Mais quelle comédie ! — A la comédie française


Mais quelle comédie ! est une pièce dansée et chantée montée par la troupe de la comédie française pour célébrer ses retrouvailles avec le public après les très longs mois de confinement. Et, à en juger par l’accueil très chaleureux de la salle, c’est tout à fait réussi. La troupe a monté un spectacle à numéros inspirés par les grands moments de la comédie musicale à l’américaine, le music-hall, l’opérette, la chanson de variété (de Brel à Barbra Streisand)…

Les musiciens sont présents sur scène (et très bons), les actrices et acteurs du français savent jouer, chantent fort honnêtement, dansent plutôt bien. Le programme annonce que la pièce est née d’un travail de réflexion et de partage sur leur métier d’acteurs, la joie de faire partie de cette troupe extraordinaire, les peines particulières liées à ce travail. Un numéro très touchant montre Elsa Lepoivre (que nous avions admirée dans Lucrèce Borgia) montant trois fois sur scène la même journée pour trois pièces différentes tout en attendant un message d’une personne chère dont on ne saura rien. Ce passage est de loin le plus émouvant de la soirée (et par les dieux de l’Olympe, quelle actrice ! Même quand elle joue une bribe de bribe du rôle, on l’entend, elle sonne et résonne…)

Quelques autres (brefs) moments rendent compte de cette vie du théâtre et sont touchants. Pour le reste, ils se cachent et font les guignols pour faire rire. J’ai trouvé les numéros de music-hall poussiéreux, certains moments (le bègue, la voyante) carrément embarrassants. Il y avait de jolie choses dans le reste (Serge Bagdassarian chantant la quête, certains passages dansés) mais je n’ai presque jamais adhéré à ce pot-pourri concocté par des gens talentueux. Le public, lui, a aimé et les acteurs paraissaient heureux. Moi, je n’étais pas avec eux.

Alain le Foll — Au palais lumière

Je ne sais pas si Alain le Foll est un maître de l’imaginaire, comme le prétend le sous-titre de l’exposition, mais cet illustrateur, disparu en 1981, est un artiste passionnant à découvrir.

Nous avons beaucoup apprécié qu’une expo soit consacrée à un artiste qui a commencé sa carrière dans la pub, puis est passé par le dessin de presse et le livre pour enfants. Je ne connaissais pas son nom mais en découvrant ses images, je me suis trouvé dans un terrain de mémoire familier, comme si je les avais aperçues durant mon enfance. Le Foll a un dessin très précis, avec des objets et personnages « réels » qui se mêlent à des fleurs et plantes psychédéliques.

L’expo mène de manière intéressante de ce travail « commercial » à un travail personnel de dessins et de lithographies. Le Foll a fait de très beaux travaux sur les paysages, explorant les formes, les lignes et les couleurs (voir le paysage africain, ci-dessous – ses visions des rochers des îles anglo-normandes poussent dans l’abstraction). Une salle plus profonde encore nous emmène dans l’étrange (-1D3 points de SAN), avec des images qui s’intéressent au lien entre l’animal, le végétal et le minéral, avec des anatomies impossibles, des visions de tubes, de tiges et d’articulations harmonieusement arrangées.

Bravo aux organisateurs de cette expo, pour le choix du sujet et l’art des arrangements qui nous emmènent loin dans l’univers de cet artiste !

Illustration tirée de C’est le bouquet, livre avec Claude Roy.
Extrait d’une série de dessins de pub pour la 2CV. On dirait presque des dessins pour J’aime lire.
Illustration pour les 1001 nuits.
Paysage
Anatomie

Une vie (Winston Smith 1903-1984) – Christian Périssin, Guillaume Martinez

Cette série de cinq livres évoque la vie d’un fameux écrivain et journaliste britannique qui a traversé le XXème siècle et ses souffrances. Si les périodes évoquées vous intéressent et si les constructions littéraires alambiquées vous stimulent, ces bandes dessinées sont pour vous. Après les images ci-dessous, je vais spoiler à mort. Vous êtes prévenus !

Avec son dessin faussement sage et son sujet historique, je m’attendais à de la BD histo un peu académique comme il s’en publie plein et que je comptais lire pour profiter des recherches des auteurs et me plonger dans les périodes durant lesquelles j’aime jouer et faire jouer des histoires.

