La nuit de Saint Germain des prés (Nestor Burma) — Léo Malet

Oui, je sais c’est la couverture d’une édition italienne.Et alors ?

Se référer à mon billet précédent sur les rats de Montsouris pour lire des considérations générales, toujours valables ici, sur les enquêtes de m’sieur Nestor.

Ce roman-ci, situé dans le VIème arrondissement, commence par un long tunnel de bavardages entre le détective, un de ses copains barman et un écrivain à la fois fat et spirituel dans un « snack » de Saint Germain des Prés. Heureusement, les choses s’accélèrent une fois découvert le cadavre d’un jazzman noir dans une chambre d’hôtel. Suit alors une enquête réussie, entre poètes ratés, bandits à la recherche de bijoux et pervers amateur des Chasses du Comte Zaroff. Nestor Burma pose un regard dédaigneux et moqueur sur la manière de s’amuser des jeunes de St Germain, il est trop vieux pour ça, sans doute et n’est pas tellement fan de jazz. L’intrigue tourne autour de la cour rassemblée autour du fameux écrivain, Germain Saint Germain, vendeur de best-seller carbonisé par son succès. Le portrait de ces prétentieux et de ces paumés est réussi, sans méta texte ni moquerie particulière envers les auteurs du 6ème. Une bonne enquête, un bon cru, avec son lot de marioles… et de cadavres.

Les rats de Montsouris (Nestor Burma) — Léo Malet

Je me suis lancé dans un cycle de relectures des histoires Nestor Burma. M’sieur Nestor, avec sa pipe à tête de taureau, ses vannes d’ancien anar revenu de tout et sa culture à géométrie variable a toujours été un de mes héros préférés, parce qu’il est à la fois cynique et romantique, sensible et dur à cuire, qu’il se prend des coups sur la tête et des mauvaises nouvelles mais qu’il continue à aller de l’avant.

Je relis ces romans tous les dix ans environ, il faut croire que le moment était revenu.

Relire, c’est redécouvrir. Le charme des histoires de Nestor Burma repose sur deux choses importantes: la France et surtout la ville de Paris des années 40 à 60, évoquées par quelqu’un qui y était et qui l’aimait. Et le style. Léo Malet, le chroniqueur du détective, écrit bien, mariant avec élégance imparfaites du subjonctif, jeux de mots tordus et morceaux d’argot. Les romans sont parfois écrits un peu vite, mais ont souvent des dialogues bien balancés et des morceaux de bravoure, scènes d’ambiance ou moments oniriques (où l’on se rappelle les vieilles accointances de Léo Malet avec les surréalistes)

En relisant, je me rends aussi compte de la vision sociale véhiculée par ces récits. Nestor Burma voit de tout: des paumés, des étudiants, des bourgeois, des bandits et des flics (et des cadavres, sa spécialité), la coupe sociale est transverse. M’sieur Nestor est aussi un gros macho, plus très objectif quand une jolie minette bien balancée se présente à son burlingue, même s’il est toujours courtois et correct avec les dames, qui sont fréquemment ses clientes, et qui le paient plus rarement.

Par ailleurs, dans mes lectures précédentes je n’avais jamais été attentif à la présence des Arabes ou des Juifs. Mais la guerre d’Algérie est bien présente, en sourdine dans les récits des années 50/60… Sur la fin de sa vie, l’auteur semble avoir viré vieux réac xénophobe. Burma l’est peut-être devenu en vieillissant, quand il a vu le monde qu’il avait connu lui échapper. Dans les années 50 des récits, les Arabes semblent surtout vus comme des étrangers, ni aimables, ni détestables, plus souvent accusés que coupables.

Voilà pour la partie générale. Je ne m’étendrai pas trop sur le roman les Rats de Montsouris, enquête dans le 14ème arrondissement, lu pour voir si nous retrouvions nos repères dans cet endroit où nous avons vécu. Le 14ème d’alors est bien plus popu et cradingue que maintenant, s’étalant entre les bourgeois de Montsouris et les rades pourris derrière Montparnasse. Le roman est une enquête autour du meurtre d’un truand et d’une série de cambriolages, et comprend quelques jolies scènes. Le premier chapitre, pur scène de film noir avec types crasseux jouant au billard sous une ampoule miteuse, est un très beau morceau. Suivi d’une errance cauchemardesque dans la nuit d’août étouffante. Les clins d’oeil surréalistes et le personnage de l’ancien avocat général marié à la fille trop jeune d’un homme qu’il a expédié à la guillotine sont aussi très réussis. Bref, une bonne enquête et un bon cru dans la série des Nouveaux mystères de Paris.

Et on appréciera toujours chez Leo Malet le soin mis à boucler de bonnes intrigues, solides et carrées, que l’amateur de mystères policiers aura plaisir à découvrir.

