Alien — Ridley Scott

Dans notre tentative de faire découvrir des classiques à notre descendance, voici Alien, vu avec Marguerite (Rosa n’avait pas envie d’avoir peur). J’ai revu ce classique un avec un très grand plaisir : c’est beau, bien écrit, fait avec amour jusque dans les petits détails, et j’ai de nouveau accroché à l’histoire. Marguerite (14 ans) a elle aussi beaucoup aimé, notamment la qualité des personnages et le fait qu’il n’y ait « pas d’histoire d’amour entre les membres de l’équipage ».

The Sandman — sur Netflix

Je dois avouer, j’aime bien Sandman, la BD, mais sans plus. Je comprends pourquoi beaucoup la trouvent géniale, j’apprécie l’ambition de l’oeuvre, je trouve Neil Gaiman très sympathique et intelligent, et j’aime bien, sans être fan. J’étais quand même très curieux de voir la version série, appréciée par de nombreux copains d’Internet et du vrai-monde ™.

Et bien, c’est pas mal.

Le premier épisode est très réussi, avec son vieux magicien. Le Sandman est très beau, l’acteur est juste, l’ambiance pesante et lourde, certains éléments du récit sont bien amenés, et on a envie de voir la suite.

La série qui suit, sur la récupération des trucs et des machins de Mr. Black m’a beaucoup moins convaincu. Narration pesante, seconds rôles crappy (argh, Johanna Constantine), inclusion pas très fine de la diversité (des couleurs de peau et des sexualités) dans le récit (ça se voit, les mecs). Avec, comme cauchemar de lourdeur, l’épisode avec Dee dans le diner, épisode dont je suis fan dans la BD et dont Marguerite, dont le jeune âge n’exclut par une certaine lucidité, a dit: « c’est lourd et ça se traîne ».

Les principaux défaut des épisodes, selon mon avis aiguisé : La trop grande fidélité au matériau original, qui mène à du fan service mal fichu, cumulée à une inclusivité vraiment maladroite (quand le récit original l’était déjà pas mal).

Ca redevient bien dans la deuxième partie de l’épisode avec Death, le rendez-vous à travers le temps. L’arc the The Doll House est pas mal, certains acteurs sont top (le Corinthien, Gilbert), d’autres très moyens (Rose, Lyta Hall et les autres habitants de la maison), mais c’est moins bavard et plus intéressant que tout le reste. Et, curieusement, un des éléments les plus absurdes de ce récit (le congrès des céréales) est très bien rendu et très drôle et flippant à la fois. Comme on bon récit de Gaiman, pourrait-on dire.

Pas encore vu l’épisode bonus.

En gros, Cecci, Marguerite et moi avons pas mal bitché sur ce spectacle, mais nous avons eu quand même du plaisir à le regarder. Si une seconde saison voit le jour, on la suivra !

Planète d’exil — Ursula Le Guin

Des visiteurs venus d’un monde sophistiqué survivent sur une planète au niveau technologique paléolithique, en se tenant à distance des Hilfe, des hominidés différents, nés sans doute d’une précédente colonisation. Le monde en question a des années longues de soixante années terriennes, avec de très longs hivers, on se croirait dans le monde games of thrones. Et une jeune femme hilfe, Rolerie, va s’éprendre du jeune chef des colons, Jacob Agat Autreterre.

Ce court roman ne déparerait pas dans une collection jeunesse. Il brasse des thèmes familiers, des images classiques. On aperçoit les origines terriennes dans les noms des colons, et une éthique liée à leur mission d’observation. Les personnages sont entiers, dessinés à gros traits. L’histoire d’amour, de migration et de combat est très simple. C’est un court livre sympathique, loin des chefs d’oeuvre du cycle de Hain que son les Dépossédés, la Main gauche de la nuit ou le Dit d’Akka

Au-delà de cela, le lecteur intéressé par la formation des idées pourra voir dans ce petit livre plus malin qu’il en a l’air plein d’idées qui seront développées plus tard. Les visiteurs ne sont pas des « colons », ils ont une éthique de diffusion de la technologie. Ce ne sont pas encore les visiteurs anthropologues des romans suivants, mais les idées sont là. Les différences culturelles sont traitées avec un peu de maladresse, des personnages secondaires énoncent les idées de l’autrice sans trop de finesse, quand on compare aux autres romans d’ULG.

Un autre point qui m’intéresse : la cohérence. En tant que rôliste de souche tolkiennienne (les vrais savent), j’ai été un obsédé de la cohérence des mondes. Il a fallu les récits de Yirminadingrad pour faire sauter ce besoin de ligoter les récits entre eux. Je pense que le besoin de cohérence, le fait « d’explorer des aspects de l’univers » en en respectant la bible est une stérilisation de l’imagination.

