L’accroissement mathématique du plaisir – Catherine Dufour


Ces dernières semaines ont été plutôt chaotiques, peu de sommeil et des soucis. Maintenant que la situation se rétablit, et en attendant, peut-être, le bilan de mes lectures 2007 2008, je commence dans ce petit billet la chronique de quelques livres lus récemment dont j’avais envie de parler.

L’accroissement mathématique du plaisir – Catherine Dufour

J’avais dit ici mon enthousiasme (et mes quelques réserves) sur l’excellent roman de Catherine Dufour, le goût de l’immortalité. J’ai donc entamé avec intérêt la lecture de son recueil de nouvelles paru aux éditions du Bélial sous une couverture de Caza. Recueil n’est pas un vain mot puisque ce livre contient vingt textes de madame Catherine, dans des tons et des atmosphères tout à fait variés et éclectiques. Pochade humoristique (je ne suis pas une légende), conte breton (Mater Clamorosum), imitation d’Edgar Poe (Confession d’un mort), science fiction bizarroïde, hommage bédéesque à l’univers de Troll de Troy, fantastique gothique, truc encore plus bizarre (Kurt Cobain contre Dr. No), weird fantasy urbaine(tm) (l’immaculée conception). On a donc là une boîte de chocolats aux goûts variés, j’en ai aimé certains, mais pas tous.

Pour partir des limites du livre, je dirais même que ce recueil souffre de sa conception. Les textes qui s’y trouvent sont d’un intérêt extrêmement variable, et si aucun n’est mauvais, certains m’ont arraché quelques bâillements et j’ai sauté quelques pages pour voir si le suivant serait plus séduisant. Si le livre n’avait contenu que les cinq ou six meilleures nouvelles, je me serais enthousiasmé. On fait dans ce livre la découverte des différents essais de trajectoire d’un écrivain très doué, on y découvre comment Catherine Dufour s’est essayé à tous les genres, comment elle a réussi dans certains et été tout à fait honorable, sans plus, dans d’autres. Un peu de tri, selon moi, n’aurait pas fait de mal.

Une autre limite du livre : l’auteur est très douée pour planter des univers (la fac polluée de Vergiss mein nicht ou la collectionneuse d’icônes de Valaam), mais, pour ces derniers textes, le format très court de la nouvelle m’a fait ressentir une certaine frustration : après la mise en place des ces personnages, de ces décors auxquels je me suis attaché, j’ai trouvé les histoires un peu pauvres.

Restent quelques textes tout à fait mémorables, ceux du recueil idéal que je composerais en arrachant les pages surnuméraires. Dans ce livre, je garderais :

l’immaculée conception [1] – si ce texte ne surprendra pas tellement les femmes ayant été enceintes, j’ai trouvé très fort et touchant le portrait de Claude, être humain aux frontières du néant.

Le jardin de Charlith – un texte, très beau, dans la veine gothique d’Edgar Poe, une vraie nouvelle avec une vraie chûte.

Confession d’un mort – un hommage à Poe, très réussi, j’ai adoré. Ce texte aurait été glissé dans le recueil de Poe que je suis en train de lire, je ne sais pas si je me serais aperçu de l’intrusion.

La liste des souffrances autorisées – dialogues bien frappés dans des restaurants virtuels, description de V-nourriture aux allures hallucinantes, plein d’idées et de trouvailles.

Vergiss mein nicht – malgré la forme un peu courte, là encore un beau portrait d’univers déglingué.

L’accroissement mathématique du plaisir – là aussi, un très bon récit de science-fiction, qui donne à voir au lecteur un chef d’oeuvre inimaginable et inventé.

Valaam – ambiance pourrie et mafieuse dans la russie contemporaine, autour des icônes du coin rouge. Malgré un récit un peu court, j’ai trouvé le ton et le personnage de ce texte particulièrement forts.

Je n’ai pas le recueil sous la main alors que j’écris ces mots, les nouvelles que je mentionne sont donc celles dont je me souviens au bout de quelques semaines, au risque d’ailleurs de m’être trompé sur leurs titres. Malgré mes réserves, ces sept textes-là valent de lire le livre et justifient largement que je m’attaque au futur Outrage et Rébellion. Et vous, quelle est votre top 7 de l’AMdP [2] ?

[EDIT] je me suis rendu compte, en reprenant le livre hier soir, que je n’avais pas lu Mémoires mortes, un joli texte plein d’idées. Je l’ajouterais volontier dans le top 7, comme numéro complémentaire [/EDIT]

[1] l’histoire semble faire référence à la conception mystérieuse d’un certain J.C. dont je parlerai dans une note ultérieure, mais il est amusant de constater que l’expression théologique renvoie en fait à la conception de la mère du même.

