L’autre jour, j’ai regardé cette chouette vidéo d’histony sur les causes de la WWI. Je suis un peu dans mood première guerre mondiale en ce moment et suite à l’audition de la vidéo que vous trouverez en bas de cette page, j’ai lu des livres majeurs de la biblio, les somnambules, de Christopher Clark.

Ce livre d’historien s’efforce de raconter, en contexte, le basculement vers la guerre, en essayant de séparer les actions personnelles des individus, les jeux diplomatiques et les modes de gouvernement des différents pays impliqués.
Le livre ne cherche pas à pointer du doigt un ou des coupables (ce serait vain) mais plutôt à décrire un système politico diplomatique et la manière dont il peut se diriger, contre le gré de ses propres acteurs, vers une catastrophe. (Clark ne s’intéresse quasiment pas aux influences des milieux économiques)
Dans ce livre, vous en apprendrez beaucoup sur, tout d’abord, la situation serbe et ses affreux sacs de noeuds. La relation schizophrénique entre un gouvernement « raisonnable » et la main noire (true thing) une société secrète-pas-si-secrète, nationaliste et terroriste. La Serbie est un beau sac de noeuds et j’en sais maintenant beaucoup plus sur son histoire entre les années 1870 et 1914.
On aura aussi un aperçu des complexes politiques internes de l’empire austro-hongrois, pas si décadent qu’on le croit, mais lui aussi tiraillé de contradictions dans tous les sens, avec à la tête son vieil empereur un peu détaché du monde. Le jeu des nationalités à l’intérieur de l’empire, les rivalités, les compromis, les postures outragées… m’ont fait penser aux états « multi nationaux » (un peu comme la Suisse avec ses langues et religions multiples, ou la Belgique) mais aussi, bien sûr, à notre chère Union Européenne (oui, elle m’est chère, surtout en ce moment, et malgré tous ses défauts).
Le fonctionnement de l’empire allemand n’est pas triste non plus, avec son Kaiser vélléitaire et ses militaires incapables de faire dévier un plan. On verra aussi, bien sûr, les Russes (l’autocratie n’a pas que du bon…) et les Français avec la doctrine de « fermeté » de Poincaré et Viviani qui perd les pédales, pendant que l’ambassadeur Paléologue envoie à Paris des comptes rendus de ses entrevues avec le tsar rédigés avant même d’avoir rencontré le tsar. (Mais comme ça, le télégramme chiffré arrive à l’heure de l’apéro et fait son effet maximal)
J’oubliais enfin les Anglais, avec leur roué ministre des affaires étrangères, Edward Grey, qui se foutent à peu près tout du long de ce qui se passe en Europe parce, de deux choses: ils sont une puissance mondiale et le nord de l’Inde les intéresse plus. Et que les Irlandais sont en train de les faire basculer dans la guerre civile, alors tu comprends, cette affaire d’assassinat en Serbie…
La dernière partie du livre est un récit très détaillé de la « crise de Juillet », qu’on lit avec l’effroi qu’on a devant un spectacle de tragédie. Plusieurs fois, des hommes (dont le Kaiser et le Tsar) se rendent compte que tout ça part en sucette grave, ils tirent sur les freins, à fond, à fond, mais vous comprenez, votre majesté, c’est trop tard, on ne peut pas revenir sur ce plan de mobilisation…
Outre l’intérêt histoirique, j’ai retiré de ce livre le sentiment profond que des instances supranationales, mêmes foireuses, valaient mieux que pas d’instances du tout. Qu’on ne pouvait pas laisser des pays gérer leurs intérêts de manière multilatérale dans des relations de méfiance mutuelle. Ce genre d’affaire termine mal, en général.