Je pense qu’Ursula s’en foutait. Son cycle de Hain n’est pas un vrai cycle, pas une suite de romans. Chaque roman est cohérent avec lui-même, mais par ex., Planète d’exil ne colle pas vraiment avec le dit d’Akka. Et on s’en moque. Ces romans sont reliés dans un grand-récit rêvé et flou dont la lectrice comblera les manques et les incohérences et que l’autrice n’expliquera jamais.

Blackwater — Michael McDowell

Pour être honnête, je me suis fait avoir. J’aime les beaux livres comme certains personnages de la série Blackwater aiment les bijoux, et l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture fabrique de beaux livres. Les couvertures, à mi-chemin entre le tatouage et la carte à jouer ((c) Munin, merci), la tenue en main, la mise en page, le plan de la ville au début…

Les copains en parlaient sur Internet, j’ai pris le premier sur une pile dans une librairie, « juste pour voir », et je les ai ensuite dévorés un par un, jusqu’au sixième, n’achetant le tome suivant qu’une fois fini le précédent. Pourtant, je ne suis pas client du feuilleton et je crache volontiers sur ce type d’écriture.

Pour mes lecteurs et lectrices paresseux et ne voulant pas chercher des infos ailleurs, Blackwater est une série de 6 romans, une saga familiale fortement teintée de fantastique qui se déroule dans une ville semi-imaginaire du sud de l’Alabama. La série ressort du genre du Southen Gothic: vieilles maisons coloniales, thé glacé que l’on boit sous les porches, marécages gluants, étés trop chauds, relations familiales un peu bizarres, vieilles dames excentriques, serviteurs noirs… Si vous n’aimez pas ces ingrédients, passez votre chemin.

Tout commence lors de l’inondation de la ville en 1919, quand le jeune fils de la plus riche famille explore les étages supérieurs des bâtiments engloutis et découvre, au premier étage de l’hôtel, une belle jeune femme qui attendait d’être sauvée. Comment Elinor, cette jeune femme, va être accueillie par la famille d’Oscar, le jeune homme, comment ils vont s’aimer et comment tout cela va bouleverser la communauté, voilà le sujet du récit, qui nous emmènera, au fil des volumes, des naissances, des morts, des crimes, etc., jusque vers la fin du 20ème siècle.

J’ai marché à fond. C’est très bien fait, très habile, par un auteur au sommet de son art. C’est de la pure littérature divertissante, pas idiote du tout, souvent drôle, caustique, effrayante… jouant sur plein de registres. Avec des personnages de femmes bien écrits et très forts.

Après la fin du tome III, ça devient moins bon, le niveau de méchanceté baisse, mais j’ai quand même tout lu, tout dévoré, parce que je voulais savoir ce que devenaient mes nouveaux amis Caskey (dont aucun, en vérité, sauf peut-être Oscar, n’était vraiment sympathique, salauds de riches !)

Le nom du monde est forêt — Ursula Le Guin

Je viens de lire le dit d’Aka, j’en parle ici, et il est édité au livre de poche dans le même volume que le nom du monde est forêt, un des premiers livres d’Ursula Le Guin que j’ai découvert adolescent. Celui-ci, dont le pitch et la structure du récit ont inspiré Avatar (dont je pense du mal avec une grande vigueur) est peut-être le plus simple des romans d’Ursula du cycle de l’Ekumen. C’est une fable anticolonialiste assez simple et dont le récit se termine comme les anticolonialistes voudraient qu’ils se terminent (c’est-à-dire pas comme sur Terre). Un des personnages est un méchant militaire colon méchant (j’ai dit qu’il était méchant ?), sans doute le personnage le moins fin jamais écrit par notre grande dame de la SF. La description de la culture autochtone est par contre tout à fait étonnante, de même que son principal protagoniste, rêveur éveillé capable de ramener dans le monde de l’éveil des idées et des concepts venus du rêve, et devenant par là un dieu.

Je fais un peu la fine bouche, mais ça reste un roman remarquable, très bien écrit, souvent palpitant et une très bonne intro à l’univers de l’Ekumen (dont je pense qu’il n’est pas entièrement cohérent d’un roman à l’autre et que, vous savez quoi ?, on s’en fiche).