[2] l’Accroissement Math… etc.

Mantegna – exposition au Louvre

Nous connaissions déjà ce peintre du début de la Renaissance pour ses tableaux exposés au Louvre, notamment son Saint Sébastien saisissant, avec son torse de statue antique, les ruines improbables auxquelles il s’adosse et les archers qui passent en bavardant. Mantegna a un style minéral, assez froid, très hiératique…

L’exposition vaut surtout pour la reconstitution qu’elle donne à voir de la vie d’un peintre considéré alors comme le « meilleur au monde », jeune portraitiste adulé, maître respecté, puis vieil homme un peu dépassé à la cour des Gonzague.

Elle vaut aussi pour les documents étonnants qui y sont exposés : livres d’antiquités (la documentation de Mantegna) et le book – pur parchemin – de Giovanni Bellini, pour lui permettre de frimer auprès des commanditaires…

Elle vaut enfin pour le magnifique triptyque, prédelle d’un retable exposé à Mantoue, représentant la prière au jardin des oliviers, la crucifixion et la résurrection. Influencé par les paysages flamands aussi bien que par la douceur des Vénitiens, Mantegna y trouve un très bel équilibre. (repro assez moche ci-dessous)

Carmelo, au théâtre de Nesle(s)

Grâce à l’excellent Damien, nous avons tous pu apprécier les talents de Carmelo, magicien sicilien marchant sur les traces de Buster Keaton, de Chaplin et des comiques burlesques, qui déchire et recolle les feuilles de papier journal, est entouré de chapeaux, de cordes, de ballons vivants, qui emmène sous l’eau les enfants venus le voir au théâtre de Nesle(s)

Lee Miller – exposition à la galerie du jeu de paume

Une très belle femme, au physique parfaitement classique, aux traits de statue

devenue de la muse, l’amante, l’élève de Man Ray

amie des surréalistes, adepte d’une photo surréaliste.

photographe de mode et portraitiste pour Vogue

mise en scène par Jean Cocteau dans le sang d’un poète, muse, statue, encore…

photographe, pour Vogue encore, sous les bombes du Blitz

photographe, pour Vogue, dans l’Europe libérée : en France, en Allemagne, dans les camps, jusqu’au propre appartement de Hitler…



Figaro divorce – à la comédie française

Premier des billets consacrés à notre expédition parisienne. Après avoir lu des critiques élogieuses, je nous ai pris des places pour Figaro divorce. Plusieurs points positifs : la présence d’acteurs que nous aimons bien et la mise en scène de Jacques Lassale. Le sujet même de la pièce est très attrayant : écrite dans les années 30 par un auteur chassé d’Allemagne (il faisait de l’art dégénéré déplaisant aux nazis), la pièce raconte la suite du mariage de Figaro : puisque la pièce de Beaumarchais annonçait la révolution, Odön von Horvàth place ses personnages juste après cette dernière, obligés d’émigrer et de connaître la dure vie des exilés. Le Comte Almaviva brûle l’argent des bijoux de sa femme dans les grands hôtels et Figaro se désole, avant de s’établir barbier de luxe dans une petite ville bavaroise pourrie. Quant à Suzanne, désillusionnée, elle finira serveuse dans un cabaret… et sujet d’une chanson d’amour (pas celle de Léonard Cohen, malheureusement)

Passage de la frontière… La comtesse est épuisée

L’univers de la pièce mélange les références géographiques et temporelles, créant un flou propre au rêve: on est à la fois après la révolution française et après la révolution russe, dans les années 30 et au 18ème siècle. L’auteur respecte les caractères des personnages de la pièce d’origine, tout en les faisant évoluer dans leur nouvel univers, c’est d’ailleurs peut-être pour moi une limite de la pièce : j’ai le sentiment qu’il aurait pu secouer/casser ses jouets un peu plus.

Chez les douaniers

Jacques Lassalle met en scène ces tribulations tristes comme un manège de chevaux de bois, un peu joyeux, un peu agaçant, avec des musiques un peu lourdes comme un strudel à la crème un peu rance… jusqu’au magnifique passage du cabaret, plein de tendresse, et au retour au château d’Almaviva où Figaro montre avec un immense talent comment il a choisi entre l’honnêteté et la débrouillardise…

Le comte et Suzanne au bureau de la ligue internationale d’aide aux émigrés

Les acteurs sont tous très beaux, rocailleux, blessés, créant des personnages qui titubent dans un monde qui ne veut plus vraiment d’eux… Du bon travail.