Mais le projet est tout autre. Cette bio est imaginaire et en même temps tissée de vrai. Elle est un joli tour de magie visant à nous faire croire à son auteur, nourrie d’autres vies réelles, les éclairant et nous les faisant voir différemment, notamment celle d’Eric Blair / Georges Orwell, avec des apparitions d’autres personnages fameux. Le construction du récit, qu’on découvre à travers un autre personnage qui le lit, permet à la fois d’en augmenter la crédibilité et de multiplier les fausses pistes et les mensonges… Les personnages (le gérant de l’hôtel, par exemple) ne disent pas tout, certains dessins et échos de cases laissent deviner d’autres choses gardées secrètes.

Tout n’est pas réussi. Le rythme lent des premiers tomes sur l’enfance et l’adolescence contraste avec la relative frénésie narrative du dernier. Ca m’amuse que les auteurs aient fait sauter le tome 5 (« parce que la lecture de la biographie de Smith m’a plutôt ennuyée… », j’aime bien cet aveu). 

Le dessin, à la fois précis et doux, très triste quand il décrit l’Angleterre de l’enfance, m’a bien plu.

Une oeuvre très intéressante et une belle construction littéraire, qu’on se serait plus attendue à trouver dans un roman « classique ». Le résultat m’a enchanté.

Les scènes du chapiteau 2021

Les mégafeux, la pandémie, les talibans… Comme beaucoup j’ai vécu cet été dans l’angoisse du monde et le sentiment de ne pas pouvoir faire grand-chose depuis notre petit coin de campagne pays riche.

Je vais parler ici d’une de mes sources de joie, de vraie joie, celle que donnent l’art, la beauté et le sentiment d’être tous ensemble, de faire ensemble quelque chose de juste.

La fin de l’été, à Romainmôtier, ce sont les scènes du chapiteau, notre petit festival d’arts vivants sur son bout de terrain, entre la rivière, la forêt, le champ de maïs et le cimetière.

On y bénévolise, on travaille ensemble à la construction, à la billetterie, au service, au nettoyage, à l’entretien du terrain, à l’accueil des artistes.

 

Ça dure une poignée de jours. On y trouve les voisins, les amis, leurs enfants, on y fait toujours des rencontres. Des gosses glissent sur la tyrolienne devant le groupe de pop acidulée venue de Fribourg, on admire le danseur et la danseuse de flamenco depuis le bord de scène, un pianiste joue dans un nuage de lumière, une violoncelliste et une harpiste accompagnent un conte persan dans la roulotte-wagon. 

 

On est ensemble, près du feu

c’est la fin de l’été

le vent souffle dans les arbres

est-ce qu’il va pleuvoir ?

Je voudrais que ça dure toujours.

A l’année prochaine,

on se retrouvera !


Merci à tous les artistes qui m’ont fait l’honneur de les laisser les présenter cette année.

 

Sébastien Pittet et Michel Faragalli

Rio Glacier

Stéphane Blok

Donso Matrix

 

Baron.e

 

Adriano Koch

 

La compagnie Contacorde

 

Blossom Monroe

 

 

Les Hang Brothers

 

 

Lümé

Bienvenue

Nucléaire

Air guitar

Tartelette

Lettonie

Nid d’oiseau

Occasion

Onduler

Léviter

Télépathe

Patatras

Travesti

Tituber

Bécassine

Sinécure

Urticant

Enfantin

Incessant

Sans répit

Épicentre

Entrechat…


Charlatan

Temporaire

Herbe à chat…

Chapiteau!

Messieurs mesdames, bienvenue aux scènes du chapiteau !

 

Tableaux (Berlin, #3)

Parmi les tableaux que nous voulions absolument voir, ceux de Lucas Cranach l’ancien. Un peintre à succès du début de la Renaissance, copain de Luther.

La fontaine de jouvence. J’étais avec deux dames appréciatrice devant le tableau qui auraient bien aimé que le peintre leur donne l’adresse.
Un jugement des damnés, d’après Bosch. Je suis curieux de comparer avec l’original.

