L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

Elena Greco, dite Lenu, grandit dans un quartier pauvre de Naples durant les années 50. Sa meilleure amie, Lila, est sensible, brillante, arrogante, inadaptée. Ce roman raconte leur enfance et leur adolescence, entre les familles pauvres et brutales, la jalousie, la rivalité, le combat pour la réussite scolaire, jusqu’au mariage de Lila.

Ce roman (en fait, ce livre n’en est que la première partie sur quatre) est un best-seller mondial et c’est plutôt mérité. Le récit très lent, très détaillé, explore tout des sentiments et des mouvements du coeur de ses héroïnes, le couple Elena/Lila. C’est un livre qui parle des femmes, de leur rôle, de leur place, de l’éducation, des ambitions, de l’amitié pour quelqu’un de plus brillant que soit, de l’envie d’ascension sociale, de la naissance, en Italie, de notre société capitaliste, de l’apprentissage politique, de la sortie de la misère… Les thèmes sont nombreux et tous intéressants.

Moi qui déteste les récits longs de feuilletonants, je me suis laissé prendre à écouter (oui, je l’ai découvert en livre audio) 10h30 de récit hyper-détaillé, où les choses ne se passent jamais exactement comment les personnages se le figurent ou se l’imaginent. Le travail de romancière est remarquable, c’est du très très beau travail. Roman réaliste, social, féministe, difficile à lâcher, même pour un adepte comme moi des textes courts. C’est un travail magnifique et notamment (mais pas seulement !) un très bon roman pour écrivains.

Ecouté via l’année en non-mixité (et j’en ai encore pour un moment…)

Mary, Queen of Scots – Josie Rourke

Au BH2 Odeon, magnifique multiplexe tout neuf de Bournemouth (UK) nous avons vu dans d’excellentes conditions un film historique en costumes, sur la rivalité-proximité entre Mary Stuart et Elizabeth Ière.

Disons-le tout de suite, ce n’est pas bon. Récit sans enjeu, sans grandes idées, à l’historicité sans doute sujette à caution (mais je m’en moque), avec des financements de l’office du tourisme écossais (oooh, les beaux paysages).

Alors plutôt que de me laisser captiver, j’ai profité de l’excellente condition de diffusion pour regarder en quoi le film suivait l’air du temps. Réalisé par une femme, il approche les personnages par le biais d’une sensibilité féminine – ok – très contemporaine – moins ok : je ne pense pas que ces femmes étaient en vérité aussi nombrilo-centrée qu’on nous les dépeint. D’ailleurs, à part les femmes de pouvoir, de femmes on n’en voit pas tellement dans ce récit. Quelques belles tronches de mecs, qui me faisaient penser à mes copains qui font du GN et de la reconstit’ : beaux costumes histo posé sur des humains du XXIème siècle aux bonnes dents et à l’air en bonne santé. Sauf peut-être le frère de l’héroïne avec sa belle barbe… Je me suis aussi demandé en quoi l’esthétique de ce film devait à celle, gritty-fantasy, de GoT. Des types en noir, des armes qui claquent, quelques trucideries un peu cracra, (peu de) scènes de sexe un peu crues. Bon.

J’ai bien aimé la scène avec le poulain, celle de l’accouchement, celles avec le bébé. Saorise Ronan tient joliment le rôle avec son visage très étrange. J’ai mis du temps à reconnaître la petite employée de pâtisserie du Grand Budapest Hotel. Le personnage du musicien inverti est joliment troussé.

Moralité, j’ai eu envie de revoir le film Elizabeth the virgin queen, avec Cate Blanchett, dont j’avais aimé à l’époque l’approche baroque et un peu bancale, mais je me demande si je marcherais. Le spectateur de maintenant est un peu trop blasé, peut-être même Cate, que j’admire, ne parviendrait plus à me convaincre.

Envie aussi de relire Gloriana, tiens. Et de jouer de nouveau dans ce beau et sanglant 16ème siècle.