Hibernation

Comme un ami me le faisait remarquer, ce blog hiberne un peu depuis quelques mois, pour diverses raisons familiales – plutôt heureuses, en l’occurence.

Je vais le réveiller un peu et faire un suivi rapide de mes dernières lectures, peu nombreuses, ça ira vite.

Dans l’ordre anté-chronologique : 

[BD] Putain de guerre – Tardi + Verney

J’aime bien le dessin de Tardi et son attitude grognone et bougonne et ses personnages qui n’ouvrent jamais la bouche. Sur cet album, que j’ai apprécié, je ne dirai sans doute pas mieux que les critiques parues dans toute la presse. Je note simplement que c’est un album sans histoire, sans autre narration que celle de la guerre. C’est elle, l’héroïne, le sujet du livre, nulle autre. Comment elle s’est développée, comment elle a bouffé les hommes.

Ce livre donne l’impression de lire des bribes de cartes postales envoyées du front, des extraits de journaux, tout en regardant d’affreuses photos. Ce n’est pas drôle. C’est la manière qu’on choisi Tardi et son ami historien de nous empêcher d’oublier l’affreux cauchemar.

Les notes historiques qui accompagnent l’album, avec photos, sont brèves, horribles et passionnantes.

[BD] Là où vont nos pères – Shaun Tan

Là aussi, j’imagine que je ne dirai rien de mieux que ce que d’autres ont pu dire. C’est un bel album, une nouvelle illustration de ce que peut apporter l’imaginaire pour décrire la réalité. Tout ici est clef, métaphore, image et allégorie… (pas sûr d’employer ces mots à leur juste sens). C’est TRES beau.

Les mille et unes vies de Conan – Simon Sanahujas & autres

J’ai naturellement lu ce livre… Il intéressera, voire passionera les amateurs du plus célèbre des Cimmériens. Les autres peuvent passer leur chemin, ce n’est pas ce bouquin qui les convertira à Conan. Dans le contenu de ce volume, je recommande l’article de Simon Sanahujas sur les clous rouges, excitant et stimulant (je rappelle le mal que j’ai dit de cette nouvelle ici. Je n’en pense pas moins, mais je comprends ce qu’elle peut avoir d’intéressant) ainsi que les conseils de lecture sur les frères, clones, imitateurs et sources de Conan – qui m’a donné quelques envies de lecture, les notules ayant été écrites par des connaisseurs (surtout la première…) [ami lecteur, de la publicité déguisée s’est glissée dans ce paragraphe, sauras-tu la reconnaître ?]

Fiction – Tome 4

Fiction est une très jolie revue, la couv de celle-ci est magnifique. Malheureusement, les nouvelles ne m’ont pas emballé – non qu’elles soient mauvaises… Juste qu’elles ne m’intéressaient pas vraiment. J’en retiens toutefois trois :

Miss Carstairs et le triton, de Delia Sherman : jolie, bien écrite, de facture très classique.

Terre Promise, de Steven Utley : une bonne écriture, de bons personnages, et l’impression d’un truc pas pleinement développé.

L’auteur de fantasy et son assistante, de Jeffery Ford : au début, je trouvais le texte idiot, puis, au fur et à mesure de la lecture…

J’y ajouterai :

Instruction au Sosie, de David Calvo

Que je n’ai pas relue, mais que j’avais déjà lue, et aimée, par ailleurs.

Edgar Alan Poe – la chute de la maison Usher

Je n’avais (quasiment) jamais lu Poe auparavant (ou alors il y a longtemps…). Les textes rassemblés dans ce petit recueil m’ont tout à fait séduit… surtout après avoir redécouvert Lovecraft (voir ici). Poe écrit un peu comme le Lovecraft jeune (des esprits chipoteurs prétendront sans doute que c’est l’inverse), mais en beaucoup plus romantique. J’aime cette narration malade qui tourne autour du pot, n’ose jamais dire le coeur de choses. Un type qui passe son temps à trembler de la peur d’avoir enterré vivante sa soeur/amante ne peut que m’être sympathique…

L’ombre du bourreau, T1 – Gene Wolfe

Une lecture entamée sur le conseil de cet excellent blog et de mon voisin dans le train. J’ai été tout à fait séduit par l’univers, par la qualité de l’écriture, par le traitement littéraire du monde. Malheureusement, l’histoire initiatique manque un peu d’énergie et je me suis enlisé au milieu du troisième tome. Dommage, parce que la Citadelle et ses apprentis bourreaux, le Manoir Invisible, Terminus Est et toutes ces choses là me plaisaient bien. Quel bel univers de jeu de rôle, au passage…

Inju – Edogawa Rampo

Un roman policier japonais des années 20/30, lu dans le train. Très habile, angoissant et séduisant, une bonne histoire pleine de doutes, assez flippée.