Le dit d’Aka – Ursula Le Guin

Suite de mon exploration, ou de ma ré-exploration des romans d’UKLG, celui-ci lu sur le conseil de luvan. Le dit d’Aka appartient au cycle de Hain et voit Sutty, une terrienne envoyée de l’Eukumen tenter de comprendre pourquoi sur la planète Aka les modes de vie et les philosophies anciennes ont disparu brutalement après le contact d’Aka avec les vaisseaux de l’Eukumen. Après avoir fini le roman, je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à cette question, mais j’ai adoré suivre cette linguiste ethnologue dans sa recherche et son exploration d’un monde autre, et, comme toujours chez Le Guin, fascinant. J’ai aimé ce roman par ce qu’il laisse percevoir du mystère des autres cultures, des autres êtres humains, parce qu’il dit de nos relations avec ces ailleurs, comment nous aimons nous y laisser entraîner et parfois piéger.

Le livre écorné de ma vie — Lucius Shepard


Ce qui est bien dans ce livre : l’écriture, souvent inspirée, capable de transmettre des sensations complexes. La couverture. Le concept bien fumé du récit (que je ne spoilerai pas). Le reste, je n’ai pas aimé (le narcissisme littéraire, vrai ou simulé, le Cambodge vu par les yeux d’un occidental,  le sexe/drogue/violence, la re-descente du fleuve en bateau…). J’ai de la sympathie pour Lucius Shepard et j’ai vraiment beaucoup aimé certains de ses récits, mais pas celui-ci. 

L’anomalie — Hervé Le Tellier

 

J’ai lu un Goncourt !

Celui-ci est arrivé précédé d’une réputation flatteuse. Original, romanesque, science-fiction… On nous présente une galerie de personnages, puis, vers le premier tiers, un évènement très étrange qui va bouleverser leur vie à tous, le genre d’évènement qui se produirait dans le premier épisode d’une série un peu weird.

Les personnages sont très bien écrits, avec grand talent. Ils sont presque tous des héros de film, film américain pour certains, film français rive gauche pour d’autre, il manque le film social. L’auteur les plante en un chapitre chacun, très bien arrangé, qui nous en dit beaucoup et nous dit juste ce qu’il faut, un peu à la façon de Léo Henry au début du Casse du continuum. J’admire.

Après cette mise en jambe remarquable, il y a l’évènement, l’anomalie du titre. L’auteur a des lectures, des références, alors il relie le truc à un paquet d’idées SF puis, après ça, nous dit clairement qu’il n’en a rien à faire de l’explication, et c’est à peu près à ce moment que je n’en ai eu plus rien à faire du roman (je ne sais pas si c’est lié : il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension, je vous laisse admirer). Après, c’est bla, bla, bla, conséquences pour personnage 1, pour personnage 2, personnage N, et fin du roman, qui est trop court pour que j’aie le temps de m’ennuyer.

C’est fait avec beaucoup de métier, c’est distrayant et au final, aucune patte de canard n’a été brisée durant la lecture.

The Irishman — Martin Scorsese

 Martin Scorsese est vieux. Robert de Niro est vieux. Al Pacino est vieux. Joe Pesci est vieux. Martin fait revivre le monde de little Italy et des gangsters en rajeunissant numériquement tous ces gens, puis en les emmenant vers la vieillesse et la mort. C’est parfois marrant au début et ça devient long et sépulcral. Ca m’a plu quand même. Plus le temps passe, plus Sheeran l’Irlandais, joué par Bob de Niro, a un air de Droopy dépressif. On comprend que sa famille lui fasse la gueule.

J’ai appris plein de truc sur l’histoire du crime et des US, et qui était Jimmy Hoffa. La balade valait le coup.

In the mood for love — Wong Kar Wai

Je me rappelle avoir eu un peu envie de voir ce film à sa sortie, puis il a sombré dans la liste immense des films jamais vu. Une coïncidence et une rencontre nous l’ont rappelé et nous l’avons regardé.

Suite l’épisode 12 du podcast « une invention sans avenir » (écoutez-le ! J’espère que ça vous intéressera autant que moi), consacré à la critique, je ressens une certaine vanité à tenter de dire des choses de ce film.

Nous avons beaucoup aimé et c’est très beau.

Un homme et une femme s’aiment (peut-être ?) dans le Hong Kong des années soixante. La lumière est trouble, parfois verdâtre, teintant les doigts qui effleurent les cigarettes. Les espaces sont exigus, quasiment tout se passe dans des couloirs, des escaliers. Monsieur Chow écrit en amateur des feuilletons wuxia. Madame Chan fait bonne figure, et elle porte pour chaque scène une robe qipao différente, mais à chaque fois très très belle. Quand elle marche, ses pieds se posent sur une ligne. Il y a du montage et de la musique, tout s’agence merveilleusement, les dialogues plein de sous entendus, les ellipses temporelles, les lumières sur les visages sérieux des personnages, la fumée des cigarettes.

Si vous aimez le cinéma, cet art avec des gens qui bougent sur un écran, ce film pourrait vous plaire.