Le cantique de l’apocalypse joyeuse – Arto Paasilinna

Ce roman post-apocalyptique est une de mes lectures préférées de l’année passée, merci à l’amie qui me l’a offert et qui se reconnaîtra. Ca se passe en Finlande, tout au nord de la Finlande, pas bien loin de la mer blanche, au bord du lac d’Ukonjärvi. Là-bas, un vieux communiste mourant a demandé à ses héritiers (pas spécialement croyants) de bâtir une église. Alors, comme ce sont des gens organisés et honnêtes, et bien ils bâtissent une église, autour de laquelle se rassemble un groupe d’écolos, de paysans et de gens plus ou moins branque. Puis arrive la fin du monde, et nos habitants continuent leur vie (non sans changements) à travers les temps de chaos et de guerre nucléaire, avec une sorte d’obstination et de bon sens sympathiquement borné.

Ce roman m’a fait penser un peu à l’homme qui savait la langue des serpents (ça se passe un peu dans le même coin), à cause de son humour très particulier, du regard caustique et tendre posé sur les gens et du grand sérieux avec lequel le récit est traité. 

C’est un livre dans lequel on se sent bien, malgré son sujet pénible. Une lecture joyeuse, un peu folle, étrange, paradoxale. Un très grand livre.

A nos chevaux – Dominique Manotti

Une autre enquête du commissaire Daquin, le flic homo et hédoniste dont on a fait la connaissance dans Sombre Sentier et Or Noir. 

Une bonne enquête policière qui commence par l’assassinat d’un flic, passe par une certaine ville des hauts de Seine, décrit un club de foot qui pourrait être le PSG en pleine ascension et montre des magouilles dans le domaine de courses de chevaux.

L’histoire est bien, bien menée, très nerveuse. Comme toujours chez Manotti, l’analyse politico-économique est super et, dans celui-ci, les personnages sont réussis (notamment le flic breton amateur de chevaux). Plusieurs scènes (l’infiltration des jeunes flics dans une fête à la coke, l’interception de la cargaison de drogue, le fils à papa en garde à vue…) sont bien envoyées et impressionnantes.

A part ça, le policier européen qui décrit ce qu’il mange, c’est un trope ? (Carvalho, Montalbano, Daquin… dans l’ordre décroissant de l’obsession pour la bouffe). 

 

Ah, et une dernière remarque, j’ai toujours trouvé la vanne qui donne son titre à ce livre affreusement vulgaire.

Prédator 2 – Stephen Hopkins

Dès fois, on a des envies bizarres, comme de revoir Prédator 2

Dans une Los Angeles un peu SF, écrasée par la guerre des gangs et la canicule, un ET bien brutal et tribal démolit les gangmens les plus terribles et finit par affronter un flic super balaise.

C’est du gros film d’action qui tache, mais qui passe encore bien. Beaucoup de sang, un peu de sexe (les gangsters aiment bien s’entourer de filles avec les nénés à l’air). Les gangsters noirs sont méchants. Les gangsters latinos sont méchants AUSSI. Les flics blancs sont méchants. Le héros noir est hyper violent. Mais gentil.

Certaines scènes, comme la poursuite du Predator dans l’entrepôt frigorifique ou la scène du métro, sont vraiment très bien. Le film fait exploser mille fantasmes de violence.

Le plus étonnant du film: réussir à faire croire que Danny Glover est un gros costaud (alors qu’il a une stature plutôt normale).

Bien connu des services de police – Dominique Manotti

Lecture de Manotti, suite.

Je pensais, je ne sais pas pourquoi, lire un roman sur les émeutes de 2005. Peut-être parce que ça se passe dans le 93 (dans une ville imaginaire).

Bien connu est une chronique des dysfonctionnements d’un commissariat de banlieue soutenu qui applique à fond la politique répressive de N Zykosar, ministre de l’intérieur adapte du nettoyeur haute pression. Magouilles, trafics, politique du chiffre, refuse de dépôt de plainte, flics plus ou moins louches et une poignée de gens honnêtes dans tout ça qui croient en la profession.

Je ne doute pas que la police française ait des soucis, mais la barque est-elle aussi chargée que la décrit Manotti ? C’est du paint it black complet, assez pesant.

Au milieu de tout ça, de belles scènes (sans doute inspirées de faits réels), des interpellations qui partent en sucette, de la prison indue et quelques personnages bien faits. Ca reste une lecture intéressante.

Curieusement, je trouve que le roman se termine en eau de boudin. Il y a une suite ?

Mad Max, Fury Road – George Miller

 

 

Une petite note pour me rappeler que j’ai vu ce film, merci Antoine ! 

