Ce drôle de film, long de plus de trois heures, pourrait se résumer ainsi : une directrice d’EHPAD au bord du burn-out rencontre une metteuse en scène de théâtre japonaise au bord de la mort. C’est filmé de manière assez plate, quasi documentaire, avec de longs longs longs passages didactiques sur l’humanitude et/ou sur la relation entre le capitalisme et la dénatalité. Et les deux actrices principales sont très bien (ainsi que l’actrice qui fait l’infirmière cheffe).

Une fois qu’on admet les points ci-dessus, que dire d’autre ?
Le film représente de manière assez réaliste la vie d’un établissement accueillant des personnes âgées frappées de forts troubles cognitifs. L’endroit n’est pas un cauchemar Orpea, plutôt un établissement modèle (c’est dit dans le film), mais aussi un établissement privé, et cher. Les préoccupations professionnelles dépeintes sont réalistes, les personnels aussi, le vocabulaire également. C’est un film qui montre des gens qui travaillent et se posent des questions sur leur travail, notamment celui du soin. Un film qui parle des corps, montre des corps, parle de la vie et de la mort d’une manière assez directe.

Points positifs : le film a été tourné dans un vrai EHPAD, avec des acteurs non pros jouant certains soignants et résidents. L’ensemble paraît avoir été fait d’une manière très respectueuse.
Le discours du film, assez juste, montre l’EHPAD inséré dans le système capitaliste, dans la pression exercée sur les corps et sur la liberté des résidents et des travailleuses qui s’y trouvent. Il propose aussi une forme d’utopie en action pour sortir du cauchemar et de l’épuisement, basée sur l’abaissement des limites entre soignants et soignés, entre l’intérieur et l’extérieur de la maison. Enfin, il donne des métiers du soin une vision heureuse sans être naïve.
Je me suis un peu ennuyé ; Cecci a retrouvé nombre de situations et de questions rencontrées en situation professionnelle (« j’ai un peu l’impression d’être au boulot ») mais c’était intéressant et nous a fait discuter un long moment.