Vénus, encore d’après Cranach, qui fait partie de cette collection de tableaux de femmes nues au physique très curieux. Longiligne, courbe, aux tous petits seins haut perchés, comme si Cranach avait repris les silhouettes de femmes du moyen-âge pour les dénuder.

 

Quelques réflexions intéressantes sur la représentation des corps nus, avec ou sans poils, peuvent être trouvées ici:

https://www.arretsurimages.net/chroniques/faites-chauffer-la-cire?id=2162

Nous avons aussi découvert ce classique et merveilleux tableau-collage de Brueghel, qui représente de manière graphique les proverbes néerlandais.

Tableaux (Berlin, #2)

A la Gemäldegalerie, on trouve le même genre de collection européenne 15ème – 18ème siècle qu’on trouve dans plein d’autre pays d’Europe. Gothique tardif, Italiens , Hollandais, Flamands et Allemands.

Voici quelques uns que nous avons aimés.

On commence par cette Vierge au milieu du choeur céleste de Botticelli. Je ne suis pas fan du sujet, mais ce rendu des visages, j’imagine que les spécialistes savent le nommer, personnellement je le trouve surtout d’une extraordinaire délicatesse.

Puis un amour vainqueur, du Caravage. Pour l’insolence du corps et du visage (je ne peux pas m’empêcher d’imaginer le peintre parlant avec son modèle et lui racontant des blagues)

Et tenez, celui-ci. Vermeer ne me touche pas tellement non plus par ses sujets (des gens riches dans leur intérieur, so what) mais par l’art vertigineux de la lumière, la manière de multiplier les difficultés picturales, comme si pour lui l’art, la lumière (divine ?) transcendait le monde entier.

Les androïdes rêvent ils… — Philip K. Dick

Le film est un de mes films préférés de tout les temps. On a eu le bonheur de le faire découvrir à Marguerite, 12 ans, récemment, qui l’a montré à sa best friend le lendemain. J’avais lu le roman durant mes études, dans le cadre d’un cours d’anglais, et en gardais un bon souvenir, des images et des sentiments curieux. Le malaise conjugal de Deckard, le fusion mercerienne, les appartements vides, la poussière…

Relu cet été, dans notre monde pré-apo. C’est un livre formidable, rapide à lire, bourré d’idées et d’images fortes. Dick multiplie les intuitions, les idées justes. Ce que notre rapport aux animaux dit de notre humanité. La tropie comme accumulation d’objets qui vieillissent. L’incertitude, à chaque pas que nous faisons, tout le temps. La nécessité pour l’humanité de plus d’empathie. Le rêve de quitter la Terre et coloniser Mars. J’avais oublié (spoilers) le fait que Rachel et Pris sont des doubles. Que le commissariat est double. Que le chasseur de primes est double, que Mercer est double…

La postface d’Etienne Barillier est très bien, je rejoins son envie d’imaginer Rick Deckard heureux.

Tableaux (Berlin, #1)

Honnêtement, je n’ai pas une très grande culture graphique, et aucune formation autre que quelques conférences suivies au Louvre en matière d’histoire de l’art. Mais comme je suis un bourgeois, quand je visite une grande ville je vais dans les musées, pinacothèques officielles, etc, pour voir des vieux tableaux.

Ca nous a pris un peu de temps (à Cecci et à moi) pour apprendre à aimer ça. Ressentir l’émotion particulière en face d’un original vieux de cinquante ans ou de cinq siècles. Visiter un tableau que nous aimons comme on visite un vieil ami. Retrouver une émotion face à lui, le temps de quelques minutes, émotion dont la contemplation d’une reproduction est un écho (agréable), jamais aussi fort que de se retrouver face à l’image originale, avec ses couleurs altérées par le temps, ses retouches, ses restaurations.

Nous sommes allés à Berlin en famille cet été, et j’ai envie de dire quelques mots de tableaux que nous avons vus en visitant l’alte Nationalgalerie et la Gemäldegalerie.

