaguement Paris, et plus sûrement le paysage psychique de l’auteur.

Le recueil comprend 12 histoires, de janvier 2012 à décembre 2012, avec leur lot d’enquêtes bizarres, de scènes d’action violentes et d’histoires d’amour pudiques.

Pour fêter dignement ce 2012 qui ne sera jamais, je vous propose de retrouver ces nouvelles en version numérique, une par mois de l’année, en commençant bien sûr par janvier.

Une nouvelle sur deux sera gratuite, l’autre payante (1 euro), ce qui permettra d’acheter l’ensemble du recueil pour six euros environ, sans DRM, en PDF ou en epub. Les textes seront disponibles sur lulu.com et amazon.fr et il y aura des bonus !

Enfin, les possesseurs de l’édition d’origine qui se feront connaître à l’adresse suivante (monsieurk [at] kloetzer.fr), et qui sauront me donner la deuxième phrase de la page 353 recevront par retour de mail l’édition pdf ou epub des nouvelles.

K. & Alex, vus par Mademoiselle

Voici donc, mesdames et messieurs, les frimas de Janvier 2012. Une histoire triste, avec des virus, des enfants malades, une carte de tarot (la reine d’épées), Monsieur K. qui n’est pas un détective et Alex, qui n’est pas son assistant. Enjoy !


[Edit, avril 2016 : les liens présents ici sont supprimés, ces éditions n’étant plus disponibles]

Par ailleurs, ces éditions numériques ont été faites à la main, par un artisan qui débute. Toute remarque constructive à leur sujet donnera lieu à des corrections rapides et à des remerciements sincères. Elles n’auraient pu être fabriquées sans l’aide précieuse du tutoriel établi par Jean-Claude Dunyach et partagé à cette adresse. Je remercie également les éditions Nestiveqnen pour leur soutien à cette initiative ! Bonne lecture à tous !

[Final edit : une édition numérique officielle de Réminiscences 2012 existe maintenant à cette adresse, aux éditions Multivers.]

New York New York – Martin Scorsese

Le pendu et Cecci ont vu New York New York, de Martin Scorsese

Ne le nions pas, nous aimons bien le travail de Marty, cinéaste baroque, souvent inspiré. Ici, la première scène est époustouflante, avec Jimmy en chemise hawaïenne cherchant par tous les moyens à tirer un coup le jour du V.J day, scène se terminant par une danse onirique, sans musique, éclairée par les passages du métro. Waow. Les scènes musicales sont scintillantes, les cuivres brillent, les décors de comédie musicale sont à la fois kitsch et chaleureux et les chansons sont très bien interprétées. Les dialogues fusent, je n’ai pas reconnu tout de suite Robert de Niro et il y a une vraie émotion dans la scène finale.

Dommage juste que le/les scénaristes aient oublié de raconter une histoire intéressante, plutôt qu’une success story sans grands enjeux ni suspense.

Hans was Heiri, à Vidy

Une scène noire, un DJ arrange des bruits de foule, des nappes, de la musique symphonique. Des tiges des balsa dessinent portes et fenêtres. La lumière vient, des personnages se mettent à danser, mais certains n’ont ni bras, ni tête, on met du temps à s’apercevoir qu’il s’agit de marionnettes. Plus tard, les corps des artistes se détachent de ceux des créatures qu’ils incarnent, quatre hommes et deux femmes aux démarches bizarres, aux habits criards, leur assemblage a quelque chose de dissonant, d’autant qu’ils se découpent sur un décor hyper géométrique de carrés et de rectangles.

 Le spectacle tient de la danse, du cirque et de la magie : sauts, acrobaties, manipulations, disparitions. Les idées sont très nombreuses : comment mettre une femme dans une boîte, comment tenter de faire tenir tous les personnages dans le cadre, comment s’asseoir sans tomber, comment tenir debout quand la maison tourne ?

La maison tournante est l’outil principal et merveilleux de ce décor, quatre cases montées sur une grande roue, pourvues de meubles, de portes, de passages secrets, une sorte d’immense machine à laver où les personnages seront secoués, accrochés, mixés…

Si le spectacle a une vraie exubérance, une jubilation physique, il est aussi très très décousu, flottant, faisant traîner les scènes, mettant les petites idées et les beaux moments au même niveau, noyant parfois sa créativité. Disons-le, on s’est ennuyés. Comme si les créateurs n’avaient pas laissé décanter assez les idées, n’avaient pas assez construit l’univers et les personnages. Je me dis que revoir ce show un an après sa création serait sans doute excellent, quand les parties molles en auront été retirées et que ressortiront les merveilles qu’il contient.

Car il y a des merveilles, c’est ce que j’en retiens finalement, des compositions graphiques étonnantes, mêlant incongruité des corps et géométrie des décors. La maison inquiète, la fille suspendue jetant des ombres sur le mur du fond, le gourou sur son plan incliné, les barres arrachant les personnages au sol, le majordome pédalant dans le vide… Il y a dans leur humour déglingué et dérangeant quelque chose des collages improbables de Plonk & Replonk. Une forme d’humour suisse ?

Une production Zimmerman & de Perrot.

PHOTOS
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MARIO
DEL CURTO

Mention
obligatoire

Delcurtomario@gmail.com

Si seulement je pouvais avoir peur, à l’échandole

Petite chronique d’un très bon spectacle pour enfant, vu au petit théâtre de l’échandole à Yvderdon, salle à la programmation éclectique de qualité.

Si seulement je pouvais avoir peur est une adaptation pour marionnettes d’un conte de Grimm, l’histoire d’un gamin qui recherche la peur, par la compagnie Pied de biche dont nous avions déjà apprécié le travail avec les Artpenteurs. Tentures rouges, visages blancs, grimaces inquiétantes, l’histoires est narrée dans une esthétique gothique, proche de celle de Tim Burton. Ben, le héros, est une créature pâlotte, sympathique et laide… On verra des fantômes, une momie, un lit monstrueux, une mystérieuse créature forestière, un paysan à la très longue et austère barbe noire, un roi sous sa tente aux crises de frayeur grimaçantes. Tout cela avec grandes orgues façon Hammer, voix inquiétantes… Et les plus petites regardant l’histoire à travers leurs doigts collés sur les yeux. La mise en scène est habile et énergique, mêlant humains et marionnettes (remarquablement animées, le meilleur travail que j’ai jamais vu en ce genre). 

Jouant sans cesse sur le recul, la dérision et l’incapacité de Ben à avoir peur de quoi que ce soit, le spectacle apprivoise la peur et fait rire plus souvent qu’à son tour, sauf peut-être quand la mort elle-même entre en scène…

Bref, c’est drôle, inquiétant, pour les enfants comme pour les parents. On recommande chaudement !

Dates de tournée ici sur le site de la compagnie.