Les pilules bleues – Frederik Peeters

Message personnel : merci beaucoup à C & A qui nous ont apporté un plein chargement de BDs depuis Paris. J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ces albums, même si je vais dire du mal de l’un d’eux. Continuez à nous faire des cadeaux !

Les pilules bleues, donc, est un album autobiographique, racontant des choses pas faciles d’une vie pas facile – je ne dévoile pas, si vous voulez connaître l’histoire, google vous la donnera. Dessin noir & blanc, pas mal de pages, ton très libre, confession à la fois pudique et impudique… 

Le sujet est fort, touchant. Le dessin n’est pas mal. Mais l’album n’est pas bon, désolé.

J’ai l’impression que le Cinéma Français (tel que brocardé par les Guignols : la version intimiste, auteurisante, où des normaliens parlent de sexe dans une cuisine parisienne) a trouvé un équivalent en BD. Je ne doute pas de la sincérité de l’auteur, mais raconter sa vie, même pour s’aider à mieux la vivre, ne fait pas obligatoirement un bon album. Tout ça manque de recul, de fiction, de vérité, de densité, d’imaginaire. Bref, c’est un peu intéressant, et un peu chiant gloablement.

Je vois Satan tomber comme l’éclair – René Girard

La première fois que je lis ce philosophe bizarre. Le sujet du livre : une apologie rationnelle du christiannisme. J’imaginais que ce genre de texte appartenait aux siècles passés, mais non…

Le bouquin, basé sur les théories de l’auteur du mimétisme et du bouc émissaire, développe toute une théorie sur les mythes, sur la nature mythique des évangiles, sur Satan… pour distinguer l’originalité profonde du christianisme.

Girard est tellement intelligent et sûr de lui que sa théorie, totalisante, donne envie de se méfier. Mais le livre développe de nombreuses idées très intéressantes, dont une théorie rationnelle du Diable (si, si) – quand je dis rationnelle, je veux dire « sans présupposé de foi » et une analyse des mythes tardifs tout à fait passionnante. Bref, une très bonne lecture.

[petit aveu : si j’ai lu ce livre, c’est parce qu’une certaine petite fille (âgée de un an) de ma connaissance persistait à le balancer hors de la bibliothèque sous prétexte qu’il y avait un cheval sur la couverture – à force de lire le 4 de couv avant de le ranger de nouveau, je me suis convaincu de m’y attaquer.]

Jeu de l’oie (auto-publicité)

Une fois n’est pas coutume, ce blog servira à faire un peu de publicité.
Les heures d’insomnie de ces dernières nuit m’auront permis de mettre à jour mon site Jeu de l’oie. Quelques nouveaux contenus et surtout un relifting graphique complet, un flux RSS, etc. J’espère qu’il n’y a pas trop de coquilles…
Bon jeu !

Le jeu de l’oie

Les braves gens ne courent pas les rues – Flannery O’Connor


Voici un livre que j’ai lu grâce à Mauvais Genres, la sympathique émission hebdomadaire de François Angelier sur France Culture. L’écrivain Joe R Lansdale y citait Flannery O’Connor comme un de ses écrivains favoris.
Ce recueil de nouvelles, donc, met en scène des personnages du sud des Etats-Unis dans les années 50 : vieilles filles, prédicateurs, nègres, ancien soldat de la guerre de Sécession, enfants, tueurs… Les histoires sont brèves, âpres, souvent cruelles et teintées d’humour noir. L’auteure, une femme étonnante si j’en crois sa biographie, a une écriture brève, dense et acérée, diablement efficace. La nouvelle est un art très difficile, pour toutes les raisons que l’on sait et celles-ci sont des modèles du genre, réussissant chacune à évoquer un contexte social particulier, des personnages très riches, des intrigues prenantes… Je passais mon temps à me demander avec angoisse comment toutes ces affaires allaient mal tourner.
Les textes sont réunis par un ensemble de thèmes communs : présenter des petites gens, des personnages à l’esprit étroit qui ne comprennent pas bien le monde dans lequel ils vivent (alors que le lecteur, qui voit un peu plus loin qu’eux, devine bien tous les ennuis qui vont leur tomber sur la figure), présentés dans leur rapport aux autres et à Dieu (souvent).
Une belle découverte, un très beau recueil, merci à France Culture et à Joe R Lansdale de me l’avoir fait découvrir !