Ce temple grec, c'est l'alte Nationalgalerie
Ce temple grec, c’est l’alte Nationalgalerie
Et ce truc moche, c’est le Kulturforum où se cache la Gemäldegalerie

On va commencer par notre plus grande découverte, la peinture de Caspar David Friedrich. Début du 19ème siècle, romantisme à fond. Des ciels immenses, des personnages qui ne sont parfois que des ombres et qui ne font rien d’autre que regarder, et attendre (contrairement aux Hollandais de type Van Goyen qui font des ciels magnifiques sous lesquels les hommes s’activent et travaillent). Le paysage devient une étrange projection psychique. (cliquez pour agrandir les reproductions).
J’aime les mystères, et ces tableaux en sont pleins.

Les bateaux reviennent. Qui attendent-elles ? Sont-elles soeurs ? Qui est l’homme, derrière ?
Un tableau très grand, ont le peintre a enlevé presque tous les éléments. Pas de navire. Pas d’astre dans le ciel. Pas de maison. Aucune trace d’activité humaine. Juste un homme, un moine, contemplant le vide.
Celui-ci se mérite. De loin, on n’a que des ombres et un ciel pâle, des arbres torturés. Puis on entre dedans, on trouve les moines, le Christ sous la porte, les tombes. Que viennent-ils faire sous ses ruines ?

Et puisqu’on est dans le même musée, j’ai enfin pu voir un tableau que je cherchais à rencontrer depuis longtemps, l’île des morts, de Böcklin, dans sa troisième version (défi personnel: en voir au moins une autre, celle de Bâle, par exemple. Et lire enfin le roman de Zelazny du même titre).

Un tableau pour rôlistes. Etrange, symbolique, magique. Une porte vers ailleurs, vers autre chose.

Albums Conan chez Glénat

Ce ne sera une surprise pour personne, mais j’adore les histoires de Conan le Cimmérien. J’ai mis un peu de temps à tomber sur les récentes adaptations en BD parues chez Glénat, suite au passage des droits du personnage dans le domaine public. L’idée de base est très cool : confier à des dessinateurs et scénaristes variés la représentation des histoires de Conan. Et ainsi, voir le personnage sous des traits nouveaux, qui s’éloignent de l’image classique des couvertures de Fraztta, des comics de Roy Thomas ou la représentation filmique avec Arnold.

Chaque livre est accompagné d’un petit blabla de Patrice Louinet mettant le récit dans son contexte, souvent intéressant. L’identité visuelle de la collection est très réussie.

Bien sûr, au vu de la variété des dessinateurs et des scénaristes, on se permettra de trouver certains livres plus réussis que d’autres. Voici mon classement super subjectif, en trois catégories : beaucoup aimé, oui mais…, pas aimé.

Beaucoup aimé

 

La reine de la côte noire / Morvan / Alary

D’abord, l’histoire d’origine est vraiment top, traversée par une sorte de fièvre romantique un peu folle. Le dessin très rond, entre manga et ligne claire (je ne sais pas trop le qualifier) est tout à fait inattendu pour une histoire de Conan, et donne au récit une grande clarté et une grande énergie. Le récit et les personnages sont traités avec amour et avec ce qu’il faut de distance pour que l’aspect pulp (Noirs sauvages et femme à poil) apparaisse pour ce qu’il est : un fantasme, le rêve d’un jeune Texan. Ce livre a une véritable qualité onirique, qui fait partie de l’essence des récits de Conan.

 

 

Au delà de la rivière noire / Gabella / Jean 

Chez Howard, j’adore les histoires de Pictes. Au-delà de la rivière noire est une histoire de Pictes + Conan, donc yummy yummy. Dans ce livre, Conan n’a plus ses cheveux longs (normal, quand on se bat dans la forêt) et porte un drôle de look, les Pictes sont très réussis, entre aborigènes/Indiens d’Amérique/peuples amazoniens, l’ambiance est lourde et oppressante et les Blancs perdent face aux Sauvages. Une grande réussite.

 

Oui mais…

 

 

La fille du géant du gel / Recht

Cette histoire très onirique fait partie de mes favorites chez Howard. Récit très court, obsessionnel, irréel.  L’album de Robin Recht est très beau, le dessin et les ambiances sont magnifiques, mais il m’a mis assez mal à l’aise en explicitant graphiquement le fantasme de viol sur lequel repose cette histoire.