Europa report – Sebastián Cordero

J’ai vu ce chouette film sur recommandation de GD avec la note suivante: « tu verras, ils parlent du lac Vostok » (de fait).

On a là le récit de la toute première expédition humaine vers Europa, grosse lune glacée de Jupiter, abritant sous sa couche de glace un océan liquide. 

Le grand plaisir de ce film est qu’il traite de façon réaliste un voyage spatial. Le profil des personnages est crédible, leurs réactions compréhensibles et les machines sont lourdes, compliquées et tombent en panne au mauvais moment, comme dans la vraie vie. Le résultat est tout à fait crédible et crée un suspense technique qui marche très bien.

L’autre bon parti pris du film est qu’il s’agit d’un « lost footage movie », les images provenant de l’enregistrement par les caméras du bord. Le réalisateur en tire quelques effets formels réussis, qui ajoutent à la véracité du propos. Bref, une bonne surprise !

Europa report a fait vibrer mon petit cœur d’exporateur spatial. Si le décollage d’une fusée vous émeut plus que la photo d’un bébé chat, ce film pourrait vous plaire.

La lune est blanche – Emmanuel et François Lepage

La lune est blanche est un gros album mêlant bande dessinée et photo, documentaire et autobiographique relatant le reportage des frères Lepage, l’un dessinateur, l’autre photographe, entre la Terre Adélie et la base de Concordia, située au dôme C, en Antarctique. 

La progression dramatique de l’album (puisqu’il y en a une) est construite sur la manière dont les deux frères vivent ensemble leur rêve de voyage, dont ils font face aux reports, retards, délais, à la manière dont le court été austral bouscule tout. Même s’il est plus facile de rejoindre le continent blanc maintenant qu’au début du XXème siècle, le traversée n’est quand même pas une mince affaire et les renoncements sont nombreux. L’aspect chronique personnelle et intime des frustrations ne me convainc pas beaucoup (comme il ne me convainc pas en général dans ce genre de livre mêlant reportage et chronique, comme le Photographe de Guibert ou les albums de Guy Delisle, par exemple).

Ceci dit, le livre est magnifique.

Mêlant peintures et photos, remarquablement entrelacées, éléments historiques et récit contemporain, interviews, peintures de trognes et considérations techniques sur les véhicules du raid ou la station Concordia, il s’agit là d’un magnifique reportage sur ce que c’est que l’Antarctique maintenant, avec les rêves qui y sont associés (Shackleton, Charcot, Paul Emile Victor…). Le dessin et la peinture permettent de lier ces dimensions

, imaginaires et réelles, comme elles se lient en chacun de nous. On part en voyage avec les deux frères, on capte du coin de l’œil les nuances de la glace, on s’endort, épuisé, au volant des tracteurs avançant sur la neige molle de l’inlandsis et on embrasse des inconnus en arrivant là-bas, tout en bas du monde, à Concordia.

L’île au trésor – Stevenson

La carte de l’île au trésor,

dessinée par R.L. Stevenson .

Une auberge en Angleterre au bord d’une crique isolée. La lande, le vent, les embruns. Un vieux flibustier débarque, qui règle ses consommations en pièces d’or venues de loin. Bientôt il s’installe à demeure, ne paie plus et terrifie tous et toutes. Le jeune Jim Hawkins, fils de l’infortuné aubergiste,  se demande ce que le terrible vieux marin transporte dans son coffre toujours fermé…

Il ne sait pas encore (mais le lecteur et les lectrices, eux, le savent), que tout cela le conduira au delà des mers, à bord l’Hispaniola, jusqu’à une île déserte. Alors on verra bien si les armateurs ont bien fait d’embarquer, comme cuisinier pour le navire, le fameux marin à une jambe, Long John Silver, dit Barbecue…

Je viens de finir de lire ce livre à Rosa et à Marguerite. Elles ont été terrifiées, elles ont vu voler les coutelas, tirer les mousquets. Elles ont été passionnées, ont soupesé chaque choix de Jim, et les actions des protagonistes, le capitaine Smolett, le docteur Livesey, Silver lui-même, réfléchissant à ce qu’elles auraient fait, à leur place. Elles ont vu l’île, ses marais, ses brumes, ses collines, son fortin. Elles ont été perdues en mer et sur la terre. Et sursauté quand dans le fortin endormi, le perroquet se met à hurler « Pièces de huit ! Pièces de huit ! »

C’est au moins la quatrième fois que je le lis, et c’est encore mieux à chaque fois. Une fabuleuse histoire de pirates, un fabuleux livre pour les enfants, un art de la narration incroyable. L’aventure, les amis, l’aventure !

Pièces de huit !