Une scène d’action quasi non stop de près de deux heures. Des images qui envoient du bois. Du baston presque tout le temps (oui, le mot baston peut-être masculin). Un personnage, l’impératrice Furiosa, vraiment très très très badass (le mot a été inventé pour elle).

Boum, vroum, vroum, boum encore et BOUM !

J’ai bien rigolé. J’ai aimé.

Nous qui n’existons pas – Mélanie Fazi

Ce petit livre est une sorte de coming out pour l’autrice (qui est une collègue et une amie). Elle y révèle comment elle s’est découverte « lesbienne non pratiquante »  (ce n’est pas la façon la plus juste de la décrire, mais l’expression est d’elle et elle est drôle), mal à l’aise avec la notion de couple telle que la société la propose et heureuse dans sa solitude.

L’essai est bref, sincère et sans doute utile, pour ceux et celles qui s’y reconnaîtront et pour Mélanie elle-même. Je vais le garder dans ma bibliothèque et le prêter plus loin si le besoin s’en fait sentir.

Deux remarques plus personnelles sur le livre:

  1. Ceux qui me connaissent savent que je fréquente certains milieux catholiques. Pour un catholique, n’être pas intéressé par le couple ni par les relations sexuelles et aimer la solitude n’a rien de surprenant et est un choix de vie tout à fait commun. (Et c’est sans doute le cas dans de nombreuses autres sociétés)

  2. Mélanie est une écrivaine qui raconte des histoires plutôt contemporaines. Ses considérations sur la façon, en tant qu’écrivaine, de mettre en scène des personnages ayant des désirs et des amours qu’elle ne connaît pas sont tout à fait intéressantes et souligne bien cet art de l’illusion qu’est la fiction. Bravo l’artiste, je ne m’étais douté de rien !

Mes vrais enfants – Jo Walton

Patricia grandit en Angleterre pendant la deuxième guerre mondiale. Faisant des études à Oxford ou bien Cambridge, je ne sais plus, elle est courtisée par Mark, un type un peu fat et un peu froid. Mark la demande en mariage en urgence (et non, ils n’ont pas encore couché ensemble). « C’est maintenant ou jamais ».

Patricia dira-t-elle maintenant ? Ou bien jamais ?

Le roman décide de nous raconter deux vies de Patricia, l’une où elle se marie, l’autre où elle repousse Mark. Deux vies différentes, durant lesquelles Patricia fera des enfants (avec Mark ou sans lui), des choix de vie et de carrière différentes dans des mondes de plus en plus différents.

Mes vraies enfants est une uchronie intime, qui raconte tout autant les deux vies possibles de l’héroïne que les deux mondes possibles dans lesquelles elle vit et qui, SPOILER ALERT !, ne sont le nôtre dans aucun des deux cas.

C’est aussi un beau roman féministe, qui évoque une femme très vraie qui pourrait être la grand-mère de l’autrice, qui parle des joies et des malheurs de la vie de couple et de famille, de la force et des soucis que les enfants apportent à leurs parents. 

Là où un écrivain de roman familial aurait tiré trois tomes de ces deux vies entremêlées, Jo Walton nous donne un récit d’écrivain de SF, qui se concentre sur les faits et le world building. C’est un choix littéraire qui rend le roman court et dense (c’est bien) mais qui, je pense, l’affaiblit un peu et en fait une œuvre plutôt théorique. Mais c’est aussi la manière dont les deux vies se mêlent et se percutent qui provoque les effets de sense of wonder du livre. Waow.

La nature exposée – Erri de Luca

Un montagnard passeur de migrants et sculpteur à ses heures se fait engager par un curé plutôt cool afin d’enlever le pagne ajouté à un Christ en marbre de 1900. Il va devoir lui sculpter un nouveau membre viril, une nouvelle nature, comme on dit chez lui.

C’est du pur Erri De Luca : bien à gauche, montagnard, râpeux, érudit, très dense et très intéressant. C’est un roman masculin, qui parle de la masculinité, de l’âge, un peu des femmes et de la nudité du Christ. De Luca est le plus croyant des non-croyants, je me reconnais bien dans ses pensées sur Dieu (ici, Dieu est celui des trois religions du Livre)

Les scènes de montagne sont très belles. Les scènes de ville aussi (à Naples et à Gênes). A lire lentement comme on boit un whisky un peu trop fumé. Si vous aimez ce genre de boisson, vous aimerez le De Luca.