Le dieu dans le sarophage / Headline / Civiello

J’aime beaucoup le jeune Conan à dreadlocks de ce récit, d’autant qu’on le voit très bien posé face aux civilisés. Doug Headline monte ce récit d’enquête horrifique bancal avec un bel artisanat de scénariste, essayant de construire un jeu d’alternance de point de vue et donnant un peu d’épaisseur aux personnages secondaires. Il y a plein de petits défauts, mais ça reste très agréable à lire.

 

 

Les clous rouges / Hautière / Vatine / Cassegrain

J’ai écrit un billet de blog il y a longtemps pour dire combien je n’aimais pas cette histoire psychanalytique de Conan. Mais, si on écarte le côté super théorique du récit (une civilisation en boîte, presque une expérience de pensée), j’ai trouvé la BD plutôt bien. Ambiance flottante, combats comme en rêve, érotisme permanent… Je me suis laissé porter avec plaisir.

La citadelle écarlate / Brunschwig / Le roux

Conan est roi, Conan est vieux, et ce livre le rend très bien, c’est sa principale qualité. Je trouve  sinon l’ambiance trop sage par rapport à mes souvenirs et mes impressions du récit d’origine.

Je n’aime pas

La maison aux trois bandits / Louinet / Martinello

J’aime quelques éléments de ce récit (une partie de l’ambiance urbaine, le trait du dessinateur, sa représentation des principaux protagonistes) mais le récit était beaucoup trop confus et même en ayant déjà lu le récit d’origine, je n’ai rien compris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le peuple du cerle noir / Runberg / Park

Dans celui-ci, je n’ai aimé ni le dessin ni le récit auquel je n’ai pas du tout accroché.

Laissez-passer — Bertrand Tavernier

Années 40, encore. Je suis très en retard dans les chroniques de livres lus et films vus pour ce blog, alors je me concentre sur les productions en rapport avec le jeu de rôle, dans le but de livrer une série de références utiles pour futurs MJs intéressés par la période.

Laissez-passer est un film de 2002 qui nous parle de la vie du cinéma français pendant l’occupation. On suit deux personnages principaux, Jean-Devaivre, assistant réalisateur joué par Jacques Gamblin (et excellent cycliste) et Jean Aurenche, écrivain et scénariste, joué par Denis Podalydès que j’aime toujours autant.

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par les défauts du film : il est un peu long, et les deux fils narratifs (l’histoire de chacun des personnages) sont assez lâches et ne se rencontrent pas du tout, avec deux tiers de Devaivre et un tiers d’Aurenche. Le film est plus une chronique, une suite de scènes plus ou moins liées ensemble, qu’une grande histoire. 

Pour avoir vu récemment Capitaine Conan, du même Tavernier, je me demande s’il n’y a pas chez ce réalisateur une volonté, pour ses films historiques, de donner à voir la vie même, comme si on se glissait dans celle de ses personnages pour les accompagner un moment et les laisser une fois arrivés au bout de la pellicule, et eux continuent leur histoire tranquillement. C’est un choix artistique qu’on peut apprécier ou pas, pour ma part il ne m’a pas dérangé mais il fait de Laisser-passer une œuvre moins puissante et aboutie que le dernier métro, par exemple (je vous laisse juges de ce que ça dit de ma vision de ce que doit être une histoire).

Il n’empêche que Laissez-passer est un très bon film, déjà parce que c’est un film sur le cinéma, la manière dont il se fait, la manière dont on l’aime. J’y ai beaucoup appris sur le métier d’assistant-réalisateur. Les scènes de tournage, de constructions de décor, les actrices et scénaristes se rendant chez des trafiquants du marché noir pour échanger leur compagnie contre un peu de café, les tournages en périodes de pénurie, tout est remarquablement bien montré, jusqu’à une scène très puissante où Michel Simon fait une sorte de « grève du talent » quand il est en présence des officiels allemands de la Continental.

La reconstitution de l’époque est formidable, avec les restrictions alimentaires, l’absurde administratif, les morts tragiques, les arrestations, la vie quand même. C’est porté par des acteurs français dans ce qu’ils ont de meilleur, en commençant par Gamblin et Podalydès, mais en passant par tous les seconds rôles, féminins et masculins. Ces gens sont touchants et sont vrais. C’est du vrai cinéma qui donne envie d’aimer le cinéma, même cet étrange cinéma français des années 40.