L’Hispaniola, par Geoff Hunt

La Mouette – Chiten

 

Konstantin « Kostia » Treplev est le fils d’une actrice célèbre acoquinée avec Grigorine, un écrivain à succès, et il ne le vit pas très bien. Au point d’avoir tenté de se suicider. Sa tentative de monter une pièce expérimentale avec la belle Nina ne sera pas non plus un succès, on peut dire que Kostia ne va pas très bien.
Le lecteur attentif reconnaîtra ici l’argument de la Mouette, de Tchekov, que nous avons donc vue, mise en scène par la troupe Chiten (« le point »), venue du Japon jusqu’à Romainmôtier dans le cadre de l’excellent festival des Scènes du chapiteau. Une pièce russe,  jouée en japonais surtitré dans un village perdu du Nord-Vaudois, pour un moment pleinement dépaysant.
Le jeu des Japonais est une expérience sensorielle forte, un engagement de tout le corps et de toute la voix, le flux de mots et de paroles devenant comme une expulsion de l’âme, une grande pulsion psychique nous jetant, par la matière sonore même (cris, syncopes, halètements) jusque dans l’état interne des personnages. L’expérience est intense, pas facile, renforcée par la petitesse de la salle et la proximité des acteurs, et le résultat est exceptionnel. On n’assiste plus aux évènements mais à quelque chose de beaucoup plus étrange – la mise en scène de Chiten semble nous plonger dans l’esprit même de Treplev, au cœur de ses tourments. On n’en sort pas indemne.

PS: je sais que le temps du blog n’est pas celui de l’actualité, mais il reste paraît-il quelques places pour l’unique représentation de samedi 22 août, 18h30. Informations de réservation sur le programme du festival.

[Mise à jour] une autre représentation serait prévue ce dimanche, 15h. Se renseigner auprès de la direction du festival. 

Je parle de la scène. Maintenant, je ne suis déjà plus… Je suis déjà
une véritable actrice, je joue avec bonheur, avec exaltation, la scène
m’enivre et je me sens éblouissante. Et maintenant, depuis que je suis
ici, je sors tout le temps marcher, je marche et je réfléchis, je
réfléchis et je sens que, de jour en jour, mes forces spirituelles
grandissent…

Complications – Nina Allan

L’Angleterre, de nos jours, entre Londres et les stations balnéaires de la côte sud, Hastings, Brighton…
Dans la première nouvelle de ce recueil, un écrivain imagine un personnage nommé Martin Newland. Dans la seconde, Martin vit une relation étrange avec sa soeur Dora, disparue. Dans la troisième, le personnage disparu est le frère du narrateur, qui le hante comme un fantôme, et les récits s’enchaînent et se déploient, situés dans des univers, des espaces à quelques pas l’un de l’autre, comme des scintillements à la surface d’un liquide. Et dans chaque histoire (ou presque) le narrateur se voir remettre une machine trans-temporelle: une montre, le plus souvent.
Complications est un recueil composé de six nouvelles, qui toutes peuvent être lues indépendamment mais qui forment un tout par les images qui les unissent : une certaine atmosphère, des personnages disparus, la présence d’un certain homme sur la plage qui semble ne jamais vieillir… Il est question de voyage dans le temps – peut-être, mais surtout de mémoire, de souvenirs qui hantent et infusent l’existence. Une belle et subtile orfèvrerie littéraire.

Réminiscences 2012 en numérique

Réminiscences 2012 raconte les enquêtes de Monsieur K., un homme qui n’est pas vraiment détective privé, ainsi que d’Alex, un garçon qui n’est pas vraiment son assistant. On y trouve des morceaux d’un futur qui n’a jamais été, du rêve et de la mélancolie.

J’avais tenté l’autopublication en numérique début 2012, mais le travail à fournir pour produire un epub de qualité m’avait dépassé. Ce sont finalement les éditions Multivers qui se sont chargées de cette part du boulot, qu’elles en soient remerciées. Comme souvent, cette édition numérique est augmentée par rapport à l’édition papier.

Je vous invite bien sûr à explorer leur catalogue !

Et bien sûr, pour commander le livre, c’est ici !

Voici ci-dessous l’avant-propos, rédigé spécifiquement pour cette édition.

——

C’était le futur.

J’ai
écrit les « histoires de monsieur K. » pour moi-même et pour mes amis
entre 1994 et 1997. En premier, Monsieur
K. sauve le monde
(l’histoire où il échoue), puis …court la poupée, dont le titre montre bien l’influence qu’avait
alors sur moi Léo Malet, puis enfin Dream
On
, car il fallait bien que tout commence. Ces histoires étaient l’auto-fiction
d’un avenir qui n’arriverait jamais (2012 était à plus de quinze ans de là, trop
loin pour jamais advenir), elles sont devenues le portrait d’un garçon qui a
disparu.

J’ai
proposé le recueil à Nicolas Cluzeau en 1998, qui l’a pris pour les éditions
Nestiveqnen. Chrystelle Camus en a dirigé la publication avec une grande
conscience professionnelle, malgré le faible potentiel commercial du recueil.
Le livre a fait une sortie discrète en 2001 sous une couverture pulp de Julien
Delval.

