Le tailleur de Panama – John Boorman

C’est un film qui a des allures de classique des années cinquante, bien qu’il date de 2001. On n’y voit pas de téléphone portables, pas d’Internet, les hommes sont bien habillés (enfin, surtout Geoffrey Rush), Pierce Brosnan a des vieux airs de Cary Grant, les actrices ont du chien (mais les cheveux courts pour Jamie Lee Curtis), c’est plein d’ironie et de sarcasmes et c’est très bien filmé. Je ne sais pas si dans les années cinquante on aurait laissé passer cette histoire avec un personnage si amoral… et qui s’en sort. On aurait peut-être mieux respecté les institutions.

On a donc Andy, agent de renseignement du MI6, joué par Pierce Brosnan, qui est un type vraiment douteux, charmeur mais à la morale aussi fine que du papier à cigarattes. Pour le punir de certaines turpitudes, on l’envoie à l’ambassade anglaise du Panama où il met l’ambassadeur dans sa poche, la secrétaire d’ambassade (pas dupe) dans son lit et où il parvient à contrer les piques de l’analyste local qui, lui, sait ce qu’il a fait.

Pour trouver des renseignements utiles à son pays et surtout à sa carrière, Andy se met en contact avec Harry, tailleur anglais très chic qui habille tous les gens influents du pays. Un homme charmant, à la fois très anglais et pas mal juif, qui a le petit défaut d’inventer beaucoup de choses qu’il raconte, et notamment son passé. Sous la pression de ce connard d’Andy, qui menace de révéler certains de ses vieux mensonges (mais qui l’aide aussi à éponger ses dettes), Harry doit donc trouver des renseignements. Et, quoi de mieux pour en trouver que de les inventer ?

Le Tailleur de Panama est une adaptation du roman de John Le Carré, dans sa veine sarcastique et moraliste. J’ai lu le roman il y a longtemps, après avoir vu le film à sa sortie, je les avais trouvés très bon, et le film, et le roman.

Cecci et moi avons revu le film avec un grand plaisir. Il a plein de qualités. Comme Digger, vu récemment, c’est une comédie sarcastique qui se moque du pouvoir et des délires géopolitiques des Etats-Unis (et de leurs laquais anglais), mais la charge comique et méchante est nuancée, comme chez le romancier, par des personnages réels (Marta, Mickie, Louisa…), un décor vivant et réel. Des gens vivent ici, les mensonges et les manipulations des méchants et des idiots ont des conséquences, et le réalisateur filme tout ça avec tendresse.

Notre scène préférée est celle où Harry et Andy raccompagnent chez lui Micky Abraxas (photo ci-dessus), ancien opposant brisé par la police, complètement ivre, qui chante dans la voiture alors que Harry le conduit avec douceur dans les vieux quartiers de Panama City.

Le film a ainsi plusieurs moments de grâce, qui, contrairement à Digger, nous impliquent avec ses personnages.

Petite note « années 2020 » : qui sont les personnages de femmes ?

Le tailleur est une histoire de mecs. Un menteur pauvre et acculé (Harry) et un menteur bien élevé et cynique (Andy). Autour d’eux plusieurs personnages féminins, Marta l’ancienne opposante au visage abimé, Francesca la diplomate cynique (qui voit tout mais ne dit rien), et Louisa, l’épouse de Harry, qui est celle qui récupère à la fin tout le bordel politique et émotionnel de son mari.

Comme Louisa est attirante et pleine de tempérament, Andy qui a du mal à retenir ses pulsions, la drague lourdement et essaie même de la violer. J’ai eu peur que la scène de viol soit tournée comme une « scène de séduction » (tu ne veux pas mais en fait tu veux, allez, on baise »), mais non, on était en 2001 et c’est clairement une tentative de viol. Qui permet à John Boorman et Pierce Brosnan (vraiment incroyable) de proposer un personnage James Bondien vraiment odieux. Globalement, le trio d’acteurs principaux est merveilleux, c’est un bonheur de les voir dérouler cette comédie tragique.

Et à la toute fin, dans une série de passages héroïques alors que le monde part en sucette, Louisa force la vérité à émerger. Car oui, à l’époque, on avait encore une vérité.

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