Valse avec Bachir

Nous avions observé voici quelques années que les jeunes parents réussissaient à aller au cinéma deux fois par an. Et bien c’est vrai ! Voici donc notre deuxième sortie de l’année…
Valse avec Bachir est un objet étrange et un film magnifique. Le réalisateur a été soldat dans l’armée israélienne lors de la guerre du Liban au début des années 80. Ce film d’animation est une plongée dans sa mémoire, à travers le récit d’une enquête menée par le réalisateur et les interviews d’anciens combattants de sa génération. Et ces interviews, ces conversations deviennent le support d’images hallucinantes, oniriques, surréalistes, magnifiques. C’est connu : le film d’animation demande de penser chaque scène, chaque image, jusque dans ces détails. De rêver la réalité. Ici, il devient un bel outil pour raconter l’inracontable, la beauté et les effrois de la guerre, les sensations des jeunes hommes de 18 ans à qui on a mis un fusil dans les mains. Le procédé est voisin de celui employé dans la BD documentaire (genre le photographe) mais la personnalisation de la narration permet une plongée subjective et émotionnelle beaucoup plus forte que dans le photographe, par exempl, soutenue par des images souvent oniriques et une excellente musique.


Plongée en spirale dans la mémoire, interrogation sur les souvenirs, sur le rapport aux évènements passés, sur l’implication, la culpabilité, Valse avec Bachir enchaîne les scènes fortes, belles, insupportables. Fusées éclairantes sur le décor post-apocalyptique des immeubles de Beyrouth, reflet d’un homme dans l’oeil d’un cheval mourant, traversée d’un verger à la poursuite d’un enfant armé d’un RPG, évacuation des morts vers la « grande lumière ». Et la danse de Frenkel, sous les tirs des snipers et les immenses portraits de Bachir Gemayel.


– Pourquoi est-ce qu’on tire tout le temps? On ne devrait pas prier, plutôt?– prie, et tire.





Photos extraites du site du film.

A deux pas du néant – Tim Powers

Los Angeles, 1987. Soleil, palmiers, grosses voitures pas très écolo et téléphones portables rudimentaires. Une vieille femme meurt, et son corps est retrouvé à quelques centaines de kilomètres de chez elle, posé sur une svastika dorée. Comment a-t-elle fait pour arriver là-bas? Et qui sont ces gens, dans cet autocar, qui quadrillent la ville en écoutant les oracles d’une tête embaumée? Et cet agent du Mossad devant qui il ne faut pas prononcer le nom de l’acteur principal de Rio Bravo ? (je sais que vous savez qui c’est, mais taisez-vous !)
Franck Marrity, jeune prof de littérature à l’université, élevant seule sa petite fille de douze ans, se pose les mêmes questions, et apprendre la réponse aura de quoi le secouer un peu. Il y aura des courses poursuites, des pistolets, des gens surgissant de nulle part, des incendies dans les collines provoqués par une utilisation peu orthodoxe des lois de la relativité…
Vous apprendrez quelques informations intéressantes sur la vie d’Albert Einstein, les lois de la physique, les tremblements de terre en californie, la guerre du Kippour et les unités spéciales du Mossad. Vous découvrirez aussi comment une société secrète peut ne pas avoir de fondateur. Et pas mal d’autres détails intéressants… Tout cela sans quitter la Californie, ses banlieues interminables et le soleil qui ne cesse de se refléter sur les pare-brises…

Cette lecture m’a rappelé pourquoi j’aimais Tim Powers, auteur que j’avais beaucoup lu voici quelques années. Pour ses idées, aussi bien dans les grandes lignes que dans les petits détails. Pour son attention au quotidien, aux mégots de cigarettes, aux bricoles qu’on garde dans sa poche. Pour son sens de la magie. Pour ses personnages, surtout, tous un peu fous, humains, vrais. Ils se trompent souvent, réussissent parfois par hasard, font de la magie quand il n’y a plus d’autre choix, et tout cela reste tellement vrai. J’y crois, je me laisse emmener, j’adore le voyage, merci M. Powers.
Tiens, ça me donne envie de relire le poids de son regard

PS : ce roman contient sans doute quelques éléments autobiographiques : le héros a exactement le même âge et la même profession que l’auteur et le roman parle de choix de vie, d’élever ou non des enfants, des relations rêvées d’un père et de sa fille…
PPS : merci Gilles pour cette (re)découverte
PPPS : belle couverture de Manchu !