Je
suis très attaché à ces douze récits qui, de tout ce que j’ai publié, m’ont
valu le plus de courriers de lecteurs et de lectrices. D’une certaine façon,
c’est mon livre préféré. Il a été fait sans arrière-pensées, sans expérience,
sans rien savoir. Il dissimule les graines de tout le reste. Jaël s’y trouve,
et le monde corporate de CLEER, et la
femme mystérieuse de l’Anamnèse ainsi
que les Porteurs Lents de l’après cataclysme. De nombreux éléments de ma propre
vie future s’y trouvent également, ce qui laisse rêveur quant au pouvoir des
prophéties…

Je
ne l’ai pas réécrit (malgré la tentation), mais j’y ai ajouté deux récits
supplémentaires, rédigés après la parution du livre : Qu’importe le flacon a été écrit d’après une image de Florence
Magnin pour le très beau livre Terra
Incognita
, porté par Karen Guillorel et Mickaël Ivorra. Dans monsieur K. est en haut, notre héros
s’aventure dans un petit pays alpin où j’ai fini par m’installer. Cette
parution pour les éditions Multivers leur permet d’intégrer le cycle de façon
plus officielle !

Messieurs,
mesdames, bienvenue en 2012 !

Sunset – Tale of tales

Je dois à David Calvo la découverte de ce petit studio indépendant de jeux vidéos. Leurs productions sont toujours expérimentales, d’une façon ou d’une autre, cherchant les limites du médium. En y jouant, vous ne serez pas dans votre zone de confort ou de distraction, il faudra adopter un autre regard, se décaler, mais croyez-moi, ça vaut le coup.

Après un univers onirico-biblique (Fatale, excellent), un trip de SF durassienne (si, si) plutôt bien fumé (Bientôt l’été), Tale of tales nous emmène dans en 1972, en Anchuria, un pays imaginaire d’Amérique centrale. On y joue Angela, la femme de ménage noire d’un homme riche de la capitale. Angela est une étudiante américaine, coincée en Anchuria par la crise politique qui y sévit et lui interdit de quitter le pays. Toutes les semaines, elle vient passer une heure juste avant le coucher du soleil dans l’immense appartement d’Ortega, qu’elle ne croise jamais. C’est cette routine que Sunset vous propose de jouer. Une heure en quasi temps réel dans un appartement vide, à observer les traces de la vie d’un homme. Une fois admis cet étrange point de départ, Sunset déploie tout son charme. Le jeu vidéo est un moyen ici pour enclencher l’imagination. A partir de l’immersion subjective, on se retrouve à observer les détails peuplant l’appartement, à écouter la rumeur montant de la rue, à allumer un feu dans la cheminée du patio, à lire les titres des livres abandonnés par le maître de maison, tout en entendant parfois les pensées intérieures d’Angela. L’histoire alors se situe tout autant dans l’explicite que dans l’implicite, dans ce qu’on en fait, ce qu’on en crée. Vague inquiétude, voyeurisme, et charme étrange de la routine, chaque visite étant à la fois identique et différente. Les ombres s’allongent, lumières sont belles, on se surprend à s’asseoir dans un fauteuil du maître de maison en sirotant un verre et observer en rêvant le soleil se coucher. Une expérience unique.

PS: j’ai vu que les créateurs du studio Tale of tales annonçaient qu’ils allaient cesser de faire des jeux. Quel dommage !

Ronin – John Frankenheimer

Parfois, on se surprend à regarder des films qui à la base ne nous disaient rien. Tenez, celui-ci par exemple. Un vrai film d’action à la papa, sorti en 98 mais qui aurait pu être fait dans les années 70.

On y trouve: des poursuites interminables en voiture, un Mac Guffin tout à fait assumé, des flingues, des scènes qui se passent en France insistant bien sur le pittoresque (mais tournées sur place), sans qu’on aperçoive aucun ordinateur ni aucun téléphone portable (ou à peine). L’histoire aurait lieu dans les années 60/70, ça aurait été pareil, j’ai cru en voyant le film que De Gaulle était encore au pouvoir. La quantité de Citroën qui se font bousiller sans effets spéciaux aucuna dû suffire pour soutenir la production automobile en France pour l’année du tournage.

On y trouve surtout : des Hommes, avec un gros H. Des tatoués, des burnés, à l’ancienne. Pas des petits minets, pas des frimeurs musculeux, mais des costauds, qui ont l’expérience et le cynisme désabusé de ceux qui font ce qu’on leur dit, mais à qui on ne la fait pas.

Au fond, la seule fausse note, c’est d’avoir donné le rôle du héros à Robert de Niro. C’était un personnage pour Lino Ventura.